Critiques express (60) Samouraïs

Bibliographie samourai bushido japon

Cet article vient en complément des chroniques ciné sur les Sept samouraïs et Yojimbo, des ouvrages sur Miyamoto Musashi et l’art du sabre, des romans Le sabre des Takeda et Le parfum de Katsu, de l’essai La mort volontaire au Japon.
On l’aura compris, le sujet des amouraïs m’intéresse beaucoup.

B.A.-BA Samuraï Bernard Marillier Pardès

B.A.-BA Samuraï
Bernard Marillier

Pardès

Comme son nom l’indique, la collection B.A.-BA de Pardès propose des bouquins de vulgarisation qui tracent les grandes lignes d’un sujet, ici le samouraï… avec un choix de graphie pour le moins original de samuraï, mélange de samurai (transcription du japonais, italique, sans signe diacritique) et samouraï (francisation, tréma, pas d’italique). Au moins, la couleur est annoncée d’entrée : on sera dans l’approximation (ce que coquilles, erreurs de typo et contenu fragmentaire viendront confirmer).
L’angle d’approche, s’il est documenté historiquement, reste très “romantique” : le samouraï est vu ici d’abord comme un archétype, et conçu comme tel tout du long, donc assez monolithique. Le traitement est pour l’essentiel militaire et guerrier, la dimension sociale est occultée. Soit une vision très partielle, figée dans sa représentation idéalisée d’un combattant des guerres féodales. Un peu comme si dans le cas de la France, on te sortait Galahad comme représentation historique de la chevalerie pendant tout le Moyen Âge (sauf qu’il s’agit d’une version fantasmée et parfaite du modèle chevaleresque, en plus à un instant T, vu que la classe a évolué au cours des siècles).
Bref, le bouquin donne un aperçu (très) général du samouraï, trop léger et lacunaire pour remplir son contrat. C’est le genre de titre qui avait son intérêt à l’époque de sa parution, en 1999, avant Internet et Wikipedia qui propose plus ou moins la même chose mais en gratuit.

Les samouraï Jean Mabire Yves Bréhéret Balland

Les samouraï
Jean Mabire & Yves Bréhéret

Balland

On continue avec les graphies farfelues : ici, le terme pas accordé au pluriel alors qu’il faudrait puisqu’il est francisé. Notez qu’aucun des deux auteurs n’est spécialiste du sujet, ceci explique cela.
Le contenu sera à l’avenant. Un genre de docu-fiction, qui prend des événements historiques impliquant des samouraïs ou l’esprit samouraï, et en sort une version romancée, plus proche du roman historique que de l’Histoire en tant que telle.
Le résultat n’est pas terrible, terrible, écrit avec les pieds, douteux dans son exaltation de la figure guerrière (ce qui n’étonnera personne de la part de Mabire, classé à l’extrême-droite). Rien à sauver de ce machin.

Un château samouraï Fiona MacDonald Deux coqs d'or

Un château samouraï
Fiona MacDonald

Deux coqs d’or

Ouvrage jeunesse conçu sur un modèle proche de la collection La vie privée des hommes de Hachette, Un château samouraï s’attache à décrire la vie quotidienne au sein d’un château japonais aux XVIe et XVIIe siècles. Choix du site, construction, architecture militaire et aménagement des lieux d’habitation, occupants du site, emploi du temps d’une journée type, visite guidée complète du château, en temps de paix comme en temps de guerre. Entre deux, des chapitres plus généraux sur les samouraïs (entraînement, armement, composition d’une armée) viennent replacer la bâtisse dans le contexte global des guerres du Japon féodal.
Bien conçu et illustré en abondance, un régal à lire et à regarder.

Couverture La voie du samouraï Thomas Cleary Points Seuil

La voie du samouraï, Pratiques de la stratégie au Japon
Thomas Cleary

Points Seuil

Thomas Cleary est d’abord un spécialiste du zen. Avant même d’avoir lu La voie du samouraï, le fait saute aux yeux rien qu’à parcourir la table des matières : c’est le mot qui revient le plus souvent. Au terme de la lecture, on en a confirmation. Moins un ouvrage sur les “pratiques de la stratégie au Japon”, comme l’annonce le sous-titre, que sur la “théorie du zen au Japon”. Si on attend un contenu portant sur la conception japonaise des questions stratégiques et son application sur les champs de bataille et les théâtres d’opération, on sera déçu.
J’ai été déçu.
L’ouvrage n’est pas inintéressant mais ne propose pas le contenu qu’on en espérait. Que Cleary ramène tout au zen, tout le temps, finit par devenir lassant, au mieux comme une espèce de marotte obsessionnelle envahissante, au pire en le faisant passer à côté de son sujet, voire en l’amenant à donner une fausse idée de la voie du samouraï. Le zen n’en est qu’une facette et pas la principale. Avant d’être un cheminement spirituel, elle est d’abord une voie martiale on ne peut plus terre-à-terre, la même pour tous les combattants du monde à toutes les époques et dans tous les pays : l’entraînement au maniement des armes pour déglinguer des gens sur le champ de bataille. C’est la base. Tout l’habillage éthico-spiritualo-chevaleresque ne vient qu’après et sert surtout à réfréner les ardeurs de ces spécialistes de la castagne pour qu’ils se tiennent à carreau en temps de paix.
Embourbé dans son zen, Cleary parle à peine des guerres féodales et de la Seconde Guerre mondiale, deux périodes qui sont pourtant les plus qualifiées pour étudier les “pratiques de la stratégie” promises.
Dernier reproche, enfin, la composition de l’ouvrage, dont certains chapitres se suivent plus qu’ils ne s’enchaînent, sans transition, sans unité, sans progression du raisonnement. Des thèmes collés à la suite, qui font que le bouquin ressemble à un recueil d’articles épars mis bout à bout pour essayer de former un tout.

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