Critiques express (16) Esparbec dans l’eau

Disclaimer 18 ans contenu expliciteOn m’avait dit “lis Esparbec, tu verras, c’est bien”. Je suis venu, j’ai lu, je n’ai pas du tout été emballé (dans le cul).

Pour ne pas trop fatiguer mon corps usé par les ans, on oublie le plan canonique en trois parties. Deux, c’est bien aussi : grand un, trois avis rapides sur des titres sortis chez La Musardine ; grand deux, pourquoi bof ?

Couverture Monsieur est servi EsparbecMonsieur est servi

Monsieur a peut-être été servi, perso, j’attends toujours. Seul point positif : l’expérience de lecture concorde avec le thème. L’ennui.
Une bourgeoise (encore…) s’ennuie. Elle va donc s’occuper en forniquant à droite à gauche. Enfin, plutôt à droite à droite, vu le milieu social. Son mari, bien ennuyé par les frasques de son épouse, se venge sur la bonne. Une soubrette troussée par son patron, comme c’est original… Personnage aussi ennuyeux que contradictoire d’allumeuse rebelle et soumise (?).
C’est long, mais long. Même Madame Bovary à côté, c’est du Michael Bay.

Couverture La pharmacienne EsparbecLa pharmacienne

Le plus décontracté des trois que j’ai lus, celui où je me suis le moins ennuyé, même si, au bout d’un moment, ça devient long (mais pas dur). Une espèce de pièce de vaudeville bourgeois, avec une pharmacienne qui tient davantage de la charretière. Succession de scènes de sucettes et de pétages de rondelles sous des auspices incestueux, suivant le rythme convenu des films X. Quand le bouquin est sorti en 2002, l’idée sortait peut-être un peu des sentiers battus. A l’heure actuelle où le porno en vidéo déborde de MILFs et de stepmoms/dads/sons/daugters qui s’enfilent en famille, le texte en touche une sans remuer l’autre.
La partie la plus intéressante du livre est sa postface, où Esparbec expose sa vision de la littérature pornographique. Intéressante, même si assez loin de la réalité de ses textes. Pour quelqu’un qui prône le “refus de la gaudriole”, il n’y a que ça, de la gaudriole, dans La pharmacienne.

Couverture La jument EsparbecLa jument

Une bourgeoise qui pourrait s’appeler Lady Chatterley se lance dans l’équitation. Roman long, ennuyeux et plein de déjà vu. La thématique cavalière a déjà été traitée à l’envi par le porno, Esparbec n’y apporte rien dans ce roman. Quant au thème de la bourgeoise coincée dressée pour devenir une assoiffée de sexe qui se prête à tous les fantasmes, il se confond pour ainsi dire avec la pornographie. On pourrait presque définir le genre sur cette base : la métamorphose d’une oie blanche en nymphomane soumise.
La jument, ce sera donc du cliché à foison : cavalcade à oilpé dans la prairie, agitation moite dans le foin, fornication avec les garçons d’écurie et le directeur du centre équestre.
Ni fait ni à faire.

Etudiantes lingerie centre équestre
Etudiantes Britanniques, lingerie, centre équestre. Cliché ? C’est pour la bonne cause : une œuvre au profit d’une association qui aide des handicapés.

Esparbec, on m’en avait tartiné une couche de dithyrambe épaisse comme un bukkake. Note pour plus tard : arrêter d’écouter “on”.
Excitation zéro. Lecture mécanique. Tu branches le pilote automatique le temps d’arriver au bout. Juste parce que tu n’aimes pas lâcher les bouquins en route. Au prix que ça coûte…
Les pages les plus intéressantes se trouvent en annexe de La pharmacienne. Dans la postface, Esparbec énonce son rapport à la pornographie et la littérature.

Extrait :
“L’écriture que je préconise est le contraire du style PORNO, et tout aussi bien le contraire de l’ECRITURE LITTERAIRE. Refus du baroque, de toute surcharge expressionniste, du second degré, de l’humour, de la gaudriole, qui sont autant d’échappatoires. Toute métaphore est bannie, les adjectifs sont concrets, les descriptions sont méticuleuses sans être délayées ; ce que je souhaite obtenir, une écriture transparente supprimant tout écran contre le lecteur, réduit à l’état de voyeur, et les scènes décrites. Autant que possible l’auteur, par une sorte d’ascèse du style, doit S’EFFACER, se rendre invisible, ne jamais s’autoriser la moindre coquetterie qui rappelle sa présence au lecteur, se rapprocher autant que possible du degré zéro de l’écriture prôné par Roland Barthes pour, d’une part, ne pas gêner le voyeur, et de l’autre, supprimer ce qui si vite se démode : le “style”.”

Les trois titres chroniqués, c’est tout à fait ça et son contraire. Esparbec, quoi qu’il s’en défende, a un style, avec ses choix de vocabulaire et ses partis pris d’écriture. Bannir les métaphores, que beaucoup d’auteurs confondent avec des comparaisons sous LSD, ok. Eliminer les périphrases, les termes pseudo-poétiques et appeler une chatte une chatte, ok. Le gars fait ça très bien et ses textes ont le mérite de ne pas planer à dix mille dans l’éther. Trop bien, même. Parce qu’il ne reste que de la description quasi clinique, sans charge érotique. Tu vas me dire qu’Esparbec refuse d’être étiqueté auteur d’érotisme et se revendique pornographe. Certes. Mais sa façon de raconter le cul laisse froid. On lit ça comme on regarderait un documentaire sur la reproduction des zébus. On est posé là, pas impliqué, même comme voyeur. On s’ennuie.
A trop en enlever, il ne reste rien qu’une langue hyper classique, espèce de version modernisée des auteurs de la seconde moitié du XIXe siècle. Les descriptions “méticuleuses”, comme la pomme, y en a. Y compris hors scène de cul, sauf que ce n’est pas ce qu’on vient chercher dans la littérature porno.
Si je comprends qu’Esparbec soit gavé des exercices de style qui surchargent certains récits X au point de les déconnecter de leur propos – du cul bête et méchant – il aboutit à l’excès inverse. Ce n’était pas possible de trouver un juste milieu entre trop et rien ?
Plus loin dans la postface, le bonhomme compare deux pornographies, “la vraie, la pure” (la sienne, on l’aura compris) et celle “qui s’étale sur les murs, celle des cinémas pornos, des sex-shops, des tristes clubs échangistes, des partouzes de minitel, des fast-sexs en tout genre”. J’ignore de quand date cette postface qui en est encore au Minitel… Toujours est-il que je ne vois pas dans les textes d’Esparbec de différences fondamentales. La théorie qu’il développe est bien jolie, mais il y a un monde avec la réalité de ses bouquins.
On y trouve la même chose que dans les films X produits à la chaîne. Les mêmes fantasmes, les mêmes clichés, les mêmes personnages et surtout les mêmes procédés. Je pense par exemple au scénario, prétexte pour que chaque scène tourne au coït. Rombière, fuite d’eau, plombier, pif paf pouf. La version X du fameux “une porte, un monstre, un trésor” qu’ont connu tous les rôlistes à une époque.
En vidéo, le concept ne me dérange pas. Personne n’est dupe. Ni le spectateur, ni les acteurs, ni le réalisateur. Le genre ne cherche pas à te vendre une histoire. D’ailleurs, il n’essaye même plus de faire semblant d’en raconter. Cf. la prédominance du gonzo, où le X s’est affranchi de la volonté de ressembler au cinéma traditionnel, pour trouver sa propre expression. Chez Esparbec, je tique. L’histoire relève du même prétexte, avec le même enchaînement attendu de scènes de fion, MAIS en essayant de se camoufler sous un masque de littérature classique.
Esparbec “préconise le contraire du style porno, et tout aussi bien le contraire de l’écriture littéraire”, mais il ne fait que ça, du style porno et de l’écriture littéraire.

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