Capitaine Albator (2)

Deuxième volet de la rétrospective Albator, le fourre-tout où il sera question des génériques, des personnages, des vaisseaux et du succès du corsaire borgne et balafré.

Space pirate captain Harlock

Les génériques

Je me bornerai aux deux plus marquants, Albator 78 (Jean-Pierre Savelli, Éric Charden et Didier Barbelivien) et 84 (Franck Olivier, Alec Costandinos, Pierre d’Heaume et Anne Valery).

Albator 78
Albator 84

Les personnages

Les passer tous en revue n’aurait qu’un intérêt limité, d’autant qu’à l’échelle de la saga Harlock, il y en a un nombre conséquent. Donc s’il en manque qui vous tiennent à cœur, Internet et Google sont vos amis.

Albator 84 sabre jaquette DVD

– Harlock (ハーロック ; Albator)

À tout seigneur, tout honneur. Comme je disais dans le premier volet de ce dossier, établir sa biographie relève de la gageure. Il vit au XXXe siècle, est le fils de Great Harlock et descend d’une longue lignée de Harlock qui remonte au moins à la Seconde Guerre mondiale (voire à la Conquête de l’Ouest).
Grand et maigre, il appartient à la catégorie des personnages longilignes de Matsumoto (l’autre catégorie étant constituée de petits gros avec des yeux minuscules et une bouche énormissime qui pourrait engloutir un porte-avions). Comme tout pirate qui se respecte, il a une balafre et un bandeau sur l’œil mais pas de jambe de bois ni de crochet. Cela dit, il se déplace avec la lenteur d’un unijambiste et beaucoup de nonchalance. À défaut de perroquet sur l’épaule, il est affublé d’un piaf qui ressemble plus ou moins à un cormoran. Cet oiseau s’appelle juste Leblanc l’Oiseau en VF comme en VO (トリさん).
En bon pirate toujours, les armes de prédilection d’Albator sont le sabre et le pistolet. Plus exactement un sabre-pistolet-laser et le Cosmodragon, une espèce de Colt laser.
Archétype du héros romantique épris de liberté, Harlock présente autant d’aspects chevaleresques (valeurs nobles, code d’honneur) que de traits on ne peut plus bourrins (autoritaire, macho, extrémiste, psychorigide). Il se montre parfois intraitable jusqu’au fanatisme, rappelant le jusqu’au-boutisme des samouraïs et kamikazes. Selon les jours, il est prêt à tout pour sauver la Terre ou, considérant le cas désespéré, préfère l’abandonner pour chercher un nouvel Éden.
Matsumoto s’est inspiré en partie de son père pour le côté pilote, officier, valeurs militaires. Son autre source d’inspiration, Miyamoto Musashi, LA légende au Japon, transparaît dans le statut de rōnin associé à Harlock.
À noter qu’Albator ignore la notion de coiffeur.

Albator personnage Toshiro Alfred
Je ne comprendrai jamais comment lui et Emeraldas…

– Ōyama Tochirō (大山トチロー ; Tochirō, Alfred 1)

Indéfectible compagnon d’Albator, inventeur génial sous ses airs de goinfre débile, excellent combattant derrière sa dégaine de clodo et, alors qu’on n’aurait pas misé un rond sur ses talents de séducteur, amant d’Emeraldas. Les détails de sa vie et de sa mort varient beaucoup d’un opus l’autre. Une chose ne change pas au gré des époques : là où il y a un Harlock, il y a un Tochirō.

Albator personnage Ramis
Encore un qui aurait besoin de passer chez le coiffeur.

– Daiba Tadashi (台羽 正 ; Ramis Valente)

Clone junior d’Albator, ce gamin sert de référence au jeune public, censé s’identifier à lui pour marcher sur les traces du Modèle. Processus qui n’a jamais fonctionné avec moi, déjà gamin, je m’identifiais à Albator, pas à un sous-fifre. Comme dit le proverbe, mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses saints.

Albator personnages Miime
Une apparence à l’image de son nom français : variable.

– Mīme (ミーメ ; Miime, Mima, Clio)

Compagne extraterrestre d’Albator qui ne fait pas grand-chose de ses journées à part jouer de la harpe et se bourrer la gueule – elle se nourrit exclusivement d’alcool, bel exemple pour la jeunesse.

Parmi l’équipage surnagent quelques têtes qui servent souvent de ressorts comiques.
Yattaran (ヤッタラン, Alfred 2) est un ingénieur, mathématicien, armurier qui passe l’essentiel de son temps à fabriquer des maquettes (hobby qui donne une scène d’évasion fabuleuse dans Endless Odyssey).
Le docteur Zero (ドクターゼロ, docteur Zéro) dont le nom n’incite pas à la confiance, surtout qu’il adore picoler – comme tout le monde à bord –, fait office de médecin du bord. Il possède un chat, Mī-kun (ミーくん, Miaou), dont la principale activité consiste à faucher de la bouffe en cuisine. Le minou n’est qu’une figure mineure, mais elle traverse dans toute la biblio de Matsumoto, grand amoureux des chats.
Ces larcins de bouffe mettent Masu (ますさん, Suzanne), la cuisinière dans une rage infernale.

Albator Yattaran Alfred
Yattaran
Albator docteur Zero Miaou
Zero et Miaou
Albator Masu Suzanne
Masu à couteaux tirés

Et on pourrait en citer encore beaucoup : Stellie (gamine issue de l’improbable union entre Emeraldas et Tochirō), Maya (l’amour de jeunesse d’Albator), Emeraldas, Maetel, Zon, les Humanoïdes, les Sylvidres… De quoi remplir une encyclopédie.

Maetel Galaxy Express 999
Maetel de Galaxy Express 999
Albator Sylvidres
Les Sylvidres (Albator 78)
Albator humanoïdes Zon
Zon et les Humanoïdes (Albator 84)

Je sais, il manque quelqu’un. J’ai gardé pour la fin Yūki Kei (有紀螢, Nausicaa) qui incarne la présence féminine, la douceur et tout le tralala cul-cul qui va avec. Elle bosse comme officier de navigation du vaisseau, représente la figure maternelle de Ramis et bien sûr aime le capitaine balafré… qui s’en fout comme de l’an 40. Elle détient le secret de l’emplacement de la planète idéale, enfoui dans les méandres de sa mémoire, secret ne lui sera révélé que le jour où elle rencontrera le grand amour. Et comme Albator s’en tamponne, le problème est aussi insoluble que le serpent qui se mord la queue est souple.

Albator personnage Nausicaa
Kei Yuki

Cette femme – mon premier fantasme connu et toujours d’actualité – reste pour moi un mystère. Mes biographes, hagiographes et panégyristes s’accordent tous à dire que je ne flashe pas sur les blondes. Jamais. Sauf elle. Seule tache claire au milieu des tignasses noires pour lesquelles j’ai une préférence marquée, le scalp de ma chère et tendre comme ceux de mes ex peuvent en témoigner : noir de chez noir.
Sauf elle. Mystère. Irrésolu.

Les vaisseaux

Que seraient Batman sans sa Batmobile, Han Solo sans son Faucon Millenium, Oui-Oui sans sa trottinette ? Des piétons. Idem Albator et son vaisseau, ou ses vaisseaux puisqu’il en existe une tripotée. Stricto sensu, ils sont au nombre de deux, chacun en plusieurs versions : le Death Shadow (3) et L’Atlantis (7). Vu le total de versions, les changements d’un manga l’autre, d’un animé l’autre, voire au sein d’une même série, le résultat relève du joyeux souk. Les noms à géométrie variables n’aident pas à se retrouver entre le デスシャドウ号 (càd Death Shadow, qui reste identique en “français” ou devient L’Ombre de la Mort) et le アルカディア (càd Arcadia, qui selon les VF reste identique ou devient L’Atlantis).

Le Death Shadow 1 est le vaisseau de Great Harlock, le père d’Albator, on le voit dans L’Anneau des Nibelungen. Le premier vaisseau commandé par Albator est le Death Shadow 2 (Nibelungen et Cosmowarrior Zero). Le Death Shadow 3 (Albator 84), tombé aux mains des Humanoïdes, est une copie conforme du premier modèle.

Albator Death Shadow
Death Shadow 1
Albator Ombre de la mort
Death Shadow 2
Harlock vaisseau
Death Shadow 3

Des sept versions de L’Atlantis, on zappe d’entrée les 1, 2 et 7 qui sont mentionnées mais n’apparaissent ni dans les mangas ni dans les animations. Émergent deux modèles : le 5 (Albator 78) qui a le même design que le Death Shadow 2 et mon préféré décliné dans les versions 3, 4 et 6 (Albator 84, Les Nibelungen, Endless Odyssey).

Albator vaisseau Atlantis
Modèle 3
Albator plan Arcadia
Vue en coupe du modèle 3
Harlock vaisseau Arcadia
Modèle 4 (ou 3)
Albator plan Atlantis
Vue en coupe du modèle 5
Vaissea spatial capitaine Albator
Modèle 6

Je suis un fan invétéré de l’Atlantis ! Cette proue à tête de mort me fait encore vibrer comme quand j’avais 6 ans (mon âge mental actuel d’après certains). J’ai donc fini par en construire un en Lego.

Albator Harlock MOC Lego Arcadia Atlantis Death Shadow

Le succès d’Albator

À la base, Matsumoto n’a rien d’un bras cassé et c’est tant mieux pour un dessinateur. Première raison à l’engouement autour de son personnage, donc, la qualité graphique des mangas, associée au style particulier de leur auteur. Les animations, même si certaines accusent leur âge, ont toujours bénéficié d’un soin méticuleux.

Le thème SF et le space opera plaisent au plus grand nombre, en témoigne le succès des Star Wars, Star Trek, Stargate et autres Star-films. Dans l’espace, nul ne vous entendra crier et surtout, un auteur imaginatif peut placer ce qu’il veut sans limite. Ce cadre fait écho à un besoin très humain de bougeotte (Grandes Découvertes, appel du large, exploration des terrae incognitae, conquête de l’Ouest ou des grands espaces…). Un thème facile à marier à celui des pirates, dont l’image romantique auprès du public ne s’est jamais démentie d’Erol Flynn à Johnny Depp. Le pirate est synonyme de liberté… et d’exutoire face aux interdits sociaux – on parle quand même de gens qui tuent, pillent, brûlent, violent, rançonnent…
Dans ce cadre, Matsumoto a conçu un univers qui lui est propre et d’une richesse infinie. Pas toujours cohérent, certes, mais vu le volume de son travail…
En revoyant plus tard la saga avec ce que j’appellerai faute de mieux “un regard d’adulte” (sic), j’ai redécouvert l’univers de Matsumoto qui est tout sauf infantile/enfantin, de plus en plus désenchanté et pessimiste au gré des publications. Dans ses premières œuvres, le mangaka pose moult questions et de lance moult critiques.
Par exemple, l’individualisme, c’est mal (sauf quand on s’appelle Albator). Les individualistes méchants ne pensent qu’à leur gueule et laissent tomber le groupe, chose impensable pour un Japonais. Alors que chez les gentils, l’individualisme d’Albator prend place dans le cadre d’une juste rébellion et d’une quête d’un nouvel Eden pour l’ensemble de son équipage. Quelque part entre hymne à la liberté et mythe du sauveur.
Autre exemple, la critique marquée contre le tour pris par la société de consommation qui en arrive à nier la valeur travail (fondamentale au Japon) pour se planter devant la télé, nouvel opium du peuple, ou jouer au golf. Amusant – si on veut – de constater que c’est le point où on en est arrivé de nos jours, presque un demi-siècle après la naissance du corsaire de l’espace. Loisirs, loisirs, loisirs.
Critique de la société moderne et de ses travers (capitalisme, mercantilisme, matérialisme, loisirisme), la saga Albator est à ses débuts un hymne anarchiste. Je repense par exemple à la scène où Ramis découvre le fonctionnement de L’Atlantis : les pirates glandent, jouent, picolent, roupillent pire qu’au club Med. Et lui de s’étonner de l’absence de discipline dans ce foutoir insensé. Réponse qu’on lui sort : le vaisseau fonctionne sur le mode du quartier libre dès lors que la situation n’exige pas de voir chacun à son poste. Et c’est bien ce qui distingue le farniente des Terriens et celui des pirates : les premiers consument leur liberté en s’abrutissant de loisirs vides qui ne les contentent pas et restent amorphes face à la menace, les seconds profitent de leur liberté et n’hésitent pas à monter au créneau quand sonne le branle-bas-de-combat. Ce qui donne au final une définition très juste de la liberté : faire ce qu’on veut quand on le peut et ce qu’on doit quand il le faut.
Bref, au-delà du spectacle pour gamin et des sentences parfois gnan-gnan en fin d’épisode, l’univers de Matsumoto est doté d’une réelle profondeur qui ne le limite pas au jeune public.

Space pirate captain Harlock Game of thrones
C’est sans doute de là que je tiens mon inénarrable sens de le modestie.

Et bien sûr il y a Albator lui-même. Pour un gosse… ben c’est Albator, quoi. Lui est libre et n’a pas besoin d’attendre “quand tu seras grand” pour faire ce qu’il veut. Il a une dégaine cool, des armes cool, un vaisseau cool (et une blonde cool que je baiserais volontiers). Il est grand, fort, courageux et, comme Starsky et Hutch, il gagne toujours à la fin. Bref, un héros, avec des valeurs de héros. Chevalier, pirate, Robin des Bois, guerrier… tout ce à quoi on joue quand on est haut comme trois pommes. Et comme, étant gamin, on ne capte pas toutes les incohérences et qu’on n’a pas non plus accès à tout – à l’époque où je l’ai découvert, plus des trois quarts de la saga n’existaient pas encore, trouver des mangas en France était impossible –, eh bien, tout ce qu’on ne savait pas et qu’on ne comprenait pas le rendait encore plus mystérieux. Donc cool.

Plus tard, j’ai découvert que ce succès n’en était en vérité que la moitié d’un, avec pas mal de tromperie sur la marchandise. Si la série animée Albator 84 a assis le personnage dans son statut iconique en Europe, à commencer par la France et l’Italie, elle a été un bide au Japon, au point d’amputer de moitié le nombre d’épisodes prévus et de valoir à Matsumoto une traversée du désert jusqu’au début des années 90. On notera aussi que les histoires ultérieures d’Albator n’ont pas eu le même écho et n’ont pas, en tout cas en France, marqué les générations suivantes.
Et puis surtout, il y a eu dès le départ une arnaque. Si en France, on a l’image d’un corsaire sympathique, c’est loin d’être celle que reflète Albator dans le manga original de 1975-77. Le personnage a été quelque peu lissé au Japon pour son passage à l’animation en 1978, rendu moins rigide et plus cool afin de séduire les téléspectateurs. Le trait s’est accentué quand Albator 78 a débarqué en France avec pas mal de libertés prises dans la traduction des dialogues, pour ne pas dire une réécriture complète avec toute la trahison qu’on imagine de l’esprit original (sans parler des génériques dont les paroles pleines de you-you-les-pitits-enfants n’ont aucun rapport avec le propos de l’œuvre). Là-dessus est venu s’ajouter un merchandising propre à l’Hexagone, dépeignant un Robin des Bois chevaleresque et souriant. Ce lancer de poudre aux yeux était jouable à l’époque, faute d’Internet pour remonter à la source. Ouais ben en vrai, Albator n’a pas un grand cœur, avec les élans passionnés que ça suppose. Il a des principes, avec toute la rigidité et le jusqu’au-boutisme que ça implique.
Égocentrique, glacial, autoritaire, poseur, sentencieux, patriarcal, torturé, intransigeant… Quand tu analyses le caractère et le comportement du gazier dans les œuvres originales, c’est quand même plutôt un connard. Les distributeurs français nous ont vendu une imposture.
Ce qui fait qu’aujourd’hui, je me retrouve avec deux images en concurrence. Celle de mon enfance, biaisée de base par les distributeurs, idéalisée par-dessus par le jeune spectateur naïf que j’étais, encore enrobée derrière par un cocon subjectif de nostalgie : Albator, le héros romantique par excellence. En face, celle plus récente issue de, un, l’accès à la totalité de l’œuvre, deux, dans sa langue d’origine, trois, avec du recul et un regard plus adulte : Harlock, un anti-héros beaucoup moins charismatique, perdu dans un Leijiverse certes riche et beau mais où Matsumoto a fini par tourner en rond, faute d’être aussi bon en scénario et narration qu’il l’est en dessin et création d’univers.

Après, au-delà de la réception générale de l’œuvre et du personnage, il y a au niveau personnel quelque chose de très générationnel dans le rapport que j’entretiens avec Albator, un truc lié à l’enfance, à la nostalgie, à une figure dont les aventures m’ont accompagné pendant que je grandissais. Le même schéma que la génération suivante avec les Pokemon et celle d’après avec Harry Potter.
Albator, c’est toute ma jeunesse.

Capitaine Albator Harlock
Merci pour cette excellente rétrospective.
Publié le Catégories Guests et stars

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