Ça fait un long moment que j’ai arrêté de suivre ce qui se passe dans la cour des écoles primaires, et c’est tant mieux, parce qu’à mon âge, le contraire serait quand même très louche pour ne pas dire malsain. À quoi les marmots jouent-ils à la récré de nos jours ? Aucune idée.
Maintenant que je suis assez vieux pour commencer des phrases par “de mon temps”, je vais pas me gêner. Par contre, je préviens tout de suite les réacs qui ne jurent que par les temps jadis de l’Ancien Régime : y a peu de chances que je termine mes phrases par “c’était mieux avant”, vu que je ne souffre d’aucun biais cognitif lié à la nostalgie ou à la mauvaise foi.
Bref, de mon temps, on jouait aux billes. Enfin, les garçons. Les filles s’amusaient avec des cordes à sauter. Deux activités, entre autres jeux tout aussi cons, dont personne n’est sorti grandi…
Ces temps préhistoriques d’avant Internet, quand le Minitel lui-même n’en était encore qu’à ses débuts, marquent aussi mes premières lectures de bande dessinée. Et les premières fois, c’est toujours quelque chose…
Les Tuniques Bleues, tome 15, Rumberley
Lambil / Cauvin
Dupuis
Offert par un oncle lors d’un Noël, l’excellent Rumberley a été l’occasion de découvrir Les Tuniques Bleues, série sur laquelle j’ai déjà écrit une chronique dédiée que je vous invite à lire.
Les aventures de Tintin, tome 11, Le secret de la Licorne
Hergé
Casterman
Tintin, j’ai jamais été un grand, grand fan du projet, même plus jeune. Aujourd’hui, ça ne me parle plus, ça m’ennuie, surtout à cause des à-côtés. C’est un truc que j’aimais bien sans plus quand j’étais gamin, sans atteindre des sommets d’engouement, et à l’âge adulte, les ayant droits ont fait le nécessaire pour m’en dégoûter tout à fait. Je me suis dit : c’est à devenir ce genre de personnes que ça conduit, l’univers de Tintin ? Merci, sans moi. Faire valoir ses droits est une chose, c’en est une autre de s’ériger en gardiens fanatiques de la tradition et de se montrer procédurier à l’extrême juste pour le plaisir de faire chier. Tintin me sort aujourd’hui par les yeux à cause de ceux qui voulaient le “défendre”, sans qu’on n’ait jamais su vraiment contre qui ou contre quoi. Jamais on n’aura si bien incarné les définitions de “contre-productif” et “pire que mieux”.
‘Fin bref, déjà tout petit, armé de la maturité d’un gamin de 8 ans des années 80, donc aucune maturité du tout, y avait déjà des trucs qui me semblaient pas très, très nets. Tintin au Congo, voilà quoi… Parlons pas de certains volumes ennuyeux (Les bijoux de la Castafiore) ou bancals, voire WTF (Vol 714 pour Sydney). Autant dire une série qui m’a toujours semblé plutôt moyenne à bien des égards, même en n’ayant que le niveau critique faiblard d’un enfant de primaire.
Je ne me rappelle plus trop par quel tome je suis entré là-dedans. Peut-être bien le diptyque du Secret de la Licorne et du Trésor de Rackham le Rouge. Ça expliquerait l’erreur de casting pour le reste. Parce que j’ai adoré ces deux volumes, sans forcément retrouver dans les autres ce qui m’avait plu dans cette chasse au trésor. Le Secret de la Licorne contient tout ce que j’aime : un récit historique inséré dans la trame narrative contemporaine – l’Histoire me bottait déjà tout petit et j’ai traîné cette marotte jusqu’en fac et même après – et puis les pirates, j’en étais fan, au moins dans la version fantasmée et idéalisée par le cinéma et les fabricants de jouets, Lego et Playmobil en tête. C’est sans doute la qualité de ce volume qui me pousse à l’indulgence depuis le début de cette chronique. Il est bien et s’il ne devait en rester qu’un, tel un Highlander en culotte de golf plutôt qu’en kilt, ce serait celui-ci.
Astérix, tome 1, Astérix le Gaulois
René Goscinny & Albert Uderzo
Dargaud
Quand sort la première aventure d’Astérix à la charnière des années 50-60, la France se passionne pour cette bande de Gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur romain. Ça permet d’oublier que pendant la guerre des Gaules, quelques-uns de ces mêmes Gaulois étaient du côté de César. D’oublier aussi que quelques années auparavant, tandis que certains résistaient pendant la Seconde guerre mondiale, d’autres “Gaulois” collaboraient à fond les ballons avec les “Goths”. ‘Fin bref, en France, on aime les résistants. Même si juste avant la sortie, ça gueulait un peu contre des récalcitrants indochinois et des réfractaires algériens. On n’a rien contre les gens qui résistent à l’envahisseur, mais… Le fameux “mais”.
Enfin, on n’est pas là pour un cours sur la mémoire sélective et la mauvaise foi mais pour parler d’Astérix. Ce tome d’ouverture de la série est le premier que j’ai eu entre les mains, quelque part dans la première moitié des années 80. Une des rares fois où je me suis tapé une série dans l’ordre des albums, ce qui n’a pas grand intérêt dans le cas présent, vu que les épisodes sont indépendants, donc lisibles en vrac.
Astérix le Gaulois essuie les plâtres et le galop d’essai n’a pas encore franchi la ligne d’arrivée, comme en témoigne le dessin encore très anguleux par rapport à ce qu’il sera ensuite. Sinon on a déjà les ingrédients qui seront la marque de fabrique des trente mille albums à suivre : des Romains bêtes à manger du foin (mais qui ont quand même conquis l’ensemble des territoires celtes, pas si mal pour des débiles), de la baston à foison, de l’humour inoffensif, des noms à coucher dehors pleins de jeux de mot consternants, des anachronismes volontaires et d’autres moins (les foutues armures à bandes des Romains…). Simple, voire simpliste, donc fédérateur. Après, la recette fonctionne, ça détend, mais faut rien en attendre de plus qu’un divertissement passager.
Gaston Lagaffe, tome 11, Gaffes bévues et boulettes
André Franquin
Dupuis
Ce tome 11 (ou 16 dans la version contemporaine) a longtemps été le seul album de Gaston Lagaffe disponible à la maison. Pourquoi ? C’est un mystère. Peut-être que mes parents avaient peur que mon frangin et moi ne nous adonnions par mimétisme aux mêmes fantaisies que Gaston, avec tout ce qu’elles impliquent de réactions chimiques, incendies et explosions. Ou peut-être pas. On ne le saura jamais, ce qui n’a aucune espèce d’importance, vu qu’on s’en fout.
Or donc, Gaffes, bévues et boulettes aura été ma porte d’entrée dans l’univers lagaffien. Cette particularité le place à part. D’un côté, il m’aura fait marrer comme une baleine. De l’autre, il aura tant été lu et relu des dizaines de fois que je le connais par cœur, et les gags de Gaston moins l’effet de surprise, faut avouer qu’on y perd un chouïa. Dur de dire aujourd’hui si cet album est meilleur ou moins bon qu’un autre. En tout cas, l’humour fonctionne à merveille lors de la première lecture et supporte bien plusieurs relectures.
Une chose est sûre, à l’époque où je l’ai découvert, quelque part dans la première moitié des années 80, il aura initié un truc. Quand on a déménagé par la suite à deux pas de la bibliothèque, j’ai emprunté tous les volumes disponibles. Puis les parents se sont enfin décidés à les acheter et je les ai usés, ces bouquins, à les lire et les lire encore et encore. Il en reste une forme de curiosité, un appétit pour les expériences, une certaine nonchalance, un rapport délétère à la hiérarchie des petits chefs autoritaires et une tendance marquée à l’anarchisme. Lisez Gaston, vous irez loin, c’est moi qui vous le dis (et surtout vous irez libres).
D’autres mini-chroniques de BD :
– Fluide Glacial
– Critiques express n°7 : vieilles BD
– Critiques express n°38 : pour une poignée de bulles
– Critiques express n°58 : bulles de gomme
– Critiques express n°75 : pour quelques bulles de plus



