Harley King – Patrick Mc Spare

Harley King, détective de l’invisible
Là où pleurent les âmes

Patrick Mc Spare
Scrineo

Il a un prénom de mobylette et un nom de roi. Il n’en est pas pour autant le fils caché de Stephen King et Harley Queen.
Mesdames et messieurs…
Harley King !
Sous vos applaudissements.

Couverture Harley King Patrick Mc Spare Scrineo
Je multiplie les livres comme d’autres les pains. (J’ai Photoshop, ça aide.)

Bon, j’ai menti. Harley n’est pas là pour de vrai. La rencontre aura lieu dans quelques jours : interview programmée, je prends l’avion pour Palm Springs sitôt cette chronique rédigée.
En attendant, parlons du roman éponyme : Harley King, détective de l’invisible, sous-titré Là où pleurent les âmes.
Pour le coup, Mc Spare ne me facilite pas la tâche et je l’en remercie : chronique compliquée égale chronique pas ennuyeuse (ou ennuyante, paraît qu’il y a deux écoles) à préparer.

Pas simple de parler du personnage principal sans spoiler la kyrielle de détails qui font sa richesse, disséminés tout le long du roman. Il s’appelle Harley King (pour ceux qu’auraient toujours pas compris) et il est “détective de l’invisible”, c’est-à-dire qu’il enquête sur des affaires liées au paranormal. Comme le Port-Salut, c’est marqué dessus, en gros sur la couv’.
Un de ces personnages comme on aime en croiser dans les romans d’aventure : courageux, malin… et espiègle. À l’image de son pote Nosfe. Qu’on se rassure, si les membres du binôme d’enquêteurs partagent le même état d’esprit, leurs caractéristiques, comportements, gimmicks et petites manies les différencient pour créer deux personnages bien distincts. Unis et complémentaires. Un duo de potes, dont l’énergie et la synergie donnent une pêche d’enfer à cette aventure.
Le duo devient trio avec le renfort de miss Jade, médium de son état, qui a la chance (?) de connaître Patrick Mc Spare, également romancier dans l’univers du roman (p.82 pour ceux qui ont le bouquin sous la main). La référence m’a fait marrer. Rien que pour le côté un peu gonflé de l’auto-citation. Et puis on sait tous que chaque auteur glisse une part de lui dans le texte, les personnages, les thèmes… Bon ben là, Mc Spare a tout mis d’un coup (phrase à ne pas sortir de son contexte, svp). En plus, le clin d’œil n’a rien de gratuit, il se justifie par la création d’un pont entre les œuvres et les univers (Les Héritiers de l’Aube et Les Haut-Conteurs). Bien vu, l’aveugle, d’avoir mixé réalité et fiction (et je m’y connais quand il s’agit de modifier la réalité).

Où ranger Harley King ? Ce blog étant un lieu de bienséance et de bon goût, on fera l’impasse sur la première réponse qui vient à l’esprit.
En version courte, on rangera Harley King en polar d’urban fantasy.
En version longue, le roman touche à une tripotée de genres. Moi qui adore les mélanges, pour le coup, je suis servi !
Certains personnages baignent dans le surnaturel, donc fantasy. D’autres croient vivre dans un monde tout ce qu’il y a de plus rationnel, jusqu’à la rupture marquée par l’apparition de la “créature cauchemardesque” mentionnée en quatrième. Donc là, plutôt fantastique. Logique pour de l’urban fantasy qui le plus souvent hybride les deux F.
L’enquête menée par Harley et ses comparses relève, elle, du polar, avec son lot de meurtres, indices, déductions, interrogatoires… L’atmosphère lorgne à l’occasion vers le cousin thriller, pour la tension narrative et le suspense. Au confluent des deux, un contexte sombre et une ambiance roman noir, avec bas-fonds, pègre, prostitution sans que la lecture vire à l’épreuve anxyogène. Mc Spare jongle avec dextérité entre ce versant dark et les bouffées plus légères offertes par les facéties de Nosfe et Harley. Là encore sans excès qui tournerait à la pantalonnade et à l’humour pouet-pouet. Mariage réussi entre sérieux et décontraction.
Pour boucler sur les genres, il flotte aussi sur l’ensemble un vent d’aventure propre au roman… euh… ben… d’aventure (and the Lapalissade Award goes to Un K à part).
Plus un petit quelque chose hérité de l’univers des super-héros. Pas un hasard, Mc Spare est aussi scénariste et dessinateur de BD. Ici, pas de collants en Lycra, super-pouvoirs radioactifs ou gadgets pour se sortir de chaque situation (et tuer au passage toute tension narrative). Encore une fois, mesure et modération pour proposer un état d’esprit plutôt que du pur comics. Ainsi comme les super-héros, Harley et Nosfe se définissent par leurs fringues (blouson de cuir rouge pour l’un, redingote noire pour l’autre) et certaines aptitudes “au-dessus de la moyenne” (sans grobillisme non plus). À défaut de Batmobile, ils ont leurs bécanes. Harley ne se sépare jamais de son Colt Python, un peu comme Captain America et son couvercle de poubelle étoilé. Un petit air de… sans tout à fait en être.

Alors après, c’est pas le tout de balancer des poignées d’ingrédients dans la marmite, encore faut-il pouvoir avaler la mixture. Faudrait pas que le lecteur s’empoisonne…
(Suspense…)
Ça passe crème ! L’ensemble fonctionne très bien. Chaque élément s’imbrique avec les autres pour bâtir un univers, une intrigue et des personnages qui tiennent la route. Rien ne semble forcé ou pas à sa place. Mc Spare combine les genres et les codes pour en tirer son monde à lui.
Ouvrage bien construit et bon moment de lecture au bout du chemin, Harley King a tout ce qu’il faut pour initier une série. J’espère bien le retrouver un de ces quatre dans une seconde aventure (Patrick et monsieur Scrineo, si vous m’entendez…).
Quand on a fini le tour des vampires, anges et loups-garous, une bonne pioche pour renouveler l’urban fantasy et varier les plaisirs.
Sacré bon bouquin.
“Vraiment de vraiment” comme dirait Harley.

Harley King interviewSur ce, je vous laisse, mon avion m’attend. On se retrouve dans quelques jours à Palm Springs au Strawberry Pie pour l’interview croisée de Patrick Mc Spare… et Harley King himself.

(Ce roman a été récompensé par un K d’Or.)

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