Readiktion et LDVELH

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Quelque part entre l’anglais (read) et le SMS (adiktion pour addiction ?), on va parler aujourd’hui de la maison d’édition Readiktion et de livres-jeux interactifs.
Enfin “on”, c’est surtout “je”. Et je le ferai en français pour d’évidentes raisons de lisibilité, because si je write all kom sa en anglaiSMS, on n’est pas sorti des ronces.
Précisons pour éviter tout malentendu qu’il ne s’agit pas d’une “publicité pour” mais d’une “présentation de”.
Comme je suis un grand malade, cet article sera rédigé sous la forme d’un article dont vous êtes le héros (ou l’héroïne, on vit en 2018, on prend aussi les filles dans l’équipe). C’est VOUS qui choisirez ce que vous lirez.
L’aventure commence au paragraphe 2.

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A la base, Readiktion m’avait contacté pour que je teste un de leurs produits au choix. Du service presse, donc. Sauf que non, pas moyen. Pas tant parce que je refuse les trois quarts des SP – pour une fois, ça me tentait bien d’accepter – que pour des raisons techniques : le test nécessite un smartphone (ou une tablette) et niveau téléphonie, je ne dispose que d’un vieux crincrin sur lequel l’installation d’applications est impossible. Même pas Internet dessus, c’est dire si on patauge dans l’antédiluvien.
Si tu veux savoir pourquoi j’en parle quand même alors que je n’ai rien à dire, rends-toi au paragraphe 3. Si tu t’en cognes, direction le paragraphe 4.

Quête du Graal Le temps de la malédiction3

Faute de pouvoir essayer leur bidule high tech, je pensais lâcher l’affaire. Qu’est-ce qui m’a décidé à pondre une présentation du bousin ? Pas une tarte aux fraises, ça, c’est déjà pris.
Mon interlocuteur (une interlocutrice, pour le coup) a supporté avec courtoisie et professionnalisme mes fantaisies épistolaires. Une épreuve que je ne souhaite à personne, la lecture du Necronomicon, à côté, c’est Martine en vacances. Pour avoir eu affaire à des chargés de com’ beaucoup moins patients, m’en fallait pas plus. J’écoute plus facilement les gens que les argumentaires pleins de jargon vaguement commercial et franchement publicitaire.
Pis bon, j’aime bien leur concept, à Readitruc.
Pour découvrir la maison d’édition, va au paragraphe 4. Si tu préfères sauter au concept, passe direct au paragraphe 5.

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Or donc Readiktion, première partie, la boîte. Bon ben c’est une maison édition. Elle édite des livres (note : penser à promouvoir captain Obvious au grade de général). Rien que du numérique, axé littérature de genre (polar, SF, fantastique…). Jusqu’ici, rien de nouveau sous le soleil, la lune ou les étoiles. Leurs bouquins ont la particularité d’être interactifs.
Alors, eux, ils te vendent ça comme un “nouveau concept”. Sérieux ? La littérature interactive existe depuis un bail. Sa version numérique web aussi. Et même la version portable date d’avant la fondation de Readiktion en 2016. Donc nouveau, non. Mais intéressant, oui, ça n’empêche pas.
Pour connaître leur concept, laisse-toi emporter vers le paragraphe 5.

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De quoi donc est-ce qu’il s’agit-il ? te demandes-tu en violant la syntaxe.
De ces bons vieux LDVELH ! Les livres dont vous êtes le héros ! Enfin, des livres-jeux interactifs vu que l’appellation livres-machin-héros est une marque déposée de Gallimard.
Si tu ne connais pas le principe, je te l’explique au paragraphe 6. Sinon, tu peux sauter à l’historique du genre au paragraphe 7. Et au cas où ça ne t’intéresserait pas davantage, tente le 8. Si aucune de ces options ne t’emballe, je ne vois que le 14 pour t’accueillir.

       LDVELH Dragon d'or6

Le choix dans la date le déroulement de l’histoire appartient au lecteur – et au début on parlait bien d’un masculin, pas d’un neutre, le genre s’adressait à sa grande époque à un public mâle à 99% – qui est le héros de l’histoire. D’où le nom de la collection “livres dont vous êtes le héros” en Folio Junior, expression passée depuis dans l’usage courant.
On commence au paragraphe numéro 1. A la fin dudit paragraphe, on a le choix entre plusieurs décisions, chacune renvoyant à un paragraphe numéroté, où on est confronté à d’autres possibilités et ainsi de suite.
Littérature non linéaire, interactive, immersive par excellence, bien plus que les romans à la première ou à la deuxième personne.
Si tu trépignes d’impatience à l’idée d’en apprendre plus sur l’histoire du genre, va au paragraphe 7. Si tu préfères passer à côté d’un exposé formidable, casse-toi au numéro 8.

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Les récits interactifs impliquant des choix de la part du lecteur naissent à une date indéterminée. On en trouve quelques prototypes dans les années 40, 50 et 60. Les premiers livres-jeux en tant que tels naissent dans les années 70 (détails divers sur Wikipedia si le sujet t’intéresse). Le modèle canonique sort en 1982 : Le Sorcier de la montagne de Feu de Steve Jackson et Ian Livingstone.
Le genre connaît son âge d’or dans les années 80, s’étiole dès le début des années 90 et disparaît vers 1995, exception faite de certains ouvrages éducatifs (apprentissage ludique, développer la capacité décisionnelle de l’enfant, tout ça, tout ça). Timide renouveau au cours des années 2000, en partie grâce à Internet, ce monde peuplé de geeks élevés à l’heroic fantasy. Certains ouvrages se retrouvent en ligne, dans des versions officielles ou pirates. On peut y jouer vite, un clic et hop, fini de s’user les doigts à feuilleter pour trouver le bon paragraphe. Quelques maisons d’édition en profitent pour sortir de nouveaux titres ou en rééditer d’anciens, mais sans atteindre des chiffres de folie : le LDVELH est désormais un marché de niche.
Cette situation pourrait changer grâce au numérique.
Comme je sais que tu ne tiens plus face à tant de suspens, je t’invite à foncer au paragraphe 8.

Le sorcier de la montagne de feu8

Changer ou pas. Ça fait quelques années maintenant qu’on trouve des LDVELH sous forme numérique, je n’ai pas entendu parler d’un engouement formidable pour la chose.
La révolution numérique dans l’édition, faut être honnête, on l’attend toujours et pas que pour le livre-jeu mais pour le secteur tout entier.
La production se contente d’être à 99,99% du papier sur écran sans exploiter les possibilités informatiques de la chose (image, son, vidéo, animation…).
Après, faut jurer de rien. Dans ce domaine, suffit de pas grand-chose pour lancer le mouvement. A commencer par exploiter ces fameuses possibilités, qui permettraient de créer un genre à mi-chemin entre le livre et le jeu vidéo. Notez que ça existe déjà, ça s’appelle le jeu vidéo justement. Je citerais le cas de beaucoup de jeux japonais (surtout eroge mais pas que) qui placent le joueur dans une situation avec plusieurs choix possibles qui l’amènent chacun à une autre situation avec plusieurs choix possibles, etc. Y a du texte, du son, de l’image, des animations (et parfois des tentacules). Pile le principe le principe du livre dont vous êtes le héros, croisé avec les médias d’un support informatique. Sans aller jusque là, je ne pense pas que ce soit trop demander d’avoir autre chose en numérique que du texte brut sur fond blanc. Sinon autant éditer des titres en .txt.
Pour en revenir à Readiktion, poursuis au paragraphe 9. Si tu en as assez lu, téléportation au paragraphe 14.

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Alors Readiktion, j’aime bien le concept. Nostalgie de ma jeunesse à m’enfiler des LDVELH…
Je ne peux pas te dire si leurs produits sont bien ou pas, que ce soit l’application ou les titres proposés. Cf. ce que je disais au début sur le test impossible. Inutile d’y retourner, Jacques a dit “ne va pas au paragraphe je ne sais plus combien”.
Les tarifs, à part l’application gratuite, aucune idée pour les bouquins, je n’ai pas trouvé sur le site. Ce serait pas mal de les faire figurer (et s’ils y sont, de les afficher à un endroit accessible, au hasard le catalogue).
On trouve dans leur catalogue du fantastique, du thriller, de l’historique, du policier, de la romance, de l’imaginaire (?) et du roman (?!?). Mélange des genres (au sens grande famille littéraire comme le roman) et des genres (au sens du registre ou de la narration comme le fantastique), faudrait peaufiner la classification.
L’idée de partir sur de la littérature de genre, bien. Les genres concernés sont les plus aptes – pour ne pas dire les seuls – à permettre l’aventure. Les catégories présentées (fantastique, policier, romance, etc.) et celles à venir (horreur, SF, fantasy…) promettent beaucoup de variété.
Le cœur de cible est plutôt 15-25 (ou 15-20, j’ai trouvé deux versions), plus âgé que les LDVELH de la grande époque. Pourquoi pas ? Après tout, y a pas d’âge pour s’amuser ni pour avoir envie d’être un héros… ou une héroïne. Et là, gros changement bienvenu, il y en a aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Il était temps (petit navire).
A leur place, j’étendrais quand même le public visé pour englober la tranche originelle des livres-jeux : les 10-15 ans. Vu le succès du jeunesse, du young adult, de la littérature ado, ce serait ballot de passer à côté (pour vous avoir soufflé l’idée, vous me filerez 10% sur les ventes, en petites coupures usagées). D’autant plus que la philosophie de la boîte est d’ouvrir la lecture à tous et le meilleur moment pour s’y intéresser, pas de secret, c’est quand on est gamin.
Si quelqu’un a testé l’application Readiktion, je suis curieux de connaître le verdict. En tout cas, sur le papier (façon de parler), l’idée tient la route et j’espère qu’elle fonctionnera. Ce serait dommage que les livres-jeux restent un truc générationnel limité aux vieux débris nés au siècle dernier (rien de péjoratif, j’en suis un, d’ancêtre, j’étais à Marignan, moi, madame !).
Inutile de chercher les paragraphes 10, 11, 12 et 13, rendez-vous au 14.

Défis fantastiques Le talisman de la Mort14

Ah, le paragraphe 14, le fameux, hérité de la série La quête du Graal par J. H. Brennan.
Tu es mort. Ben oui, c’est ça, le 14. Tu y finissais chaque fois que tu claquais.
Bon, vu que l’article est terminé, c’est pas trop grave, tu t’en remettras. Tu peux revivre l’aventure en retournant au paragraphe 1 ou en allant faire dans le monde réel quelque chose de plus constructif que lire mes élucubrations.

2 réflexions sur « Readiktion et LDVELH »

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