Goldorak, go !

Goldorak Go Nagai

Des cornes à rendre jaloux le Minotaure.
Une main de fer dans un gant d’acier, aka fulguropoing.
Deux tours dans son fauteuil, parce que pourquoi pas.
Actarus débarque sur le blog à bord de son Goldorak. L’heùre est grave, assez pour justifier que je lui colle un accent du même nom.

X-Files I Want to believe par Un K à part

L’auteur

Goldorak est issu de la plume de Gō Nagai, ou Nagai Gō (永井 豪) comme on dit chez lui. Avec un prénom pareil, vous comprendrez que chaque itération de “Goldorak, go !” dans la bouche d’Actarus me fasse hurler de rire.
Né en 1945, Nagai a connu dans son enfance le Japon dévasté d’après-guerre, ce qui ne sera pas sans influence sur son œuvre (comme Miyazaki né à la même période). Il devient mangaka et accouche d’une production prolifique aux thèmes et genres les plus variés. En vrac, on citera les sagas Mazinger (dont Goldorak ne constitue qu’un pan t’es mort), Devilman (autour de la démonologie et une de ses séries les plus populaires au Japon) et Cutey Honey, ou encore Bomber X (bien connu en France pour la série animée en marionnettes), plus une tonne de titres dans les genres SF, histoire, mythologie, comédie, érotisme, dont une palanquée a été adaptée pour le petit ou le grand écran, en séries ou en longs métrages, en animation ou en live.

La saga Mazinger

Avec l’introduction de l’érotisme dans Harenchi Gakuen en 1968, Nagai avait marqué  les esprits en accouchant de ce qu’on considère comme le premier manga érotico-comique moderne. En créant Mazinger, Nagai fonde rien moins que le genre mecha. En deux œuvres, ce type a chamboulé à lui tout seul le monde des cases et des bulles au Japon !
Des robots, on en trouve depuis belle lurette dans les mangas. Le petit Astro Boy (ou Astro, le petit robot) naît en 1952 sous la plume de Tezuka Osamu. Les robots maxi format pointent le bout du nez en 1956 dans Tetsujin 28-gō de Yokoyama Mitsuteru. Mais là où le géant en fer blanc de Yokoyama était télécommandé, Nagai introduit un nouvel élément : le pilote dans la machine. Quelque part, je m’étonne que personne n’y ait pensé plus tôt, alors qu’ils avaient tous sous le pif, dans la vraie vie et depuis un bail, deux modèles évidents de machine de guerre avec des humains dedans : le char d’assaut et l’avion de chasse. Bref, un pilote dans un robot géant, le genre mecha est né, version futuriste du chevalier flottant dans une armure taille XXXXXXXXL.

Goldorak à Roswell par Un K à part
En 1947, près de Roswell…

La saga Mazinger est plus ou moins une trilogie, dont les éléments sont plus ou moins reliés entre eux.

  • Premier volet, Mazinger Z (マジンガー Z ; 1972-1973), adapté en série d’animation aussitôt (1972-1974). Aussi bien le manga que l’animation sont cultes au Japon. Le héros en est Kabuto Kōji, très populaire au Japon. Ça risque d’en surprendre plus d’un, mais avant de n’être que le second couteau d’Actarus dans Goldorak, le héros originel de la saga, c’est Alcor.
    Pitch : Kabuto Juzo, le grand-père d’Alcor a créé un super robot pour lutter contre les forces maléfiques du docteur Hell. Alcor pilote le robot et se bastonne contre d’autres robots.
  • Deuxième volet, Great Mazinger (グレートマジンガー ; 1947-1975 pour le manga et la série).
    Pitch : Kabuto Kenzo, le père d’Alcor a, comme son père Juzo avant lui, cédé à la marotte familiale : construire des robots de vingt mètres de haut. Il recueille un orphelin à qui il confie le pilotage du bestiau pour se friter avec d’autres robots, méchants, eux.
  • Troisième volet, UFO Robot Grendizer (UFOロボ グレンダイザー ; 1975-1976). Ça, c’est le Goldorak qu’on connaît. Succès générationnel en France, moindre réussite au Japon que ses prédécesseurs. Les Japonais n’ont pas trop aimé voir Alcor perdre son statut de héros pour devenir le sidekick d’Actarus et passer du char d’assaut à la trottinette en troquant son robot contre une soucoupe en carton.
  • Suite-hommage-synthèse, Mazinkaiser (マジンカイザー) se développe en 2001-2002 sous forme de manga, série et film d’animation. Mazinkaiser marque le retour d’Alcor au premier plan et a donc eu du succès en terre nippone.
  • S’ajoute en 2009 le manga et la série Shin Mazinger Zero (真マジンガーZERO), reboot de Mazinger Z.
  • En 2017, pour le 45e anniversaire de la franchise sort Mazinger Z Infinity (劇場版 マジンガーZ / INFINITY), film d’animation réalisé par Junji Shimizu et suite de Mazinger Z et Great Mazinger.
  • En 2021, suite et fin définitive de Goldorak dans la BD éponyme du quintet français Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac et Guillo.
Mazinger Z et Great Mazinger
Mazinger Z et Great Mazinger

UFO Robot Grendizer

Le manga UFO Robot Grendizer sort en octobre 1975 en même temps que la série d’animation, dont les 74 épisodes seront diffusés jusqu’en 1977.

L’histoire générale :
La planète Euphor a été attaquée et détruite par les forces de Vega. Actarus, prince d’Euphor, parvient à s’échapper à bord de Goldorak et rejoint la Terre où il est recueilli par le professeur Procyon. Actarus se cache incognito en jouant les garçons de ferme dans le ranch de Rigel, une espèce de gnome qui croit à l’existence des extraterrestres, survolté comme s’il avait sniffé un saladier de cocaïne. Pas de bol pour Actarus, Vega le retrouve, construit une base sur la face cachée de la Lune et attaque la Terre.

L’histoire d’un épisode :
Tout baigne au ranch du Bouleau Blanc. Rigel râle. Actarus rentre du foin. Vénusia flirte avec lui. Alcor répare sa soucoupe qui s’est fait bousiller dans l’épisode précédent.
Sur la Lune, les fins tacticiens de Vega ourdissent un plan d’attaque, chaque fois le même, qui a toujours foiré, mais qu’ils vont quand même retenter. Plutôt que déployer soixante-quatorze Golgoths en un seul épisode, Vega envoie un Golgoth à la fois, soixante-quatorze fois de suite. V’là les stratèges…
Sur Terre, le Golgoth bricole en loucedé des trucs pas bien glorieux que le professeur Procyon finit par détecter. Le Golgoth sort de sa cachette, piétine la ville d’à côté que les habitants reconstruisent entre chaque épisode et affronte Goldorak. Pendant ce duel, Vega envoie 12000 navettes. Alcor en descend trois avant de se faire envoyer au tapis. Goldorak pulvérise le reste et atomise le Golgoth. La Terre est sauvée.
Et c’est pareil chaque fois.

Goldorak fonctionne comme beaucoup de séries de l’époque, qu’elles soient live ou animées. Chaque épisode est un stand-alone sans lien ou presque avec le reste, qu’on peut voir dans n’importe quel ordre et qui obéit toujours au même schéma narratif. Résumez un épisode de L’Agence Tous Risques, McGyver, La croisière s’amuse, Mission Impossible, même topo. Vous en avez vu un, vous les avez tous vus.

En plus du manga et de la série d’animation, plusieurs films verront le jour.

  • Un poil antérieur à Goldo, Uchū enban daisensō (宇宙円盤大戦争) ou La guerre (ou la bataille) des soucoupes volantes (26 juillet 1975 ; 30 min) ou encore Gattaiger. Première apparition d’Actarus dans ce qu’on peut considérer comme le pilote de Goldorak (et déjà avec la BO de Kikuchi Shunsuke qu’on retrouvera par la suite).
  • Goldorak au cinéma (UFOロボ グレンダイザー), sorti le 20 décembre 1975 au Japon et en 1979 en France. Montage de plusieurs épisodes de la série pour aboutir à un film d’une heure trente. Souvent appelé par erreur Goldorak comme au cinéma, qui désigne un produit dérivé du long-métrage, en l’occurrence un bon vieux vinyle racontant l’histoire du film.
  • Goldorak contre Great Mazinger (UFOロボ グレンダイザー対グレートマジンガー), sorti le 20 mars 1976 au Japon. Film d’animation de 27 minutes, cross-over entre Grendizer et Great Mazinger.
  • L’Attaque du Dragosaure (グレンダイザー ゲッターロボG グレートマジンガー 決戦! 大海獣), sorti le 25 juillet 1976. Film d’animation de 30 minutes, cross-over entre Grendizer, Getter Robot G et Great Mazinger pour un “affrontement décisif contre un monstre marin” (c’est littéralement ce que dit le titre japonais). Donc rien moins que Pacific Rim avant l’heure.
  • Plus quelques trucs pas toujours très officiels, bricolés en Italie, en France (Le retour de Goldorak) ou ailleurs, montages plus branlants qu’un ado en pleine découverte de la masturbation.
Actarus prince d'Euphor
Actarus, prince d’Euphor. Je me suis toujours demandé pourquoi il y avait des briques Lego en arrière-plan.

Au Japon, Grendizer n’a pas rencontré un succès fou, loin derrière les Mazinger. Il s’agit d’abord d’un travail de commande pour la marque Bandaï qui cherchait à commercialiser des jouets basés sur l’univers de Nagai. Et ça se voit. Le résultat a été un peu torché, en témoignent les graphismes et l’animation. J’ai beau avoir pour Goldorak une grande affection due à la nostalgie, force est de reconnaître que sur un plan technique, bof. Animation moyenne, dessin pas toujours au top, perspectives défiant toutes les lois de la physique ou de la simple cohérence (cf. la taille à géométrie variable de Goldorak). Et c’est pas juste une question de “moyens de l’époque”, suffit de comparer avec d’autres séries contemporaines de science-fiction comme Albator ou Ulysse 31.
S’ajoute aussi la prolifération des mechas depuis le premier Mazinger. Nagai doit faire face à la concurrence des autres mangakas, il ne peut plus compter sur l’aspect novateur du concept initial, qu’il a en plus du mal à renouveler, toutes ses séries étant un peu des clones les unes des autres.
Mazinger Z avait cartonné comme pas permis, Great Mazinger un peu moins. Sur l’insistance de la Tōei qui produit la série, Nagai ressort donc le héros culte Kabuto Kōji/Alcor pour renouer avec ses fans de la première heure et du premier opus. Mal lui en prit. Car dans Grendizer, Alcor n’a qu’un second rôle et même plus de robot. Il ne sert que de faire-valoir à Actarus, souvent comme sidekick comique, passe son temps à se faire latter et finit nombre d’épisodes avec un bandage autour de la tête et le droit de réparer sa soucoupe pourrie. Les Japonais n’ont pas accroché à un Alcor de seconde zone, problème qui ne se posait pas en France puisque les Mazinger n’avaient jamais été diffusés.
L’échec en terre nippone s’explique aussi par l’origine étrangère de Goldorak. Les Mazinger étaient des constructions japonaises réalisées grâce à un métal fictif issu d’un météore tombé sur le très symbolique Mont Fuji : le japanium, dont le nom à lui seul en dit long. We have the technology (and the good old chauvinism of the families). Actarus et sa machine viennent quant à eux d’une autre planète et on sait à quel point les gaijin passent pour des extraterrestres aux yeux des Japonais.
Sinon, on retrouve dans Goldorak tout ce qui avait marché dans les précédents. Robot géant avec un arsenal pléthorique à commande vocale, ennemi maléfique supérieur en nombre mais pas en intelligence pour aligner des plans machiavéliques dignes d’un enfant de trois ans, figure paternelle et bienveillante du professeur-scientifique-mentor-père, orphelins, personnage intersexué (Ashura dans Mazinger Z et Minos/Mina dans Goldorak), monstres mécaniques (ceux de Mazinger Z deviendront les Golgoths et Antéraks ; ceux de Great Mazinger les Monstrogoths).

Goldorak

Ah, la France, patrie des arts, patrie aussi des donneurs de leçons sur les arts, les artistes, les œuvres… Y en a qu’ont honte de rien quand on voit l’irrespect de l’œuvre.
Michel Gatineau, responsable des textes, se livre au bidouillage onomastique qui deviendra sa marque de fabrique (passer de Harlock à Albator, c’est lui aussi). Y a pas un nom qui soit identique à la VO. Je veux bien comprendre que certains patronymes nippons à la Matsudaira Takechiyo ne soient pas simples pour le néophyte, mais quand même ! À sa décharge, le nom Goldorak n’est pas de lui mais du distributeur Jacques Canestrier, autre génie de la langue japonaise. D’où c’était compliqué de garder Grendizer ? De quelle improbable substance sort l’idée d’associer James Bond et un magicien à propos d’un robot géant ? Nan, parce que partir de Grendizer pour accoucher de l’équation Golfinger + Mandrake = Goldorak, faut aller le chercher loin…
Et c’est ainsi que Umon Daisuke / Duke Fleed devient Actarus / prince d’Euphor, Kabuto Kōji est rebaptisé Alcor et Umon Genzo le professeur Procyon. La famille des fermiers, Vénusia (Hikaru), Rigel (Danbei), Mizar (Goro), perd son patronyme de Makiba et s’appelle juste (comme Leblanc mais sans Leblanc). La soeur d’Actarus, Grace Maria Fleed aurait pu être renommée Grâce ou Marie, mais non, elle se transforme en Phénicia. Où il a vu des Phéniciens dans Goldorak, le Michou ? Même chose côté méchants Burakkī taichō (le seigneur noir ou commandant Blackie) s’hellénise en Hydargos, Gandaru shirei (commandant Gandal) et Redi Gandaru (lady Gandal) en Minos et Mina. Seul le Grand Stratéguerre Vega conserve un vague rapport avec l’original sur la fin de son nom (Kyōsei Daiō Bega). Youpi…
Ça se paiera le jour où j’adapterai Les Trois Mousquetaires en manga. Au revoir, D’Artagnangnan, Athos, Portos et Aramis, place à Seiya, Shiryu, Hyôga et Ikki (ouais, comme dans Les Chevaliers du Zodiaque, nananère !).

Niveau respect dans les chaussettes, citons aussi le film made in France. Pour surfer sur le succès de Goldorak au cinéma, un type que je soupçonne d’être un cousin germain de Godfrey Ho, le célèbre adepte du deux-en-un, décide de pondre Le Retour de Goldorak en 1980. Le montage, aussi peu inspiré que le titre, mélange des bouts de Goldorak contre Great Mazinger, L’Attaque du Dragosaure, Great Mazinger vs. Getter Robot et Mazinger Z vs. Devilman. Sacré fourre-tout, rapiécé à la va-comme-je-te-pousse-mémé-dans-les-orties.
Passons sur la première édition DVD sortie en 2005… sans droits de diffusion.

Il faut néanmoins reconnaître à la France un gros travail de promo, une diffusion massive et enfin une pléthore de génériques qui restent dans les mémoires de ma génération.
Le générique japonais, repris en collant des paroles françaises, donnera Accours vers nous, interprété par Enriqué. Du même Enriqué, nous avons le générique de fin Va combattre ton ennemi. Ces deux titres seront repris par les Goldies, devenant La Légende d’Actarus et Le Prince de l’espace. Goldorak le Grand reste inoubliable pour la voix si particulière de Noam. Lionel Leroy a interprété les génériques les moins connus Et l’aventure continue et La Justice de Goldorak. Enfin, Bernard Minet nous a gratifié du très moyen Goldorak, oui c’est son nom aux sonorités très “Musclés”, donc à chier, et surtout du tonique Goldorak go.
À ce sujet, lors d’un événementiel pendant une braderie de Lille dont l’année m’échappe (à l’aube des années 2000), j’ai pu assister à une prestation live de Bernard Minet, voir et entendre en vrai Bioman et Goldorak go. Et comme la “foule” en délire se composait à tout casser de quinze, vingt personnes, avec un pote lui aussi Goldofan, il ne fut pas difficile d’aller serrer la pince à notre idole. Et ça, ça n’a pas de prix.

Goldorak, c’est aussi l’histoire magique et merveilleuse de l’ordre moral face au péril jaune.
J’ai pris le train en marche lors des premières rediffusions puisqu’à l’époque de sa sortie en 1978, j’avais deux ans, comme le siècle d’Hugo. J’adorais Goldorak. Point. J’ignorais tout des polémiques qu’il suscitait et si j’avais été au courant, qu’est-ce que j’en aurais eu à secouer à 4, 5 ou 6 ans ?
La violence dans Goldorak, paraît que ça inquiétait “des parents”. De mémoire, tous les gamins de ma classe à l’époque avaient le droit de regarder Goldorak. On n’en venait pas pour autant à se castagner comme des furieux dans la cour de récré. Enfin pas plus que la moyenne des gosses de cet âge. M’enfin bon, Goldorak, c’était le Mal aux yeux de certains, sans doute ceux qui dans les années 60-70 trouvaient que les comics rendaient violent et qui à partir des années 80-90 trouveront que les jeux vidéo rendent violent. Sans oublier le jeu de rôle qui rend fou. Je suppose que leurs parents avant eux avaient aussi dû gueuler à la Belle Époque et dans l’entre-deux-guerres sur le roman policier qui change les lecteurs en criminels sanguinaires (représentation très bien étudiée par Arnaud-Dominique Houte dans Propriété défendue).
Perso, j’aligne le grand chelem. BD, jdR, jeux vidéo, Goldorak, polar, bon ben j’ai pas trop mal tourné. Le crime le plus grave que j’ai commis, c’est la construction de l’Atlantis en Lego. Y a pire…
Marrant, parce que dans l’Iliade, ça se frite et dézingue à tour de bras, avec des phrases parlantes (le chant XVII est un festival de gorges transpercées, têtes tranchées et langues coupées, youhou !), mais personne ne gueule.
Bref, en France, on en était encore à Bonne nuit les petits et Nicolas et Pimprenelle. Forcément, un robot géant qui se pointe pour balancer des missiles et des coups de rétrolaser dans ta face, ça faisait tache. Les gros défauts de Goldorak, inavoués, c’était surtout de ne pas être français, pas occidental, et puis c’était nouveau. Tout pour (dé)plaire à cette bonne vieille mentalité réac’ franchouillarde, le Goldo…

Actarus saute dans le vide-ordure
Tout gamin, j’ai essayé une fois de sauter dans le vide-ordures chez mes grands-parents pour faire comme Actarus. Ma mère m’a rattrapé in extremis. C’était le seul vrai danger de la série.

De la thématique goldorakienne

Comme d’autres artistes marqués par le second conflit mondial ou l’immédiat après-guerre, Nagai condamne la guerre. Dans Goldorak, pas d’autre choix que la baston, la Terre est attaquée. La violence vient ici réponse à une agression, dans un but de préservation face à un ennemi avec lequel il n’y a, de base, aucun moyen de discuter. Vega veut tout annihiler, qu’est-ce que tu veux négocier autour d’une table ? Cette violence se définit par un caractère à la fois ciblé (Goldorak ne se bat que contre Vega, pas contre des pays voisins du Japon) et limité (hors affrontements contre Vega, Goldorak reste au placard et Actarus n’est qu’un humble garçon d’écurie). Il n’est donc pas question de violence gratuite ou aveugle. Le Mal est clairement identifié. Et comme la Deuxième Guerre mondiale l’a démontré avec le nazisme (à mettre en parallèle avec la Division Ruine de Vega qui rappelle les SS de la Totenkopf au nom aussi explicite), il y a des fois où le seul moyen d’arrêter le Mal consiste à lui bastonner la gueule de toutes ses forces.
Contrairement à des interprétations que j’ai pu lire, Goldorak n’a rien d’une œuvre anti-américaine qui renverrait à l’occupation du pays à partir de 1945. À l’époque où Nagai planche sur les Mazinger & Cie, les relations entre le Japon et les USA baignent dans l’huile. Les Américains ont vite capté que ce serait le seul pays du coin capable de faire barrage au communisme. Dès la guerre de Corée, les bases au Japon se révèlent indispensables, d’où une attitude assouplie envers l’ennemi d’hier. Et puis le Japon a signé moult pactes avec le Diable yankee. Dont un qui fait des États-Unis un des garants de sa défense militaire en cas d’agression. On ne crache pas dans la soupe miso.
Suffit de voir le contexte de Goldorak : l’histoire ne se passe pas dans une ferme traditionnelle où Actarus ferait pousser du riz mais un ranch où tout le monde s’habille en cow-boy et joue de l’harmonica. Sans parler des traits des personnages, qui ont tous une tête à s’appeler John plutôt qu’Akira. Et surtout, à l’inverse de ses prédécesseurs, là où les Mazinger étaient des fruits de la technologie nippone, Goldorak a été fabriqué sur Euphor. Comme une espèce de grand frère étranger (et la relation Actarus-Alcor présente la même caractéristique) en garnison sur place pour assurer la sécurité.
Comme la peste rouge s’étendait dans la région (Chine, Indochine, Corée, Viêtnam) à la sortie du premier Mazinger, certains y ont vu une œuvre anticommuniste. Rien dans la saga ne penche dans ce sens, où les références vont du côté de la Seconde Guerre mondiale et de la lutte antifasciste. D’autant que le grand méchant de Mazinger Z, le docteur Wilhelm Von Hell, est présenté comme un Allemand mégalo, dont les velléités de conquête du monde rappellent son compatriote à moustache de l’IRL. Sauf que cette fois, le Japon de Nagai est dans le bon camp. Il est là, le sens des Mazinger et consorts.

À travers les villes ravagées par Vega, Nagai exprime le Japon mutilé qu’il a connu dans son enfance. Suffit de voir les plans dessins fixes en insert dans les épisodes où Actarus se rappelle la destruction d’Euphor. En résulte un message qui est le refus du militarisme. On voit très peu de soldats côté japonais dans toute la série alors que chez Vega, tout le monde semble l’être.
Les scènes de destruction de villes par un Golgoth, Anterak ou Monstrogoth enragé renvoient bien sûr à Godzilla et, à travers lui, au traumatisme indélébile de l’atome dont ils ont eu le douteux privilège de goûter les effets. Le thème apparaît dans Goldorak via la blessure d’Actarus, causée par des radiations.
Technologie destructrice mais pas que avec l’habituelle tarte à la crème du rapport ambivalent à la science et de ses applications bénéfiques ou néfastes selon l’usage qui en est fait et le but poursuivi. Ici, la science de Vega attaque celle de la Terre. La première froide, implacable, destructrice, monstrueuse (suffit de voir la gueule des Golgoths). La science terrienne reste humaine par le biais du pilote dans le robot, l’homme dans la machine (et la femme aussi, quand Vénusia et Phénicia seront dotées de leurs propres vaisseaux). Ce qu’on retrouve d’ailleurs dans Pacific Rim et son binôme humains/robots vs. bestialité pure des kaiju.
Ici le scientifique est un homme de bien. Côté terrien, Procyon recueille Actarus puis sa sœur Phénicia. Il fait figure de mentor, archétype du vieux sage plein de savoir et de valeurs saines. Même Horos, l’officier scientifique de Vega et le dernier des fumiers, trouvera le moyen de pleurer à la mort de son fils. Formidable science qui humanise tout le monde, même les méchants vilains pas beaux (c’est là qu’on voit que Goldorak relève de la fiction…).

Ces quelques éléments d’analyse, loin d’épuiser le sujet, montrent que Goldorak et l’ensemble de la saga auquel il se rattache ont beaucoup de choses à raconter. Au-delà de l’affrontement simpliste et manichéen mis en scène et au-delà des polémiques stériles de l’époque.
Après, on peut aussi le regarder comme quand on était gosse, sans chausser ses binocles d’universitaire enculeur de mouches. Juste profiter du spectacle tonitruant.

Bonus

Il reste deux questions en suspens : les armes et le fauteuil.

  • Nombreuses sont les armes de Goldorak, moult sites les recensent, je ne vais donc pas me lancer dans le catalogue du vaisseau. Quel gamin n’a jamais beuglé fulguro-poing, astéro-hache, cornofulgure ou rétrolaser ? Je le fais encore. Souvent.
    D’aucuns se sont demandé pourquoi Actarus beuglait le nom de ses armes ou d’autres commandes (métaaaamorphose). Parce que Mazinger est japonais. Et c’est une tradition de crier quand on porte un coup dans les arts martiaux, i.e. en kendō, que j’ai assez pratiqué pour savoir de quoi on parle (juste on ne braille pas le nom de l’arme – on n’en a qu’une, le tour de l’arsenal est vite fait – mais de la partie qu’on frappe).
  • Actarus effectue toujours deux demi-tours lors du “transfert”, quand il descend de sa soucoupe jusque dans la tête de Goldorak. Mais pourquoi ? La question a fait couler beaucoup d’encre virtuelle sur le web. Passons sur les théories débilos et les retardataires qui se penchent encore sur le sujet alors que Nagai y a répondu il y a bien longtemps (assez longtemps, au moins dix ans, pour que le site sur lequel son interview était reproduite disparaisse dans les limbes des internets ; si quelqu’un retrouve la source, merci de me la communiquer). C’est là parce que Nagai trouvait ça fun et cool. Et c’est tout. En plus, la scène meuble comme tout bon artifice qui permet de grappiller du temps de métrage et le stock-shot peut resservir d’un épisode à l’autre sans avoir à tout redessiner (comme le saut dans le vide-ordures, la course à pied puis en scooter avant la métamorphose ou le trajet pour sortir par telle ou telle route, qu’on te recase à chaque épisode).
Et un saut dans le vide-ordures, un !
Publié le Catégories Guests et stars

4 réflexions sur « Goldorak, go ! »

  1. Tu sais bien sûr qu’il y a une adaptation BD qui sort le 29 septembre en France ? (Bajram, Dorizon Sentenac, Cossu, Guillo)

  2. Yep ! Des mois que je trépigne en attendant la sortie, ça devient bon, on y est presque !
    Entre les Chroniques et Goldo, c’est pas encore cette année que je vais entrer dans l’âge adulte. ^^

  3. Pas plus lamentable que bidouiller le contenu d’une oeuvre, qui est pour moi le summum de l’irrespect aussi bien envers l’oeuvre qu’envers le travail créatif et les choix de son auteur. On prend l’oeuvre telle quelle ou on ne la prend pas.
    Gatineau a accompli un excellent travail au niveau du choix des oeuvres à importer (si je devais écrire un papier sur le sujet, il aurait droit à des brouettes d’éloges et de lauriers), mais la démarche de bricolage du contenu, non.

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