Abusé par les mythes

Abusé par les mythes
L’émission qui (se) touche le fond

Jacques Pradel
Présenté par Jacques Pradel (parce qu’on n’a pas de budget et que c’était lui ou Bernard Montiel).

Concept de l’émission

De tout temps l’Homme a été fasciné par les mythes[1]
A l’instar des Templiers, des Illuminati, des SS, des reptiliens nécrophiles de la terre creuse, la communauté des auteurs fascine depuis l’aube de l’humanité. En ce creuset des forces obscures, se côtoient mages noirs, créatures de légende, aliens en rut et footballeurs. De quoi susciter bien des fantasmes et autant d’idées fausses. Car qui connaît ces démiurges mégalomanes reclus dans leur tour d’ivoire ? Que trament dans l’ombre ces êtres secrets ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Quelle est la part de vérité dans ces mythes qui entourent les écrivains ?

Notre émission se propose de démêler le vrai du faux. Les meilleurs experts autoproclamés, issus des plus prestigieuses universités bidon, décortiqueront les légendes urbaines du monde des auteurs. A l’issue de l’épisode, ils décerneront le label Vrai©® ou Faux©®[2] et vous saurez si vous avez été abusé par les mythes !

Episode 1 – Pilote
Le Club Universel des Lettres (CUL), l’avènement d’un nouvel ordre mondial ?
Reportage sur les réunions secrètes des auteurs dans leur repaire camouflé en Antarctique – une ancienne base nazie recyclée où des scientifiques fous fabriquent des zombis nazis et des OVNI nazis grâce à l’or nazi, ne marquant des pauses que pour vénérer la momie cryogénisée du Führer (nazi aussi, cela va de soi).

Episode 2 – C’est du belge
Interview de Paul Colize à l’occasion de la sortie de son autobiographie Les 24 heures du -ment, chronique d’un chasseur d’adverbes.
Colize, dit “le Van Helsing stylistique”, peut-il vraiment projeter carrément un double indubitablement astral capable de transpercer frénétiquement de pieux assurément acérés les ouvrages abondamment truffés d’adverbes en -ment ?[3]

Episode 3 – Tomber la chemise
Couleurs hors du prisme, symboles hypnotiques à la géométrie non-euclidienne, les chemises de Maxime Gillio hantent les mémoires depuis leur première apparition au salon d’Arkham. Les plus alarmistes y voient des portails permettant d’invoquer Cthulhu, Nyarlathotep et Jtapdéletropifsaféundieu.
Présentation d’une pièce inédite :

Infos du Monde la chemise de GillioEpisode 4 – Amusée par les bites (épisode développé)
D’après notre source Maxime Gollio[4], Les anges mordent aussi, regorgeraient – dégorgeraient – de grosses bites. Une théorie que l’on trouvera mentionnée dans Les anges ont la mort aux trousses (note 12 p.49). Verdict ? Vrai©® ou Faux©® ?

Dans ce roman, les anges ne se contentent pas de mordre. Ils bandent aussi. Comme les démons, les vampires, les humains. Leurs homologues féminines ne sont pas en reste et trempent leur culotte (quand elles en portent une) plus souvent qu’à leur tour. Bref, du cul comme s’il en pleuvait. Au point que la firme Dorcel envisage une adaptation sous le titre Angels Bite Too. Mais nous sommes là pour parler d’auteurs, pas de livres.

D’entrée, le nom de l’héroïne interpelle. Felicity Atcock, un patronyme qui en dit long sans mauvais jeu de mot. Tout un programme que l’on traduira, non sans poésie, “c’est la fête à ma bite”. Clin d’œil évident à un long métrage avec Brigitte Lahaie, l’incontournable C’est la fête à mon cul (1977).

Entrons maintenant dans le vit du sujet. Une tournée des personnages masculins s’impose. Alors, qui a la plus grosse ?
Greg (p.9) tringle la Felicity à raison de “quatre ou cinq fois par jour, à la vitesse de la lumière, mais avec la force d’un bulldozer”. Si la taille de l’engin n’est pas précisée, Gregounet se vantera en fin d’ouvrage d’en avoir “trois tonnes dans le pantalon” (p.312). Au-delà de l’exagération évidente – merci La Palice –, on suppose l’outil d’envergure. On imagine mal Greg, présenté comme un bourrin, jouer les marteaux-pilons avec un dé à coudre dans le slibard.
Plus loin, le regard de miss Atcock se perd sur l’entrejambe de Stanislas (p.18). “Tout à fait prêt à forer en terre inconnue, et ce n’était pas le marqueur dans son pantalon qui allait me contredire.” En clair, la foreuse XXL, the big bosse, une gaule à exploser un falzar de l’intérieur.
Et Toni, glande-t-il ?[5] Queue nenni.[6] Au sortir de la douche, on le croise (p.86) “en bien meilleure forme… en grande forme… en très grande forme. Impossible de rater le piquet de tente fièrement dressé devant lui.” Très tonique, le Toni ! Bienvenue sous le plus grand chapiteau du monde !
Passons au cas de Terrence (p.136) que Felicity décrit comme “un âne” (et elle ne parle pas de son intelligence), “en deux fois plus grand”. Un âne, la vache ! Manque plus qu’un petit Jésus entre les deux… C’est hénaurme ! dirait Luchini qui en connaît un rayon sur la tige. Hyperbole, certes, que d’invoquer une dimension aussi fantaisiste. N’empêche, il n’y a pas de fumée sans feu ni d’âne sans braquemart colossal. D’autant qu’à la page suivante, Felicity enfile un porte-jarretelles. L’indice qui ne trompe pas. S’il y a bien une chose à retenir des gonzesses – la seule en fait, parce que le reste, on s’en tartine l’oignon –, c’est qu’elles ne sortent jamais l’artillerie lourde pour une coquillette ou un bigorneau incapable de leur racler le fond de la cuve. Adieu dentelles, fanfreluches, cochonne, chantait Jean de la Femme Fontaine.
La foire du zizi en folie n’épargne personne, pas même les silhouettes. Quand un vampire lambda attrape son zob pour fourrer la miss (p.149), que dis-je, son zob, c’est un cap ! une péninsule ! un pénis ultra maousse costaud et fi du mini rikiki. “Le vampire avait empoigné son excroissance démesurée.” Pas grosse, pas énorme, non démesurée, rien que ça.
Puisqu’on parle de vampire, ne pourrait-on étendre la démonstration à Margaret la vampirette ? Attention, je ne parle pas d’une femme à bite comme d’autres sont à barbe. Mais un vampire, enfin ! Qui mieux qu’un Nosferatu pour évoquer le charisme, la séduction, l’érotisme ? Vous reprendrez bien un petit bisou dans le cou ?… La créature parfaite qui suce et avale sans faire d’histoire, elle. Prenez-en de la graine, mesdames. Mais je m’égare, comme disait Théognis. Le vampire, donc. Le romantisme torride, le sexe avec une cape de soie plutôt qu’un imper en caoutchouc. La classe. Mais la classe avec une bite. Car, dans une perspective freudienne où tout n’est que vagins et phallus, que représentent les canines de la bête sinon une belle allégorie de pine voire de double pénétration ? La morsure, la chair transpercée, le sang qui s’écoule telle une rivière de métaphore cliché : belle image de la vierge déflorée. Or Margaret, revenons-y, affiche des ratiches de compétition, d’une autre trempe que les dents du bonheur (p.113). “Elle m’a souri de ses plus belles canines. Elles étaient énormes ! Trois centimètres de long au bas mot.” La conversion en équivalent-bite donne un résultat d’1 Rocco, soit 24 cm. Si ça, c’est pas du gros braque métaphorique !

Au terme de cette émission, le doute n’est plus permis. Abusé par les mythes valide la théorie des grosses bites.

Tire mon doigt ![1] Note du producteur : moins de philo à deux ronds, plus de racolage.
[2] Les mots Vrai©® et Faux©® sont des marques originales (si !), protégées par des brouettes de lois. Utiliser Vrai©® ou Faux©® sans l’accord préalable de la chaîne et des ayants droit expose à des poursuites sur la musique de Benny Hill et des rotules brisées.
[3] La production décline toute responsabilité en cas de malaise de l’intéressé à la lecture de cette phrase. (Le lecteur attentif remarquera l’absence d’adverbes ailleurs dans le texte, preuve qu’on peut se passer de ces chiures immondes.)
[4] Le nom a été changé.
[5] Je ne reculerai devant aucun calembour, si foireux fût-il.
[6] La preuve.