Vorace – Antonia Bird

Les fêtes de fin d’année sont synonymes de neige et d’orgies de bouffe, le moment idéal pour une chronique de Vorace (Ravenous en VO), western d’horreur sorti en 1999 et réalisé par Antonia Bird sur un scénario de Ted Griffin.

Vorace Antonia Bird affiche
Après les Mangemorts de J.K. Rowling, voici les Mangedoigts.

L’histoire se déroule pendant la guerre américano-mexicaine (1846-1848), dans un fort paumé au fin fond de la Californie. Le capitaine John Boyd (Guy Pearce) et ses hommes recueillent Colqhoun (Robert Carlyle), un type barré bien comme il faut… et cannibale.

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Bravo au graphiste du dimanche…

Dans la grande famille des films d’horreur, nombreux sont les vilains petits canards. Sujets glauques et images choc ne plaisent pas à tout le monde, réduisant d’autant la diffusion pour des questions de goût et d’âge requis, et donc les bénéfices possibles. Seul moyen d’assurer une marge, rogner sur l’investissement initial avec les conséquences que l’on sait : bricolages de bouts de ficelle, décors en carton et castings de nases.
Le navet d’horreur fauché peut clamer “mon nom est Légion, car nous sommes nombreux”.

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Vorace fait partie des exceptions : c’est un excellent film d’horreur.
Pourtant, il ne partait pas gagnant. Conflits avec la production, réalisateur initial qui se fait la malle, fête du slip… Antonia Bird prend le relais et s’adapte comme elle peut à un environnement où tout a déjà été décidé sans elle.
Une végétarienne – comme l’acteur Guy Pierce – aux commandes d’un film d’horreur cannibale, cocasse… et pertinent à travers ce qu’elle insuffle dans la thématique : une allégorie de notre société. “Ravenous isn’t a movie about cannibalism. It’s an allegorical movie about the state of the world we’re living in”, comme elle dit dans sa langue.

Antonia Bird réussit une mise en scène impeccable. Elle sait capter le bon plan pour donner lui tout l’impact possible sans recourir aux effets de manche artificiels (genre caméra parkinsoninenne dont sont friands pas mal de bras cassés de la réalisation). Chez elle, la caméra est posée pour filmer sans pour autant rester statique. L’image parvient à installer une ambiance en toutes circonstances : musclée pour les scènes d’action, tendue sur les dialogues, majestueuse pour mettre en valeur les paysages. Sur ce dernier point d’ailleurs la photographie est de toute beauté.
Toute l’astuce du film est de réussir à n’être pas si gore que ça. Certes, il est question de manger des gens, le sang coule à flots et on a droit à quelques plans horribles à souhait. Néanmoins, Antonia Bird sait faire preuve d’esthétique : la beauté qu’elle suscite à travers l’évocation des paysages, par exemple, augmente le décalage vis-à-vis des meurtres au point qu’elle n’a pas besoin d’en montrer beaucoup pour susciter l’horreur. En évitant de s’appesantir, elle ne sombre pas dans la facilité des gros plans de blessures sanguinolentes et des longues scènes de démembrements gerbants. La classe. (Bon après, elle a aussi été un peu obligée de lever le pied sur l’hémoglobine pour éviter une classification rédhibitoire en termes de diffusion.)

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Au rang des bons points, Bird sait diriger ses acteurs, la chose est assez rare dans le cinéma d’horreur pour être soulignée. Pour une fois le casting tient la route, évitant l’amateurisme et le cabotinage. Les acteurs savent jouer, ça fait tout bizarre…
La galerie de personnages du fort est volontairement caricaturale pour apporter une dose d’humour sans pour autant forcer le trait plus qu’il ne faut. Chose rare encore dans un film d’horreur, les personnages ont de vrais dialogues au lieu des habituelles répliques niaises.

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La bande son mérite un petit mot, la musique de Damon Albarn et Michael Nyman participe à la qualité du film, que ce soit pour accompagner l’ambiance (scène de la falaise, cf vidéo ci-dessous) ou en décaler le propos (la scène de poursuite dans les bois sur fond de banjo et de “Yyyyyiiiiaaaahhhh” vaut le détour).
Quant aux détails, costumes et décors rendent bien le contexte western sans donner une impression bon marché.
Bref, à tout point de vue, le film atteint un très bon niveau technique rarissime dans le domaine.

Un des grands intérêts du film, c’est son histoire et l’utilisation qui en est faite. Vorace ne se contente pas d’être juste un film de cannibales à scènes gore où lesdites scènes servent à meubler un scénario d’une vacuité abyssale. Il intègre la légende indienne du wendigo avec intelligence (et évite donc aussi d’être un film avec un gros monstre qui tue tout le monde) ainsi que des références au vampirisme et à l’Eucharistie chrétienne. Pour une fois, les éléments légendaires, mystiques ou religieux apportent un réel plus en esquivant l’écueil d’un surnaturel de pacotille.
Derrière, une réflexion sur l’Amérique, sur la société contemporaine, en fait sur l’humain et sa capacité phénoménale à dévorer son prochain pour accroître sa force et sa puissance.

Une chose m’a surprise. Je m’attendais à une intrigue classique, à savoir le cannibale qui tue tout le monde un par un au gré du film en mode slasher. Eh bien non. Vorace sort de cette convention et profite de sa première moitié pour régler la partie attendue. La deuxième partie est en réalité un long duel (western oblige) entre Robert Carlyle et Guy Pearce.
Premier scénario de Ted Griffin et c’est impressionnant pour un débutant. Pas étonnant que par la suite, il travaillera avec rien moins que Steven Soderbergh (Ocean’s Eleven), Ridley Scott (Les Associés) ou encore Scorsese (La Clé de la Réserve).

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Le film a été un échec en salles, la faute à un marketing bas de gamme comme en témoignent les jaquettes et affiches (et encore, je n’ai pas pris les pires). C’est bien dommage, il méritait mieux. Par chance, le DVD et le téléchargement lui ont assuré une seconde vie et un succès après coup, faisant de lui une référence voire un film culte dans le genre horreur cannibale.
Si vous êtes amateur, vous pourrez découvrir un très bon film, un sans faute sur le plan technique, doté d’un scénario intéressant et prenant qui sait mélanger avec intelligence le thriller, l’Histoire, le fantastique et l’horreur. Sur des thèmes déjà traités, l’alchimie opère un mélange réussi, très original, décalé et à l’humour…
…mordant.
YYYYYYEEEEAAAAHHHHHH !

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