Nouvelle donne

Série B
Tome 7, Nouvelle donne
(Marc Falvo / Stan Kurtz)

Fleur Sauvage

Avec Nouvelle donne, Série B, qui ne s’appelle plus Série B, repart pour un tour. Un titre que j’attendais avec impatience ! Sorti en octobre 2017, acheté en décembre, lu en mai (2018, hein, je ne rebrousse pas le temps). Une définition personnelle de l’impatience, donc.

Nouvelle donne Stan Kurtz Marc Falvo

J’attendais 16h12 le moment d’être dedans pour éviter de passer à côté. Je m’en serais voulu de le gâcher.
En plus, au salon de Dainville, l’auteur – qui ne porte ni imper ni chapeau, un scandale ! – m’avait présenté le bousin comme le volume qui fâche, le tome de la discorde, l’opus qui divise les lecteurs. Pas top engageant.

Première partie : Entre table rase et table ronde

Alors, verdict…
Ben bien. Même esprit et même style que la série originelle. Roman noir, humour noir, phrasé décontracté, jeu sur les codes… Je ne vais pas retartiner sur le sujet, aucun intérêt. Lisez mes chroniques, elles sont magnifiques (j’ai fait rimes faciles LV2 au collège). Série B premier du nom, Série B 2 à 6 avec en prime une superbe analyse de l’intégrale, épisode bonus audio Aenigma. J’ai déjà tout dit, avec le brio et l’humilité qu’on connaît. Nouvelle donne se situe dans la continuité au niveau de l’ambiance et du style, point. Enfin, point à la ligne, plutôt.
Alors qu’est-ce qui change pour l’infra-détective ? Le titre annonce la couleur. Nouvelle donne redistribue les cartes. Nouveau design, moins pulp… Nouveau format moins axé feuilleton : plus de mention de série, qu’elle soit estampillée B ou n’importe quelle autre lettre de l’alphabet, plus de numérotation. Apparition du nom de Marc Falvo qui “présente” la collection Stan Kurtz (monsieur est trop modeste).
Quant au contenu…

Alors à partir d’ici, ÇA VA SPOILER A MORT ! Tu ne viendras pas dire que je n’ai pas prévenu. D’habitude, j’évite de trop en dire sur le contenu du bouquin, mais là, pas moyen de faire autrement. Pour expliquer en quoi cette nouvelle aventure de Stan Kurtz change la donne, plaît ou déplaît, faut que je parle de certains éléments présents ou absents, liés à l’arc narratif. Donc spoils sur l’histoire.
Si tu n’as pas lu Nouvelle donne, si tu veux garder la surprise, arrête cette chronique là tout de suite. Reviens après lecture du roman.

Fin de la première partie

Police line spoilersDeuxième partie : Spoil au kiki

J’ai bien fait d’attendre plutôt que me précipiter sur Nouvelle donne. Sinon, je n’aurais pas aimé. Enfin… Si, dans un sens, si… J’aurais aimé ce à quoi j’avais déjà accroché dans Série B. Le décalage, le ton, le personnage de Stan… Mais j’aurais décroché à cause de l’histoire.
Terribles tropiques, sixième et dernier numéro de la saison 1 de Série B s’achevait sur… rien, en fait. Il ne se terminait pas sur une résolution et te plantait là comme un radis. J’ai horreur de ça, les fins cliffhanger. Limite, ça passe à l’intérieur d’une série, puisqu’elle forme un tout. Mais à la fin du dernier volume, non ! Foutage de gueule !
Ma seule et unique déception concernant cette excellente hexalogie.
Il y eut un soir, il y eut un matin, un autre soir suivi d’un autre matin, et ainsi de suite. Bref, le temps a passé (ce qui n’a rien d’une grande révélation, mais je ne peux pas annoncer du fracassant à chaque phrase). Là-dessus déboule Aenigma, épisode bonus en format audio. Pas plus avancé, aucun lien avec l’arc narratif. Mine de rien, un processus s’est mis en branle (inutile de chercher d’allusion sexuelle).

J’aurais dû détester Nouvelle donne. On suppose que le roman va reprendre où s’arrêtait Terribles tropiques. Que nenni ! L’intrigue démarre plusieurs mois après la dernière scène. Entre deux ? Mystère, mister Kurtz est amnésique. Dans l’ensemble, il ne va pas se démener outre mesure pour retrouver la mémoire. A l’arrivée, on n’en saura pas plus sur ce qui s’est passé. Cette suite n’apporte aucune réponse aux questions en suspens. Stan passe 200 pages à reprendre ses marques sans que le schmilblick avance d’un poil.
Là, j’aurais dû maudire l’auteur ou, plus efficace que les imprécations lâchées aux quatre vents, me pointer à sa baraque pour lui défoncer la tronche.
Sauf qu’entretemps, il y a eu Aenigma, un tient-tout-seul (version québécoise du stand alone). Et un déclic.
Donc Nouvelle donne, nouvelle mouture, volume de transition qui met en place une nouvelle approche. Parce qu’au fond, les réponses, on s’en fout. C’est pas important de savoir que le colonel Moutarde a fumé le docteur Lenoir avec le ressort à boudin dans la penderie. Idem que le Révérend a magouillé ceci avec Machin pendant que Truc bricolait des bidules. Le pourquoi du comment, rien à secouer. Le Révérend, Amphitryon, l’Académie apparaissent à peine dans Nouvelle donne alors qu’on n’attendait qu’eux. Pas grave.
L’important, ce sont les aventures de Stan Kurtz, pas là où elles le mènent.

Après, je comprends la frustration des fans de la série originelle. J’en suis un, donc plutôt bien placé. Mais pas frustré. Quand on a vu X-Files, Le Caméléon, Millenium, Salut les Musclés, Supernatural… toutes ces séries qui mélangent un arc narratif principal avec des épisodes qui s’y rattachent de loin voire pas du tout, on connaît le procédé, on peut même imaginer une fin soi-même au match Kurtz vs Révérend.
Après (bis), ledit procédé fonctionne pas mal à la télé, parce que le temps entre chaque épisode se compte en jours. L’intrigue, même avec des écarts hors-sujet occasionnels, avance vite. En littérature, pas sûr que le public accroche. Le parti-pris de Falvo est casse-gueule, vu l’écart entre deux sorties : des mois, qui laissent le temps aux lecteurs de se lasser, d’en avoir marre d’attendre. D’autant plus que Mister Iceberg, le prochain opus, est annoncé comme un pur stand alone. Pas demain la veille que les réponses attendues pointeront le bout du nez. Va encore y avoir des déçus.
Mais pourquoi pas ? La démarche semble inédite, en tout cas pas d’exemple de séries de bouquins qui me vienne en tête. Risqué, couillu, donc intéressant, bien plus qu’un rythme de croisière pépère et facile.

Nouvelle donne, c’est la saison 5 de Kaamelott. La fameuse saison 5… celle de la rupture.  Perso, je ne l’ai pas aimée, trop dark alors que je regardais Kaamelott pour me marrer. MAIS… Il s’agit de loin de la saison la plus intéressante dans la démarche d’Astier. Fallait oser. Passer des vignettes indépendantes (ou avec des morceaux de narration dans le Livre IV) à de la narration pure, changer de durée, de format, de cadre (les extérieurs), de ton, d’ambiance. En un mot, tout chambouler alors que la série marchait très bien comme elle était. Quitte à y laisser une partie de son audience.
Nouvelle donne, même combat. Pas mon volume préféré, moins pêchu que les précédents, mais intéressant en ce qu’il propose une nouvelle façon d’aborder les aventures du père Kurtz.
Après ce titre de transition, en toute logique, Mister Iceberg devrait être celui du renouvellement. Je l’attends de pied ferme (et j’ai deux grolles, moi).

Fin de la deuxième partie et fin de la chronique
(ce que tu auras deviné à l’absence de troisième partie)

Addendum : Stan Kurtz, l’intégrale !
Série B, volume 1 ;
Série B tomes 5 à 6 et chronique globale de la série ;
– épisode bonus audio Aenigma ;
Mister Iceberg.

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