Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse – Patrick Eris

Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse
Patrick Eris

Séma

J’ai découvert ce bouquin par l’intermédiaire de Songes d’une Walkyrie (retrouvez-la sur son blog et en interview). Grâce lui soit rendue, parce que je n’ai pas été déçu du voyage. C’est parti pour un titre fou, fou, fou !

Couverture Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse Patrick Eris Séma éditions

Emilio Esteban est un petit génie de 13 ans affublé d’horribles chemises hawaïennes. Sa grande sœur Rhonda Jane pratique le karaté. Ensemble, ils dirigent une agence de mannequins pour enfants à Los Carayos, près de la frontière mexicaine. Tout va pour le mieux ou à peu près dans le meilleur des mondes ou à peu près aussi, jusqu’au jour où deux malabars (des types baraqués, pas des chewing-gums) débarquent en défonçant la porte.
S’ensuivent 140 pages d’aventures barrées bien comme il faut.

Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes ferait s’arracher les cheveux à Egon Spengler. Ce roman jeunesse se pose là dans la catégorie “croiser les effluves, c’est mal”, sauf que là, c’est bien.
Le héros de l’histoire assis tranquille à son bureau jusqu’au moment où les ennuis frappent à sa porte assez fort pour la défoncer, on imagine Humphrey Bogart et du noir et blanc. Au lieu de ça, un môme dont la première réplique est en ancien français très approximatif (confondre “cestoit” et “icelui”, j’en connais un qui va se taper du Chrétien de Troyes à copier mille fois). Ouverture de roman noir en mode Sacré Graal, la première page annonce la couleur niveau second degré. La suite sera du même tonneau, ce qui fera plaisir aux Danaïdes.
Format court, récit rapide, la cavalcade ne s’arrête jamais. Placé sous les auspices de la série B échevelée, le bouquin relève du polar-thriller-aventure-action-cartoon, avec une enquête, des hommes de main, du karaté, des poursuites motorisées… Mélange foufou de Magnum pour les chemises à fleurs qui piquent les yeux, des premiers films de Jackie Chan et de Tex Avery pour les bagarres (ne manquent, comme dit Esteban, que les “p’tits zoziaux” tournoyant autour des mecs K.-O.), de la série Batman des années 60 avec ses onomatopées en surimpression à l’écran, d’Hercule Poirot pour les petites cellules grises, etc.
Patrick Eris joue les Last Action Hero et multiplie les références. On croise même Le Septième Sceau de Bergman. Autant dire que si le roman s’adresse d’abord à un jeune public, les dinosaures dans mon genre sont les mieux armés pour capter les clins d’œil issus d’une autre génération, celle qui a grandi dans les années 80 et 90 et connu la pub de Jean-Paul Goude pour le chocolat Lindt : “quelques grammes de finesse dans un monde de brutes”.

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