Carnet de bord : Envie de Livres 2017

Y a pas à dire, dans ch’Nord, on sait recevoir ! Envie de Livres fait mentir les clichés misérabilistes sur le Nord : il y avait même du soleil.
En vérité – ça reste entre nous, hein – faut réserver le char d’Hélios à l’avance, on ne le sort que pour les grandes occasions, raison pour laquelle il n’y en a pas beaucoup le reste de l’année.
Du soleil dans le Nord, tout arrive… J’y ai vécu vingt ans far far away a long time ago, ça me surprend toujours.

Départ samedi. Toute la troupe embarque dans la Jomainmobile. Petite troupe, on est deux : Felicity Atcock et Un K à part, le binôme qui envoie assez de bois pour concurrencer Charles Ingalls.
Pensée émue pour Fabien Clavel, parrain l’an dernier des Halliennales, pas familier des habitudes de conduite de la miss.
Petite astuce à destination des auteurs qui pourraient un jour se retrouver dans cette situation. Quand Sophie Jomain te véhicule, si le GPS dit “droite” et qu’elle part à gauche, pas d’inquiétude, c’est normal. Elle t’emmène toujours à bon port, en un seul morceau et dans les temps, juste elle prend un autre chemin (et tu passes le trajet à te demander à quoi sert le GPS).

Atterrissage à Sailly-Labourse, au château de la MECS de l’Artois (qui tient plus du manoir vu qu’il n’y a ni remparts ni tours ni douves ni chevaliers en armure).
On commence par le largage des colis pour la collecte de livres. Parce que c’est ça Envie de Livres, “un salon solidaire”, dixit Richard Angevin, l’initiateur du bousin.
L’événement dépasse le cadre des rencontres entre auteurs et lecteurs, des ventes et signatures de bouquins. Il se double d’une valorisation d’un travail social tant à l’année que sur du plus long terme.
On citera par exemple les ateliers d’écriture avec les enfants dont s’occupe le centre. Ils ont donné lieu cette année à deux bouquins : Histoires de super-héros (avec les Galibots) et Je suis migrant et je souris (avec de jeunes migrants) chapeautés respectivement par Delphine Dumouchel et Sophie Jomain.
Il y a aussi les chantiers menés au Sénégal qui permettent aux jeunes de s’ouvrir au monde et de s’impliquer dans des projets constructifs (aux deux sens du terme). Ainsi sont nées des bibliothèques… qu’il faut remplir. D’où la collecte de livres.
L’occasion de faire le ménage dans ma bibliothèque. Romans, BD, manuels scolaires, on accumule pas mal de doublons et de bouquins dont on n’a pas ou plus l’utilité mais qui pourraient servir à d’autres. C’est pas grand-chose, mais toujours mieux que les mettre à la poubelle – sacrilège ! – ou en tirer trois fifrelins sur eBay.
Ce n’est pas pour rien qu’Envie de Livres figure sur mon planning depuis six mois. Pas juste pour les dédicaces ni parce que je suis blogueur invité (je l’ai su il y a un mois seulement), la démarche du salon donne envie de s’inscrire dedans et d’apporter un petit quelque chose.

Gage de qualité, le salon est organisé par Orcus Evénements (Maxime Gillio et Sophie Jomain), responsable des excellentes Nuit des Livres d’Esquelbecq et des Halliennales.
En ce samedi après-midi, il reste encore du taf. Chez Orcus, on ne se contente pas de trôner et superviser du haut de l’Olympe, on met la main à la pâte. Ça valait le coup d’arriver en avance rien que pour voir Gillio passer le balai en bermuda ! Pendant ce temps-là, je découpe des nappes à la carte bleue en attendant de trouver des ciseaux. Une scène normale, pas du tout surréaliste.
Ouaip, cet esclavagiste d’Orcus fait travailler les invités et même des enfants… Où va-t-on, je vous le demande…
La référence à Clavel en début d’article n’a rien d’anodin, on avait bien rigolé (et travaillé) l’après-midi qui précédait les Halliennales. Une organisation de salon chez Orcus, ça se passe comme ça. Tout le monde laisse ses “titres” au vestiaire et file un coup de main de bon cœur. Des organisateurs aux gars qui montent le chapiteau, personne n’est plus important qu’un autre. Parce que mine de rien, une légion de “petites mains” œuvre avant, pendant et après l’événement. Employés et bénévoles qui s’occupent de monter et démonter, préparer la bouffe, servir les boissons, animer, accueillir, piloter les navettes gare-hôtel… Une foule de gens indispensables, la base d’un salon réussi.
Enfin, voilà, on s’agite, on rigole, on change douze fois les tables de place, bonne ambiance préparatoire.

Clin d’œil à Jeanne Desaubry : mes talents de dessinateur. (C’est une horde zombie.)

Arrive le repas du soir en petit comité avec une poignée d’auteurs débarqués en avance. Toujours une excellente ambiance, je retrouve quelques têtes déjà croisées (Hauchecorne, Piacentini, Constant, Fleurine), j’en découvre de nouvelles comme Max Obione, Jeanne Desaubry (qui me trouve une tête de bédéiste… si seulement j’en avais aussi les mains), Ludovic Miserole (autre passionné d’Histoire).
Premiers imprévus (un salon, c’est ça aussi) qui donnent l’occasion à Gillio de déployer ses talents d’improvisation. Monsieur Orcus assure le service comme un chef, avec le tablier en prime. Et ça, ça n’a pas de prix.
Entre deux plats, on se livre avec Hauchecorne et Piacentini à des échanges stimulants sur l’écriture, les blogs, YouTube… Deux auteurs aux genres, approches et méthodes très différents – ce qui fait la richesse de la littérature – mais avec un fonds commun de rigueur, de travail, de recul critique. C’est aussi pour ça que j’adore les salons : des échanges de vue vivifiants, un bouillonnement qui te donne mille idées à méditer, mille projets à envisager… La créativité est communicative et enrichissante.

Dimanche matin, à l’heure où blanchit la campagne, EdL juste avant l’arrivée des visiteurs.

Après une nuit passée à surveiller l’heure pour ne pas louper le réveil… Tu vas me dire, quel intérêt alors d’avoir un réveil ? Le même que ma muse Jomain avec son GPS. Un artefact ornemental.
Petit déj’ à l’hôtel. Gillio a sorti sa chemise des grands jours, RIP mes yeux. Il est super content à l’approche de l’heure H, on se croirait dans La cité de la peur. RIP les massifs de fleurs…
Dernières vérifications sur place. Moment magique où on se rend compte qu’on a oublié de placer un auteur et qu’il faut réagencer deux-trois trucs à la dernière minute. Folkorique, une mise en place de salon…
J’en suis à mon troisième café quand le salon démarre officiellement. Je peux me le permettre, on m’a greffé une vessie d’alien au cours d’une abduction dans la zone 76.
Je rate l’inauguration avec le philharmonique de Sailly-Labourse et le reste de la matinée. Eh oui, il faut monter en urgence une opération Rescue Marc Falvo. Le bonhomme est coincé à Lille. On affrète la navette de secours (navette désignant une voiture, pas un vaisseau sorti de Goldorak). Le pilote n’a jamais vu Falvo, moi si mais je n’ai pas le permis. On conjugue nos talents, comme dit la pub, pour improviser une Agence Tous Risques modèle réduit. L’exfiltration se passe sans heurts, ni vu ni connu.

Falvo dans ses œuvres.

Plus tard, je raterai aussi la majeure partie de la battle polar-romance pour aller récupérer mon frangin. Dommage de n’avoir pas pu voir mes consœurs d’Onirik et du Boudoir Ecarlate autrement qu’en coup de vent. On se rattrapera à un prochain salon.
En tout cas, comme je disais tantôt, c’est chouette de voir qu’Envie de Livres a saisi la dimension Internet de la lecture. Le monde du livre ne serait rien sans les lecteurs (merci La Palice) et tous ceux qui s’expriment sur le sujet à travers les blogs, forums, booktubes, réseaux sociaux, bref les milliers de gens présents par un biais ou un autre.
Le choix des genres pour la table ronde (une table ronde dans un château, manquait plus qu’Astier) n’est pas innocent non plus. Les deux qui se vendent le plus mais qui, comme d’autres (je pense aux genres de l’imaginaire, SF, fantastique, fantasy), restent cantonnés aux étiquettes littérature de gare, littérature populaire (dans le sens très condescendant du mot) et paralittérature. Non, il n’y a pas de petite littérature ni de sous-genres, faut arrêter avec ça. EdL l’a bien compris.
Voilà, c’est Envie de Livres, on prend les choses et les gens sans chichi. J’ai kiffé ce salon, parce qu’on y sent une conception horizontale des choses, aucune catégorie mise en avant par rapport à une autre, personne laissé en plan. Cette manifestation sait jouer sur l’égalité et l’équité, un équilibre pas évident à atteindre.

Elena Piacentini et Sophie Jomain, laquelle des deux a gribouillé partout sur la nappe en papier ?

Entre deux récupérations de gens perdus, tournée des grands-ducs et duchesses. J’avance ma collection de Leoni chez Piacentini… idem ma biblio de Hauchecorne… grâce au mot de passe “tarte aux fraises”, je rencontre enfin Tiphaine Croville… un petit Fabrice Pichon pour la route (malheureusement absent, mais je ne t’oublie pas)… Colize en express juste avant la battle… je sens que je vais oublier des gens dans ma liste… coucou à Enel Tismaé… hop, Gillio, hop Falvo… premier contact avec Gabriel Katz (lui me connaissait comme “l’expert en pornographie”, ma réputation me précède) pour une dédicace en dessin pas montrable… Claude Vasseur passe dire bonjour en touriste, toujours un plaisir de le recroiser…
Au stand de La mare aux diables, la librairie, le mot d’ordre est plus ou moins de ne pas fermer la caisse tant que je n’annonce pas la fin de mes achats. Etant infoutu de porter des tonnes de bouquins pour cause de vertèbres en vrac, je multiplie les allées-venues, passages en caisse et dépôts un par un au camp de base. Dernier achat à dix minutes de la fermeture…
En chemin, deux auteurs qui se reconnaîtront m’offrent chacun un bouquin. Pas des SP, des vrais cadeaux. Ça fait super plaisir, merci à vous !

A gauche, la pile des bouquins que j’ai ramenés pour les faire dédicacer. A droite, les achats sur place (manque “La fracture de Coxyde” que j’ai offert à mon frangin).

Certains auteurs qui connaissent le blog – au moins on sait à quoi ils passent leur temps au lieu de bosser sur leurs romans – m’ont dit de jolies choses (sans lien avec Virginie Despentes). Au-delà des compliments qui font chaud au cœur mais ne sont pas tout, ça a donné des discussions intéressantes, avec du vrai intérêt réciproque dedans, pas juste du “j’aime beaucoup ce que vous faites” de politesse.
Une nouveauté à EdL : les petits mots des lecteurs du blog. Bon, c’est pas une nouveauté-nouveauté, plusieurs d’entre vous ont déjà émis des retours via les commentaires slash messages slash mails. Mais en live, c’est beaucoup plus rare. Là, la vache, j’ai quand même été surpris lorsque plusieurs personnes coup sur coup se sont pointées :
— C’est toi Fred ?
— Euh… ouaip.
— Le Fred d’Un K à part ?
— Tout à fait (là je fais mon cake, mais sur le moment je me demandais si je n’allais pas prendre une droite vu ma tendance à froisser certaines personnes…)
— J’aime bien tes chroniques, elles me font marrer.
On discute, et puis une autre, et encore un… Ça fait tout bizarre en vrai. Pas l’habitude. En tout cas, super chouette de pouvoir échanger de vive voix (et ce que je dis vaut pour les discussions via le oueb, je ne vous oublie pas les autres).
Que dire si ce n’est merci du temps que vous me consacrez. Ça fait très plaisir. Parce que, je ne vais pas m’étaler, mais vous vous doutez bien que certains de mes partis-pris de chronique ne plaisent pas à tout le monde et que j’en entends aussi des vertes et des pas mûres.
Au-delà des compliments qui vont m’obliger à rester en tongs le temps que mes chevilles dégonflent, ces retours sont motivants pour la suite du blog.
En un mot, merci.

Gabriel Katz se fend la poire. D’après la légende, c’est ainsi que sont nés les lolKatz sur Internet.

Un salon riche en échanges, c’est rien de le dire, que ce soit avec les auteurs, d’autres blogueurs (miss Emi-Livres), des lecteurs… des retrouvailles (coucou, Delphine), des rencontres (coucou, Cindy)… La magie des salons, quoi. Sans blague, si des salons se tiennent près de chez vous, allez-y. Dans le genre enrichissant, on n’a pas inventé mieux.
Impossible de ne pas dire un mot des compagnons de tranchée, la bande de Fleur Sauvage / Aconitum. Falvo déjà cité, Magali Le Maître (que j’ai ratée, parce qu’on était asynchrones : quand j’étais sous le chapiteau, elle était dehors et inversement), Emmanuel Prost, Michaël Moslonka ou encore Thierry Declercq de passage le samedi après-midi. Magie des rencontres encore, Bertrand Binois était là aussi (l’illustrateur FS dont j’ai bidouillé le travail comme pas permis, pas rancunier, le gars, au contraire).

Le monde de Fleurine.

On dira ce qu’on voudra sur le Nord, les Ch’tis (et Flamands, je rappelle que Gillio est Dunkerquois) mettent le paquet quand ils te reçoivent. Depuis six ans que je grenouille dans les salons, Envie de Livres se propulse direct dans le top au côté des Halliennales 2016. Un sacré week-end !
Merci à Orcus et à la MECS de l’Artois pour l’invitation et l’accueil aux petits oignons. Merci aux uns et autres pour les dédicaces, les mots doux, les discussions, les rencontres, les coups à boire, j’ai passé un moment formidable ! On remet ça l’année prochaine, mon sac est déjà prêt.

9 réflexions sur « Carnet de bord : Envie de Livres 2017 »

    1. Ravissement partagé, ce furent d’excellents moments. Si je commence à parler au passé simple, où va-t-on ?… Au plaisir de te recroiser dans un salon ou un autre (Templemars, peut-être). 😉

    1. Je proposerais bien Templemars en septembre ou les Halliennales en octobre, mais serait-ce fair-play ? Dans les deux cas, je jouerai à domicile sur le terrain du polar ou de la SFFF.
      On va bien finir par trouver un salon neutre. 😀

    1. Le partage, c’est l’idée d’un blog (là, je prêche une convertie 😉 ) et c’est aussi l’idée d’Envie de Livres, je m’en serais voulu de les garder pour moi.

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