Annonce : Salon de la littérature érotique 2019

Quand Minnie jouit, Mickey mousse.
Proverbe indien

Le 24 novembre prochain, je m’en vais à Paris avec ma bite et mon couteau, moins le couteau, parce que c’est assez mal vu de se promener armé dans les trains. Les touristes en goguette dans la capitale pourront donc profiter de deux tours Eiffel (#monsieurModeste), on dit merci qui ?
Objectif de la virée : le salon de la littérature érotique.

Salon de la littérature érotique 2019 Paris

La littérature érotique en quelques mots

Avant de parler de l’événement, définissons les termes du sujet. Qu’est-ce que la littérature érotique ?


Ouais, bonne question.
Comme tous les genres littéraires, personne n’est capable d’en donner une définition précise. Le sujet tourne autour des choses du derrière, tout le monde s’accorde là-dessus. Mais alors pour le reste, c’est vague, comme dirait Hokusai.
Pour tailler à la serpe, le versant fictionnel raconte des histoires de cul et vise à titiller les sens du lectorat. En son sein, l’érotisme jouerait sur la suggestion, l’imagination, l’esthétique, tandis que la pornographie taillerait plutôt dans le lard, plus directe, plus crue, plus explicite.
Je mets au conditionnel, parce que les concepts d’érotisme et de pornographie restent sujets à débat entre auteurs, éditeurs, universitaires, lecteurs… Ils sont en plus variables selon les époques et les sociétés. Sans compter la part de subjectivité dans le rapport individuel à l’“obscénité”, notion tout aussi nébuleuse censée marquer la frontière entre les deux.
C’est flou, les amis, très flou.
Faut dire qu’on n’est pas aidé par les éditeurs. À défaut de brouiller l’écoute, ils le font avec les cartes, publiant sous le label “érotique” aussi bien de l’érotisme soft et vaporeux que de la pornographie hardcore où l’on peut croiser sur la même page un nain, une nonagénaire, un concombre et beaucoup de contorsions. Toujours sous la même étiquette paraît aussi une copieuse littérature sexo, constituée d’essais, guides, témoignages, qui touchent à la psychologie, au développement, à la vulgarisation, au bien-être, aux pratiques, aux faits de société…
À l’arrivée, chacun peut piocher selon ses envies dans ce genre protéiforme qu’est la littérature érotique : un fourre-tout.
(Vingt-cinq lignes d’intro juste pour placer ce trait d’esprit, qui dit mieux ?)

Manier la plume et tailler une bavette

Brigitte Lahaie Salon de la littérature érotique
Brigitte Lahaie (mon idole !) lors de l’édition 2018. (Photo fournie par Flore Cherry)

Le casting des auteurs attendus au salon se veut représentatif de la diversité de cette galaxie érotique : Brigitte Lahaie (dont j’ai vu toute la filmographie), Camille Je m’en bats le clito, Eva Delambre, Caroline Michel, Lucile Belan, Damien Mascret, Olivier Liron (je ne serai donc pas le seul autiste dans la place), Blanche de Saint-Cyr, Sonia Saint-Germain, Nomi (dont j’ai vu toute la filmographie), Octavie Delvaux, Marc “Osez” Dannam, Virginie Girod (on va pouvoir vanner les contemporanéistes entre antiquisants), Eve de Candaulie, Guenièvre Suryous, Anne Vassivière, Julie-Anne de Sée, Julia Pietri
Autant dire qu’il y en a pour tous goûts, dans toutes les disciplines et sur tous les tons. Moi qui aime la diversité, je vais être servi. J’ai rempli mon carnet de bal et préparé ma liste de courses. Je peux déjà rédiger le faire-part de condoléances de mon compte en banque, ça sent la grosse ardoise. Remarquez, finir la bourse vide lors d’un événement lié à l’érotisme, c’est cohérent.
Et surtout, je vais rencontrer Brigitte Lahaie, et ça, ça n’a pas de prix pour un cinéphile !

Céline Tran Katsumi Katsuni salon de la littérature érotique 2018
Céline Tran (dont j’ai aussi vu toute la filmographie sous le nom de Katsumi / Katsuni), présente à l’édition 2018. (Photo fournie par Flore Cherry)

Des livres mais pas queue…

Un salon littéraire, tout le monde voit de quoi il retourne : des stands avec des piles de bouquins, des auteurs qui dédicacent, des badauds qui s’enfilent dans les allées pour vaquer de table en table.
La manifestation élargit le cercle des festivités puisqu’en plus de la partie auteurs sont prévues des conférences, des animations, des lectures, une remise de prix (cf. programme détaillé ci-dessous).
Planning chargé, un choix s’imposera parmi les activités (ça changera de l’éternel choix dans la date). J’ai coché – ou plutôt “on” a coché pour moi – les conférences de 15h30 et 18h (mission de renseignement pour ma chère et tendre, coincée à la maison par son ochlophobie). Le reste, j’aviserai sur place en fonction de mes papotages avec les auteurs et des envies de conf’ de l’amie-nounou-guide-garde-du-corps qui m’accompagnera le jour J.

Programme du salon de la littérature érotique 2019 auteurs dédicaces conférences animations
Le programme (note pour ceux qui trouvent que c’est écrit tout petit et qui n’ont pas compris le principe de la miniature : faut cliquer dessus).

Parmi les stands, deux ont retenu mon attention en particulier : Lingerie mon amour et Lelo. Noël approche et le gros rougeaud se glissera bientôt dans le conduit étroit pour déposer son paquet sous les boules du sapin. Il est donc temps de commencer à penser emplettes de fin d’année pour ma dulcinée.
Lingerie mon amour, je crois que le nom est assez parlant pour me dispenser d’expliquer en quoi consistent les articles de la marque. Quant à Lelo, dont le nom figure en gros sur l’affiche du salon, il ne s’agit pas de la donzelle dessinée à côté. On n’est pas dans Qui veut la bite de Roger Rapeau, les personnages de cartoons n’existent pas IRL (idem le père Noël pour ceux qui ne seraient pas au courant). Lelo, c’est comme Ikea : une marque suédoise dont on monte les produits, branlants à l’usage. Ikea parce qu’il manque toujours une vis à ton étagère, Lelo parce que leurs sex-toys sont conçus pour. Donc à voir s’il y a un modèle qui sort du lot pour mieux rentrer ailleurs. Si je dégotte la perle rare pour ma chère et tendre, je sais déjà ce que je vais écrire sur la carte que je glisserai avec l’objet du délit (ou du délice). “Tu sais où tu peux te le mettre ton cadeau ?” Ma chérie va adorer ! (Elle raffole de mon humour à deux balles.)

Sanofix vibromasseur
Publicité allemande de 1910 tirée de l’article “vibromasseur” sur Wikipedia.

On l’aura compris, j’ai hâte d’être au 24 novembre. L’événement s’annonce intéressant, rigolo aussi quand on connaît ma faculté à glisser du double sens dans chaque mot. Quand on aime jouer avec la langue, c’est l’endroit rêvé pour s’éclater.
D’autant que les salons qui mettent à l’honneur la littérature érotique ne courent pas les rues. En salons généralistes, on ne sait plus où donner de la tête. En noir/polar/thriller, ils sont légion. Même en imaginaire – et on sait pourtant à quel point la branche est sous-sous-sous-considérée par l’intelligentsia en France – il y a de plus en plus de festivals : Imaginales, Halliennales, Aventuriales, Utopiales… À quand les Vaginales ou les Doublanales pour la littérature érotique ? Par chez moi, y que dalle (qui n’est pas le nom en -al d’un salon). À part un salon du livre jeunesse alors que la moyenne d’âge de la ville est d’au moins 172 ans… C’est quand même malheureux de ne bénéficier d’aucune manifestation liée à l’érotisme alors que j’habite un trou…
Même en librairie, les ouvrages, faut les trouver. Planqués dans le recoin de la honte, au fin fond du quatrième sous-sol entre les toiles d’araignées et les ampoules grésillantes. Et encore, quand il y a un rayon dédié à “la chose”. Derrière, je te raconte pas la tronche du libraire quand tu passes à la caisse. Ça ressemble à ça :

Ordre moral
Make up by Photoshop

On veut du cul, nom d’une pipe ! (C’est vrai aussi en inversant les termes de l’expression.)
Polissonneries organise son quatrième salon de la littérature érotique. Ça prouve bien qu’il y a un public pour ça, sans quoi l’orga aurait plié les gaules depuis un bail.
Bref, il y a quelque chose de pourri au royaume de France, où on n’aime décidément pas la littérature de genre. Sauf les lecteurs, qui en consomment des tonnes. Et un paquet d’auteurs qui en produisent autant. Ne reste que le “on” très minoritaire d’un certain establishment littéraire à trouver que ça fait mauvais genre. Plus encore dans le cas de la littérature érotique. Le poids de 2000 ans de morale judéo-chrétienne et de honte liée aux plaisirs des sens, couplé à la pesanteur d’une prétention intellectuelle sans bornes qui ne jure que par les Lettres avec un grand L devant et beaucoup de poussière dessus. Après on viendra nous dire que la littérature ouvre l’esprit…
Rappellons quand même qu’Apollinaire, monsieur le grand poète classique, a aussi écrit Les onze mille verges, un incontournable. C’est une autre chanson qu’il entonne, le Guigui, et pour le côté BCBG on repassera. Il ne coule pas que de l’eau sous le pont Mirabeau mais des hectolitres de cyprine. La Seine débite !
Bref, sur Un K à part, on considère qu’il n’y a pas de petite littérature et on adore les “mauvais genres”. Même si je chronique peu d’érotique ou de porno, j’en lis. Assez pour avoir laissé des fortunes lors de mes commandes en ligne à La Musardine. Romans et nouvelles (Emmanuelle, Histoire d’O, Le lien, Sade, Sacher-Masoch, La guerre des Gaules, Anaïs Nin…), BD (avec une préférence pour Manara), hentaï (tout ce qui comporte Monzetsu dans le titre), plus un rayon trashouille dans un coin de ma bibliothèque. Et si je regarde les stats du blog, je constate que mon lectorat se livre à de saines occupations pendant son temps libre. Les requêtes à base de tapes érotiques sur le derrière et de pipe font un tabac, L’art de la fessée et Histoire de la fellation arrivant en tête des chroniques phares. Mes lecteurs et lectrices ont du goût.
Alors quand Flore Cherry, l’organisatrice, m’a contacté pour me demander si j’étais intéressé pour parler de son salon, j’ai dit oui. Quand il s’agit de mettre en avant les genres laissés-pour-compte par la grande (soi-disant) Littérature, je suis toujours partant. Que je pousse le vice jusqu’à déplacer mes augustes miches à Paris donne une idée de ma motivation.
C’est le public qui crée la visibilité, c’est grâce à l’effet de masse que les choses bougent. C’est ce qui s’est passé avec le polar, ça prend tournure avec l’imaginaire, la romance commence à avoir ses propres événements, on ne va pas laisser l’érotisme tout seul comme un paria.
Videz les rayons des libraires, soutenez les auteurs, parlez de vos lectures, déplacez-vous pour montrer que les événements attirent du monde.
Et rendez-vous le 24 novembre au salon de la littérature érotique, pour une journée pas piquée des vers (gondé).

Littérature érotique Manara Emmanuelle Sade Réage Apollinaire
Flemme de sortir puis ranger une centaine de bouquins de ma bibliothèque, on se contentera d’un échantillon.

Présentation de l’événement sur le site de Polissonneries et sur Fessebook (je sais, elle est facile mais pour une fois que je peux la placer en contexte…).
Avec tous mes remerciements à Flore Cherry pour le dossier de presse, les photos de l’an dernier et les billets. Au plaisir de se croiser le jour J !

Invitation presse salon de la littérature érotique 3615 Ulla
Ma tenue de gala qui date de l’époque du web zéro point zéro (le Minitel) et invitations presse. Ah, elle est belle, la presse moderne !…

Quelques liens sur le blog
pour se rafraîchir la mémoire
et se réchauffer les sens

Les chroniques :
L’art de la fessée (Jean-Pierre Enard & Milo Manara)
L’Art d’aimer, 10 ans de leçons de séduction (Aubade)
Les objets du plaisir (Chantal Brault)
Vices et novices (Pitek)
Sunstone (Stjepan Šejić)
Petits contes pour grandes personnes (Pylate)
tiercé Rêveries : Songes impudiques, Les Soumises : Séances de dressage et Catlady : Dans la chaleur de la nuit (Xavier Duvet)
Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation (Pierre Louÿs)
Histoire de la fellation (Thierry Leguay)
Cinquante nuances de Grey (E. L. James)
Critiques express : demi-molle (six bouquins pour le prix d’un)
Critiques express : Esparbec (trois titres)
Érotique chinoise et japonaise
Juliette Society (Sasha Grey, chronique de Marc Falvo)

Détournements de couvertures :
L’art d’aimer (Ovide préfacé par Rocco Siffredi)
Le soulier de catin (Paul Claudel)
Emmanuelle
Série Grey (Stan Kurtz)
La nouvelle rustine (Sade)
Fantomette en tient une grosse
La fracture du coccyx (Maxime Gillio)
Une belle paire de douilles (San Antonio)
Les Vaginales (fausse affiche de salon érotique)
Lord of the Cock Ring (Tolkien)
Avec tes boules (Cédric Sire)
“On flotte tous en bas” (Stephen King ft. Aubade)

Par la bande :
Mémoires de geishas : trois bouquins qui ne relèvent pas à proprement parler de la littérature érotique, mais vu comment les geishas font fantasmer, ça aurait été dommage de ne pas les citer.
Abusé par les mythes : analyse foutraque des membres surdimensionnés dans la série de romans Felicity Atcock.
Orihime et Hikoboshi : conte japonais qui t’explique que la Voie lactée est une trace de foutre.
À la rescousse de Valentin : idées de livres à offrir à sa dulcinée le 14 février.
– Un marque-page qui défonce
Cadavre exquis : le chemin boueux

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