Artbooks Bible Black – Sei Shoujo

Avec toutes mes amitiés à miss Yumiko.

T.1 Bible Black La Noche de Walpurgis -闇の聖書-
T.2 The Bible Black Visual Art Works
Sei Shoujo

Kasakura publishing / Core Magazine

Il existe deux artbooks dédiés à Bible Black. Le premier, de son nom complet en VO バイブルブラック -闇の聖書- ゲーム&アニメーション公式設定資料集, paru en 2002, concerne le jeu vidéo originel et son adaptation en anime. Le second, sorti en 2009 et intitulé The Bible Black Visual Art Works (VO : バイブルブラック ビジュアルアートワークス) passe en revue l’ensemble des différents volets de la série d’animation.
Qu’en dire ? C’est plein de dessins et croquis réalisés par Sei Shoujo, c’est joli, c’est gadget. J’ai une préférence pour le premier qui est très riche dans son graphisme et sa mise en page, là où le second est beaucoup plus épuré et se limite pour l’essentiel à enchaîner les planches avec tel ou tel personnage sur un fond blanc, donc d’une pauvreté abyssale.
Et on a fait le tour du sujet, comme toujours avec les artbooks.
On va quand même profiter de l’occasion pour développer un peu autour de l’univers Bible Black.

Bible Black the game jeu video

Le jeu vidéo

Au commencement était le jeu, Bible Black tout court ou Bible Black – La Noche de Walpurgis en version longue. Développé par Active et sorti le 14 juillet 2000, il s’agit d’un eroge au format VN. Késako ? Un eroge, c’est la contraction à la sauce nippone de l’anglais erotic game. VN, c’est pour visual novel, autre appellation japonaise (même si ça ne saute pas aux yeux) qui désigne un type de jeu très narratif avec beaucoup de texte (d’où le novel, “roman” en anglais) pour accompagner des plans fixes ou peu animés (pour le côté visual), le tout entrecoupé de plus ou moins de séquences d’animation pure. Rien de bien nouveau à l’époque, les jeux d’aventure sur Amstrad, c’était déjà plus ou moins ça : une pièce, un personnage, une tonne de texte pour te présenter le lieu, le gugusse et développer les infos que tu apprends, des options d’interaction pour visiter tel ou tel endroit, ramasser tel ou tel objet, choisir telle ou telle réponse dans un dialogue. Et en fonction de tes choix, l’histoire avance dans une direction ou une autre, c’est-à-dire le système d’un livre dont vous êtes le héros porté sur écran.
Bible Black, c’est ça. Tu baguenaudes d’une pièce à l’autre dans un lycée, tu farfouilles, tu ramasses des objets, tu rencontres des gens, tu papotes et à la fin, il ne peut en rester qu’un selon ce que tu auras choisi de faire et dire, l’histoire se termine sur une douzaine de conclusions possibles.
L’histoire tourne autour de la découverte d’un grimoire dans le sous-sol du bahut. Ou plutôt sa redécouverte douze ans après un rituel de magie noire qui a mal tourné. Pour peu qu’on maîtrise son pouvoir, ce bouquin a la particularité d’assouvir tous les fantasmes de son possesseur et de transformer n’importe quelle donzelle en nymphomane puissance mille. Autant dire qu’il y a de quoi attirer les convoitises et ouvrir grand les portes qui mènent au Côté obscur. Au joueur de décider si un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ou contraire d’en abuser…
Bien entendu, cette expérience ludique constitue surtout un prétexte à se rincer l’œil. Mais pas que. La notion de choix et, toutes proportions gardées, de morale a son importance, les différentes fins du jeu étant classées en trois groupes (bénéfiques, neutres, maléfiques). Outre le soin apporté au graphisme, il y a aussi un vrai travail narratif en termes d’histoire, de background et de personnages. Grimoire, magie, démon, étudiantes à gros seins en uniforme, le mélange des genres, entre érotisme et fantastique qui lorgne vers l’horreur, fonctionne très bien. Tu sens le taf derrière pour proposer un contenu aussi bien ficelé qu’une adepte du shibari.

À noter qu’en 2008 est sorti Bible Black -The Infection- qui est présenté comme une suite mais n’en est que la moitié d’une, puisqu’il recycle une bonne partie du matériau présent dans le jeu d’origine (ambiance sonore et images) pour proposer un machin indéfinissable mi-suite mi-refonte beaucoup plus pauvre, avec cinq fins différentes contre douze. Pour le coup, ce pétard mouillé pue le merchandising bas de gamme destiné à exploiter le filon à moindre coût.

Bible Black jeu vidéo

Les OAV

Les OAV, ou Original Video Animation (appellation qui ressemble à de l’anglais mais qui est du japonais), sont des productions d’animation, sérielles le plus souvent, qui sortent à la vente physique ou numérique sans passer par la case exploitation ciné ou télé. C’est un peu l’équivalent du direct-to-DVD, moins la connotation péjorative. En Europe ou aux USA, en général, si un film sort direct en vidéo, c’est souvent que le truc est trop nase pour trouver un distributeur en salles (i.e. la fimographie récente de Nicolas Cage). Au Japon, ce mode de distribution est reconnu en tant que tel, à part entière et à égalité avec la voie royale du grand ou du petit écran. Une autre façon de procéder, qui correspond mieux à certains créneaux de public et de contenu (dont le hentai – qu’on définira ici à la truelle comme du porn nippon sous forme de manga ou d’animation).

Bible Black – La Noche de Walpurgis
Fort de son succès, le jeu vidéo se décline en OAV dès l’année suivante. Fin 2001 sort donc Bible Black (バイブルブラック) qu’on trouve aussi sous le titre Bible Black: La Noche de Walpurgis pour le différencier de la foultitude de suites à venir. Il comporte six épisodes d’une demi-heure chacun et reprend dans sa trame le scénario du jeu. En 2003, l’ensemble a été remonté pour former un long métrage de 110 minutes intitulé バイブルブラック 完全版 (Baiburu Burakku Kanzenban, litt. “Bible Black version complète”).
Celui-ci est mon préféré parmi tous les OAV, parce qu’il raconte vraiment quelque chose, à la différence des suivants qui certes développent et enrichissent l’univers mais sans apporter de nouveautés majeures.
En passant, un conseil qui vaut pour celui-ci comme pour les autres, la VF est à fuir, entre son doublage moyen et ses nombreuses erreurs de traduction. Quand tu confonds Satan et le Saint-Esprit, y a un problème manifeste. En France, le bidouillage de texte et le massacre des œuvres tiennent du sport national, surtout dans le domaine de l’animation japonaise. D’habitude, c’est pour éviter que les associations de gardiens de la vertu viennent gueuler que ceci cela, dessin animé, violence, grossièretés, nos pauvres enfants, tatati tatata. M’enfin là, on voit à l’écran des meufs se faire pilonner le fion en gros plan, alors je suis pas sûr que gommer le nom de Satan change grand-chose à l’affaire et donne à Bible Black un air BCBG. Bref, préférez la VO, là au moins c’est propre. Bien sûr, si vous ne pratiquez pas le japonais, ça va être problématique.

Bible Black – Gaiden
Le second opus vidéo, Bible Black Gaiden (バイブルブラック 外伝) sort en 2002 avec au compteur deux épisodes d’une demi-heure. Il s’agit d’une préquelle dont le scénario prend place douze ans avant celui du jeu/premier OAV (d’où le renommage en Bible Black Origins à l’international).
Sympa à regarder, mais tout ce qu’il raconte, on l’avait déjà deviné à travers les évocations de La noche de Walpurgis, donc pas grand-chose de neuf en vérité.

Shin Bible Black
Le troisième opus collectionne les titres alternatifs. 新・バイブルブラック (Shin Baiburu Burakku, litt. “Nouveau Bible Black”) ou 新・Bible Black au Japon, Bible Black: New Testament en anglais et Bible Black Revival en “français”, parfois assorti du sous-titre La lance de Longinus. Étalé de 2004 à 2007, il compte six épisodes d’une demi-heure. Il en existe une version remontée et condensée en film de 120 minutes intitulé 新・バイブルブラック完全版 Restored 〜輪廻〜 (Shin Baiburu Burakku Kanzenban Restored Rinne).
Cette suite se déroule plusieurs années après le premier volume. Les personnages ont grandi, quitté l’école et embrassé des carrières très oratores-bellatores-laboratores dans l’âme (moniale bouddiste, policière, prof, v’là le tiercé à la Dumézil). Anciens personnages, mais dans de nouvelles situations, avec une nouvelle histoire, de nouveaux événements, un nouvel objet magique (la fameuse lance du non moins fameux Longin), ce qui fait qu’on n’a pas trop d’impression de déjà vu tout en restant en terrain connu. Continuité plutôt que vrai renouvellement, c’est-à-dire le moment où il faut raccrocher les gants avant de tourner à la redite.

Bible Black Only
Le dernier en date, Bible Black Only (バイブルブラック・オンリー版), est une édition en deux volumes et demi. Six épisodes de dix minutes chacun, sortis en 2005 par paquets de trois, plus un septième en bonus dans le coffret de la version intégrale.
Bible Black Only aurait pu être la suite de trop s’il avait cherché à prolonger un récit qui a dit tout ce qu’il avait à dire dans les opus précédents. À la place, la saga joue la carte du spin-off avec cette poignée de scènes articulées autour des seconds rôles du premier OAV et se déroulant en marge de l’intrigue principale. Malin. Bon, après, on ne va pas se mentir, à ce stade, le spectateur est quand même pris pour une vache à lait. Du cul, rien que du cul, pas d’histoire ni rien, donc plutôt le genre de scènes que tu ajoutes comme bonus sur un DVD, pas que tu vends comme une série à part entière.

Le reste

En plus du jeu et des OAV, on s’attendrait à l’édition d’un manga. Il n’en est rien. Si on peut trouver des fanfictions, parodies, pastiches, il n’existe rien d’officiel en termes de bande dessinée. Étonnant vu le pognon que l’éditeur aurait pu se faire.
À défaut, les amateurs de papier peuvent se rabattre sur les artbooks dont je parlais en tout début d’article. Mais bon, est-ce que ça vaut le coup ? Le premier est chouette, mais plutôt à se faire offrir qu’investir soi-même dedans. Le second est on ne peut plus dispensable.
La saga a aussi enfanté moult produits dérivés, des classiques figurines en résine jusqu’aux objets les plus improbables… comme des sextoys.

Bible Black sextoy onahole masturbateur

Bible Black a eu deux mérites :
1) Proposer un contenu de qualité aux amateurs de sorcellerie olé-olé.
Même si tout n’est pas parfait, avec quelques dérives commerciales peu inspirées, le cœur de la saga (le jeu et les trois premiers OAV) tient très bien la route, avec un univers, une ambiance, une patte graphique, bref une identité en tant qu’œuvre.
2) S’arrêter avant de partir en vrille.
C’était limite sur la fin avec le grand n’importe quoi de The Infection. Il aurait été facile de sortir tous les deux ans un nouveau jeu ou un OAV reprenant peu ou prou les mêmes ficelles avec deux, trois modifs de lieu, de personnages ou de contexte (l’université, les vacances, le voyage scolaire…). Les choses ne sont pas allées plus loin et tant mieux. À force de réchauffer le même plat, la saga aurait fini gâchée, comme l’a été Star Wars dans le domaine du cinéma. Les créateurs et, surtout, les exploitants ont su s’arrêter à temps. Et ça, c’est beau, parce c’est rare, trop rare.

Publié le Catégories Les chroniques

2 réflexions sur « Artbooks Bible Black – Sei Shoujo »

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