Avant d’être une célèbre réplique de François Pignon dans Le dîner de cons, l’expression “dans le cul, Lulu” a été le titre d’un film d’Alain Payet sorti en 1993 avec entre autres l’actrice Élodie Chérie.
Maintenant, j’ai les images deux films qui se superposent pour accoucher d’un autre genre de dîner de cons avec François Pignole en guise d’invité.
Sexy Stories
Coax
Dynamite
Les Sexy Stories proposées ici sont plus explicites que juste sexy. Les éditeurs me feront toujours marrer à vendre du porno hard en le faisant passer de l’érotisme soft, et derrière ils s’étonnent que les lecteurs soient déçus que les bouquins ne répondent pas à leurs attentes. Bref.
Compilation d’historiettes dessinées par Coax à divers moments de son parcours, donc sans trop d’unité stylistique et plus trop représentatives de ce qu’il produit aujourd’hui, tant sur le fond que la forme. À l’heure actuelle, Coax a les deux pieds dans le BDSM et le fétichisme, qu’il met en scène par le biais d’un dessin au style cartoon beaucoup plus prononcé que dans Sexy Stories, plus proche du comics. Seule la touche d’humour reste un trait récurrent dans son œuvre, avant comme maintenant, manière de faire comprendre que tout ce qu’il raconte n’est pas bien sérieux et que tout ça est pour de rire, à prendre avec recul et second degré.
Si elles sont sympathiques à lire, ces Sexy Stories décontractées n’ont rien non plus d’impérissable. Un moment de lecture aussi agréable qu’éphémère.
Les 110 pilules
Magnus
L’Écho des Savanes / Albin Michel
L’album s’inspire du Jin Ping Mei, un roman érotique chinois du XVIe siècle, qui raconte l’histoire de Ximen Qing, marchand sous le règne de l’empereur Huizong de la dynastie Song au XIIe siècle. On le voit ici sous le nom de Hsi-Men Cheng se faire remettre par un vieil ermite une poignée de pilules, genre de Viagra avant l’heure, dont il ne doit pas consommer plus d’une à la fois et maximum une à chaque lune. Bon vivant et queutard invétéré, Hsi-Men Cheng ne brille pas par sa tempérance, assoiffé qu’il est de sexe, de bonne chère et d’argent.
Tant la version originale chinoise que son adaptation par Magnus renvoient à des thématiques classiques dans toutes les civilisations et à toutes les époques. Garder le sens de la mesure dans le plaisir est le thème central de la Lettre à Ménécée d’Épicure, la réserve de pilules qui se réduit peu à peu a des airs de peau de chagrin balzacienne, la décrépitude physique entraînée par la déchéance morale se retrouve dans Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde…
Si la BD est bien faite pour synthétiser l’œuvre d’origine et raconter quelque chose au-delà des scènes de gaudriole, j’avoue que le dessin de Magnus m’a laissé perplexe. Je pense surtout aux visages qui ne font pas très chinois, un peu levantins, un peu indiens, un peu hispaniques, voire carrément celtiques (la rousse sur la couverture).
La fleur du lotus
Georges Pichard
Albin Michel
Un second épisode des 110 pilules intitulé La fleur du lotus a été dessiné par Georges Pichard. J’ai détesté cette suite, sans surprise, puisque je n’ai jamais accroché au travail de Pichard. Tous albums confondus que j’ai pu lire de lui, je n’aime pas son style graphique et j’ai horreur de ses ambiances glauques et malsaines. Dans le cas de La fleur du lotus viennent s’ajouter les placards interminables de texte qui s’étalent à longueur de page d’un album très bavard pour le peu qu’il a à raconter.
Le pervers de Beaucastel
Chris
International Presse Magazine
Beaucastel, village de 325 habitants, est en émoi, car un type y viole, assassine et mutile des femmes. La police mène l’enquête par le biais d’un inspecteur qui passe la moitié de son temps à interroger des gens, l’autre moitié à tirer des coups. Entre deux fantaisies du limier, on voit les futures victimes coucher avec leur conjoint ou leur amant avant la rencontre fatidique. Soit un schéma répétitif pas très palpitant qui permet à Chris de remplir son album sans trop se fatiguer. Intrigue lambda, enquête mollassonne qui ne remportera pas un prix du polar, scènes de cul quelconques, bref une BD sans grand intérêt, très dispensable.
Radio Midnight
Chris
Sombrero
Ces deux albums signés Chris ou Aubert selon les versions utilisent l’astuce facile des confessions intimes, petits bouts d’histoires courtes que tu mets bout à bout sans te fatiguer à scénariser un récit complet. Une pauvre case mettant en scène une animatrice radio sert de pseudo-transition et de pseudo-liant à ce vide narratif. Est-ce que Chris a voulu ici compiler l’ensemble de son travail ou se débarrasser de planches inutilisées ailleurs ? Aucune idée. Ce qui est sûr, c’est que plusieurs de ces historiettes ont un air de déjà vu, on reconnaît sans peine du recyclage de La thèse, de La captive ou encore du Pervers de Beaucastel. Si Chris pousse ici à son paroxysme le concept du poil dans la main, on n’en dira pas autant du résultat, pas très intéressant, limite barbant.
Nuits torrides
Art Wetherell & Terry Hooper
Éditions du Balcon
Être à deux sur le projet n’était pas indispensable, à mon avis. Terry Hooper est crédité comme scénariste alors que l’histoire tient sur un timbre-poste, on saluera l’audace de la démarche à défaut de sa pertinence.
Une blonde, une brune. Quatre salles, quatre ambiances pour ces Nuits torrides qui aussi été éditées sous le titre Deux doux minous. Ces segments d’une vingtaine de pages chacun ont pour points communs amours lesbiennes et duo brune-blonde. On nous présente les damoiselles comme deux amies unies à travers le temps, sauf que, si leurs cheveux conservent leur couleur d’une époque l’autre, leurs visages n’ont jamais les mêmes traits.
L’album ne s’encombre pas d’un scénario et pour une fois, ça passe bien. Pas de prétexte foireux pour mal justifier le reste, rien que du cul et du plaisir pour nos deux héroïnes. On les verra s’ébattre en 1992 dans un style graphique très années 90, en 1955 dans un style années 50, en 1898 dans un style pas du tout XIXe et en 1080 dans un style très BD historique. On l’aura compris, cette BD est d’abord un exercice de style. Le choix d’une chronologie à rebours – comme les perles – évite de vendre la mèche trop tôt sur le lien qui unit les héroïnes, révélé dans la dernière partie. Bien vu de la part des auteurs qui se gardent ainsi de l’écueil des discours sirupeux sur l’amour éternel pour cantonner leurs personnages à une vague impression de se connaître depuis toujours sans pouvoir, si l’on peut dire, mettre le doigt dessus.
Honey Lickers Sorority
T.1 In gode we trust / L’épreuve du feu
T.2 The art of sex
Christian Zanier
Tabou / NBM Publishing Company
La sororité des lécheuses de miel (tout un programme !) est une série en deux tomes dont le premier a été traduit en français mais pas le second.
Dans le premier volume débarque Tammy Stanford, une étudiante qui l’année précédente était un étudiant, Tim Johnson. Elle a des comptes à régler… mais faudra faire preuve de beaucoup d’imagination sur la question, vu que l’auteur ne prend pas la peine de développer ses antécédents, ni ceux de Brad qui lui a semble-t-il pourri la vie du temps où elle était Tim. Tammy va se dépenser sans compter pour monter sa sororité étudiante sans qu’on sache non plus pourquoi et pas trop comment non plus, Zanier se contentant d’enchaîner les scènes de fion sans se casser la tête à bâtir un récit autour.
Dans le deuxième tome, le style graphique change du tout au tout et on a du mal à reconnaître Tammy. Cette préquelle raconte comment elle a rencontré Diamond, un personnage de l’album précédent. Diamond ou quelqu’un d’autre, quelle importance ? Aucun protagoniste n’est caractérisé ni développé ni rien dans ce volume comme dans l’autre. Là, on a un tiers de scène de boule gratuite, un tiers de masturbation, un tiers de partouze, et toujours pas plus de récit ni d’infos sur Tammy ou qui que ce soit d’autre.
Deux albums creux comme un trou de balle… Que tout le monde s’enfile, soit, c’est l’esprit de ce genre de littérature, mais ça ne suffit pas, à plus forte raison quand l’auteur te fait miroiter les motivations de l’héroïne mais sans prendre la peine de les expliciter, ainsi qu’une sororité qui se révèle une coquille vide et un enjeu à peine exploité.
Amateurs et amatrices de BD olé-olé, rendez-vous dans les autres zones érogènes du blog…
Recueils de chroniques :
– fourre-tout
– un petit coup de fouet
– chaleur hivernale
– l’Histoire, avec un grand H et un petit cul
– winter is cuming
– boule et bulles
– cul en vrac
– fesse-tival
– un grand coup dans ton cul
– et paf !
– pas de l’art mais du cochon
– les vingt culs écrivent l’Histoire
– le jeu de l’amour et du braquemart
– une aiguille dans une botte de fions
– quand on tire, on raconte pas sa vie
– coupure de chauffage
– les choses de l’amour
– sur la commode
– chaleur automnale
– le vice sans la vertu
– histoire(s) de fesses
– invitation au voyage
– voyage en classe X
– la vie privée des zobs
– explosion de foufoune
– parc d’attrape-fion
– un jour sans fion
– passage sous tes reins
– scénario catastrophe
– donjons sans dragons
– total rectal
– BDSM
Dossiers :
– Paul Alazar
– Giovanna Casotto
– Doni et Nill
– Xavier Duvet
– Milo Manara
– collection Selen
– confessions érotiques 1er volet
– confessions érotiques 2e volet








