Frankenstein’s army

star-wars-dead-1Suite à la chronique sur Le sous-marin des ténèbres, le film d’horreur avec du zombi nazi dedans s’est invité sur le Facebook d’Un K à Part – page que je vous encourage à liker, car elle vous apportera santé, bonheur et prospérité.
J’ai pu repousser l’invasion, fort du titre envié de docteur ès morts-vivants à croix gammée (aka un grand malade). J’ai vu TOUS les films de cette niche tournés dans le monde depuis la naissance de l’humanité (soit une petite vingtaine réalisés ces soixante-dix dernières années). Un de ces passe-temps étranges que j’évite de mentionner sur mon CV…
Vaillant spéléologue, j’ai plongé dans l’abysse de mes archives. En est remontée une brassée de DVD maudits et papiers jaunis : les rescapés du temps où je donnais dans la critique de films.
Je suis venu, j’ai revisionnu, j’ai réécritu. La maison vous offre non pas une ni même deux chroniques mais une trilogie ! à raison d’un épisode par jour ! Pas besoin d’attendre des années comme c’est le cas avec les guignoleries galactiques ou poudlardiennes. Elle est pas belle, la vie ?
Après, vu la qualité des films, bonjour le cadeau empoisonné…

Episode I
Frankenstein’s Army
(Richard Raaphorst, 2013)

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Le fil rouge sur le bouton rouge, le fil vert sur le bouton vert.

L’histoire met en scène un groupe d’éclaireurs de l’Armée Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils vont se retrouver aux prises avec les créations d’un savant fou nazi cinglé (c’est-à-dire un type cintré au dernier degré, même selon les critères nazis plutôt indulgents sur la question).
J’ai tout de suite pensé à La Brèche, roman uchronique de Christophe Lambert (pas l’acteur, un homonyme). Le contexte du second conflit mondial, le groupe suivi par un reporter de guerre, les armes secrètes nazies. Mais en fait non, rien à voir.

L’exposition, comme toujours, s’étale sur une demi-heure. Avec un peu plus de subtilité que la moyenne du genre, elle tente de dispatcher ici et là des indices sur ce que les Russes vont rencontrer… sauf que leur impact se noie dans une suite décousue de saynètes, entre blablas censés présenter les personnages et vadrouilles dans la cambrousse qui servent à… euh… ça va me revenir… meubler la pellicule à pas cher pour atteindre la durée d’un long-métrage.
Frankenstein’s Army se montre plus inspiré dans la suite. Enfin, quand je dis plus inspiré, faut voir dans quels domaines. Les acteurs sont inertes, leurs personnages insipides, le scénario… Suis-je bête, y a pas de scénario, juste une enfilade de situations téléphonées. Bruit bizarre, combat, couloir-porte-monstre, baston, torture, bagarre… Soldat emporté dans les ténèbres, tatanne, soldat qui meurt connement, castagne, soldat qui se sacrifice…
On se situe loin d’un Alien. La pauvreté du budget n’excuse pas l’incapacité à susciter rythme et tension, pas plus que l’évidente paresse d’écriture qui s’offre l’économie d’une construction narrative.

Dommage, parce que niveau esthétique malsaine, le film regorgeait de promesses. Les cyborgs au look steampunk changent des zombies basiques. Fruit d’une partouze entre la créature de Frankenstein, un T-800, Robocop et Goldorak, le design des créatures présente une variété louable et des résultats bien barrés. A vue de nez, tout bricolé à l’ancienne. En CGI, avec des budgets pareils, on le verrait au résultat en mode clip-art… Cuir, pinces, scaphandres, fils électriques, Frankenstein, le MacGyver du IIIe Reich, a reçu une belle boîte de Meccano pour Noël !
L’ambiance générale n’est pas sans rappeler certains aspects du binôme Caro-Jeunet à leur grande époque, avec quelques touches de Giger, Clive Barker (Hellraiser), un soupçon de Wolfenstein et une minuscule pincée de Mary Shelley.
Richard Raaphorst ne manque pas de sens esthétique ni de références… même si, à mon avis, il a encore besoin de s’affranchir de ses modèles pour accoucher de son univers à lui plutôt que d’un patchwork d’emprunts.

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Un type rivé à son canon. Clin d’œil à Alien ?

Le film se présente comme un énième found footage. Je déteste les found footages, qui sont au cinéma ce que la flûte à bec est au death metal.
Le côté “histoire authentique” tombe à plat : Frankenstein’s Army relève de la fiction, chercher à convaincre du contraire relève de la mission impossible. Et la suspension consentie d’incrédulité, tu vas me dire ? Ben je te réponds que tu vas t’en faire une papillote, te la carrer bien au chaud dans le fondement, puis tu iras te laver les mains.
Pour un film tourné comme un film, ok. Le réalisateur te présente une fiction que tu reçois en tant que telle. Tu te coules dans l’univers diégétique du bousin et en acceptes les règles, même les moins réalistes (dragons, vaisseaux spatiaux, revenants, politique socialiste de gauche…), du moment qu’elles respectent une cohérence interne.
Là, on te montre une fiction. Tu le sais, t’es pas con… enfin, pas à ce point… Dans le même temps, on essaie de l’habiller d’authenticité. Genre si, si, c’est vraiment arrivé, y a des archives filmées et tout… Et donc faudrait se comporter comme devant une fiction tout en l’intégrant comme vraie… Et la cohérence, elle roule le chocolat dans le papier alu ?
Les événements historiques relèvent du pire choix possible pour cette astuce de foutriquet. Du footage de gueule qui prend le spectateur pour un crétin crédule (ce qu’il est quand on voit le succès commercial d’un Suicide Squad… merci de torpiller ma démonstration alors que j’essaie de te racheter, spectateur imaginaire).
J’entends bien que les nazis restent l’objet de fantasmes quant à leurs armes secrètes, bases cachées, soucoupes volantes, recherches mystico-ésotérico-occultes, expériences interdites und so weiter. Sauf que voilà, depuis 70 ans que le sujet est étudié par les historiens, la question est réglée. Il n’y a pas de base sur la Lune, pas d’OVIN (Objet Volant Identifié Nazi), pas de cyborg-zombi-walkyrie, pas de IVe Reich dans la Terre Creuse…
Que les scénaristes se lâchent, soit. Les Aventuriers de l’Arche Perdue, La Dernière Croisade, Le Dictateur, Le TambourOui-Oui sodomise ta mère, The Rocketeer… Mais qu’ils en restent aux films, pas au pseudo-événement réel mais passé sous silence par une poignée de lettres de l’alphabet (CIA, FBI, KGB, FSB, ZOB, DST, SVR…). On n’y croit pas une seconde. On y croit d’autant moins que le procédé est éculé jusqu’au trognon. A quand le found footage Harry Potter ? (Note pour certains de mes lecteurs : non, Poudlard n’existe pas en vrai, et la seule baguette magique qui fonctionne, c’est celle que papa plante dans maman pour donner le miracle de la vie l’orgasme).
Pire, les found footages nuisent à la fertilité, provoquent des lésions cérébrales de l’orteil et brûlent les yeux. 99 fois sur 100, ils sont aussi lisibles qu’un film d’amateur tourné avec le caméscope familial. Une qualité inférieure à Vidéo Gag… Piètre camouflage de l’incompétence derrière un faux amateurisme. Frankenstein’s Army n’échappe pas à la règle. Filmé par un cameraman parkinsonien bourré monté sur un trampoline pendant un tremblement de terre.
On saluera l’idée d’avoir voulu justifie l’existence du found footage par la présence d’un reporter de guerre. Idem le parti pris esthétique de donner à l’image un grain d’époque… mais incohérent avec une prise son parfaite sans matos adéquat. On n’y croit pas plus, mais bon, il y a “une volonté de”, là où beaucoup de films se contentent de botter en touche. Mais derrière, si on retire les cadrages merdiques, les innombrables plans sur des murs, du carrelage ou des godasses, la moitié du film saute. L’autre moitié valse tellement dans tous les sens qu’on profite à peine des créatures mises en scène alors que des bestiaux pareils méritaient qu’on les voit bien.
L’art de se tirer une balle dans le pied. Le film ne repose ni sur ses personnages (pas développés), ni sur ses dialogues (limités au minimum), ni sur son casting (moyen), ni sur son scénar (vide), mais entièrement sur son esthétique morbide. Donc opter pour le format le moins lisible, plus débile tu meurs. Moins qu’une balle, c’est une poignée de grenades dégoupillées qu’il se lâche sur les arpions.

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Laissez-moi deviner… Star Wars ?

L’objet même du film demeure difficile à deviner. Le survival horror tourne court. La confrontation entre la poignée de soldats déterminés et la horde de créatures monstrueuses sur le mode Aliens fait long feu. Reste le bon docteur Frankenstein, figure mal exploitée et plombée par un acteur cabotin. Son prestigieux aïeul ? A peine mentionné. Ses motivations ? Pas claires : il est censé fabriquer des super-soldats cyborgs pour renverser le cours de la guerre… mais ses créatures glandent, cantonnées dans un village paumé. Perso, je les aurais envoyées au front, mais chacun sa conception de la stratégie… Bref, le dernier tiers du film centré autour de sa personne reste lacunaire, aussi bavard qu’ennuyeux.

Frankenstein’s Army se résume à une visite mal filmée du musée des horreurs. Une déception, parce que les visuels des Frankenstein’s bonsommes dispos sur le Net avant sa sortie promettaient du lourd. En plus, même au 12000e degré, il manque de potentiel nanar. Sans parler de navet, un gros ratage à voir pour pleurer sur ce qu’il aurait pu être entre les mains de gens compétents.

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