À l’abordage ! Corsaires, pirates et flibustiers – Michel Giard

À l’abordage ! Corsaires, pirates et flibustiers
Michel Giard

Éditions Charles Corlet

À l'abordage Corsaires, pirates et flibustiers Michel Giard éditions Charles Corlet

Joueurs de Capitaine Vaudou, fans de L’île au trésor et collectionneurs de Lego Pirates, ce livre est fait pour vous. Corsaires, flibustiers, pirates, frères de la côte et autres boucaniers racontés en long, en large et en travers sur pas loin de 250 pages par Michel Giard, soit un bouquin très complet… ou pas du tout. Disons qu’il fait le tour de son sujet dans les bornes qu’il se fixe, mais celles-ci sont loin de couvrir l’ensemble de la piraterie.

On appréciera ou pas la forme, plus orientée docu-fiction que la prose d’historien. Pas ma tasse de thé, perso, mais cette approche fonctionne sous la plume de l’auteur. Ça fait le taf, après, c’est affaire de goût. Entre deux chapitres sur le mode “histoire de pirates racontée au coin du feu”, on a aussi quelques passages sur un ton plus académique pour contextualiser la piraterie et surtout les corsaires, puisque ces derniers sont tributaires des relations diplomatiques entre les nations qu’ils servent.
Beaucoup de portraits et notices biographiques couvrent les noms les plus célèbres (Morgan, Surcouf, Jean Bart) et d’autres beaucoup moins connus du grand public, comme François “Jambe de bois” Leclerc. Si vous pratiquez le jeu de rôle Capitaine Vaudou, c’est une mine d’inspiration pour des PNJ pittoresques.
Si la forme narrative très libre de l’ensemble, avec ses dialogues fictifs, peut prêter le flanc à la critique en termes d’historicité, elle est néanmoins servie par une conséquente et rigoureuse documentation historique. On trouve en fin d’ouvrage une bibliographie fournie et sérieuse, quoiqu’un peu datée aujourd’hui, les titres les plus récents remontant aux années 1990. Les amateurs de fiction ne seront pas en reste non plus, les deux derniers chapitres traitant de la piraterie dans la littérature et au cinéma.

Reste que ces pirates ont tous un air de famille à cause de l’angle d’approche très européanocentré. Un balayage historique n’aurait pas été de trop non plus pour mentionner, même vite fait, la piraterie antérieure à la période phare des XVIIe et XVIIIe siècles. On a quasi l’impression que le phénomène naît avec la découverte des Caraïbes, alors que la piraterie est endémique depuis déjà l’Antiquité. On en a des traces, par exemple du côté de la Grèce, dès la période archaïque (pour ceux que la question intéresse, cf. l’excellent article d’Yvon Garlan : “Signification historique de la piraterie grecque” dans la revue Dialogues d’histoire ancienne). Même chose du côté de Rome, César a même été leur prisonnier. Un mot sur le Moyen Âge aurait été bienvenu, puisque c’est la période qui voit la piraterie européenne reprendre du poil de la bête avec la chute de l’Empire romain. Plus près de la période couverte par Giard, voire pile dedans, les pirates barbaresques en Méditerranée brillent par leur absence. Au-delà du Maghreb, l’Afrique dans son ensemble est laissée-pour-compte, hormis un aparté sur la traite des esclaves. Madagascar et ses environs ont été pourtant été très dynamiques en termes de piraterie. L’océan Indien, s’il est abordé, doit se contenter de la portion congrue. La mer de Chine est torchée rapidos lors de l’évocation de la piraterie moderne fin XIXe, début XXe, alors que le phénomène y a été florissant au moins depuis le XVe siècle. Quant à l’incroyable constellation d’île, îlots, archipels qui va des Philippines à l’Océanie en passant par l’Indonésie, néant total.
Tout ça manque un peu de diversité ethnique, géographique et chronologique, la faute au prisme old school d’une vision historique qui se concentre sur les âges d’or et les Européens en laissant de côté le reste. C’est le seul gros défaut de ce bouquin, bien fichu sinon sur ce qu’il a choisi de traiter, le même sujet que tout le monde, malheureusement, qui n’a donc plus grand-chose d’exotique depuis un moment.
En dépit de ses lacunes sur la piraterie dans son ensemble, si on s’intéresse en particulier aux pirates et corsaires des Caraïbes, une bonne référence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *