Lectures de vacances (7)

De l’intérêt d’avoir un parapluie…

C’est bon ? Vous avez tous repris ? Nan, parce que moi, je suis encore en vacances. Cette année, l’idée générale, c’est d’éviter le combo typhon-séisme-volcan. J’ai testé,  on a vu plus reposant.

Cryptonomicon
(Neal Stephenson)

De Stephenson, j’ai lu les quatre titres sur la photo (somme toute logique vu que ce sont mes exemplaires à moi-je). SF, steampunk, cyberpunk (ou pour être précis postcyberpunk si tant est que les sous-sous-sous-subdivisions riment à autre chose que de la branlette précieuse), avec une pointe d’uchronie dedans. Du bon (Zodiac) et du très bon (les autres).
Le Cryptonomicon, 1500 pages au total en poche, deux récits enchâssés, des heures de lecture.
D’un côté, une histoire avec de l’Histoire dedans, articulée autour du décryptage pendant la Seconde Guerre mondiale du code Enigma employé par les Teutons. Au menu, cryptanalyse, Alan Turing, balbutiements de l’informatique, le tout dans un packeïdge* très documenté et pointu.
En parallèle, à la fin des années 90, on suit les aventures d’une bande d’informaticiens qui veulent mettre en place un espace numérique libre de tout contrôle, de toute censure, de toute ingérence nationale ou internationale. Bref, un Internet libre (une utopie, donc…). Autre projet, la création d’une monnaie virtuelle. En gros, Stephenson raconte les quinze années à venir avec Tor, les bitcoins et le dark web (ici en version vertueuse dédiée à la recherche, à l’innovation et au commerce en toute liberté). Là-dessus, tu ajoutes une chasse au trésor de Yamashita, l’équivalent japonais de l’or nazi.
Roman geek, qui mêle guerre, aventures, anticipation. Roman malin, parce qu’il a vu juste sur à peu près tous les points évoqués (législations nationales toujours plus restrictives, open source, monnaie virtuelle, course au cryptage…). Explications claires pour ceux qui n’auraient pas douze diplômes en maths et informatique dans la musette, écriture tonique et souvent drôle. Rien à jeter dans cette trilogie.

* Francisation à la ouaneugaine** (du fait maison avec le label et tout).
** Bis repetita.

Les guerriers du silence
Wang
(Pierre Bordage)

Pierre Bordage, comme le type qui fabrique des maquettes de catapultes dans Kaamelott, “c’est pas la moitié d’un trou de balle”. Perceval ne sait pas lire, moi si, c’est donc bibi qui parlera de l’ami Pierrot. Ou pas. L’article de Wikipedia à son sujet étant très bien fichu, il me dispense de le paraphraser. En résumé, une pointure de la science-fiction, talent de conteur hors pair, œuvre baignée d’humanisme, un texte qui allie style et réflexion.

J’ai découvert Bordage avec la trilogie Les guerriers du silence. Vous me connaissez, je n’ai pas pour habitude de distribuer du superlatif délirant, mais faut bien appeler un chat un chat. Les guerriers du silence est un chef-d’œuvre de la science-fiction française. De la SF tout court, même, ce space opera vaut par sa qualité Dune ou Fondation.
Un Empire starwarsien tentaculaire, un maître inddique exilé sur une planète lointaine (non, pas Dagobah, mais pas loin), des gens cryogénisés, un ordre mystique de chevalerie, l’érection d’un pékin en sauveur, on sent l’inspiration de La Guerre des Etoiles. Plus pas mal d’éléments de la prélogie Star Wars… sortie plusieurs années après (assassinat des chevaliers absourates/jedi, méchants Scaythe/Sith). Bordage a eu le nez creux et c’est à lui qu’il aurait fallu confier le scénario des épisodes I à III pour éviter le désastre. Bref…
En tout cas, cette épopée spatiale n’est pas qu’un Star Wars du pauvre, elle est même meilleure à vrai dire. Au-delà de quelques traits communs – qu’on trouve de toute façon dans 12000 histoires de SF –, Les guerriers du silence glisse de la poésie dans son ton épique et travaille en profondeur la psychologie des personnages (je pense surtout à Tixu Oty qui offre une belle réflexion sur l’ascension d’un héros). Un must !

Wang mérite le détour aussi. Un parfum de Running Man, le film, avec son clivage riches/pauvres, ses jeux TV hyper violents, sa société fossilisée où rien ne dépasse au prix de l’humanité. Un peu comme le monde réel en fait. Ce diptyque renvoie moult échos à/de notre quotidien, du panem et circenses lénifiant aux clôtures chaque jour plus nombreuses pour laisser à l’écart les pauvres et les étrangers. Ici, la France a enfin inventé une ligne Maginot qui fonctionne et a murailledechinisé l’Europe. Pour s’occuper dans ce super ghetto, les Jeux Uchroniques, quelque part entre ceux du cirque et les olympiques. Avec des vraies gens. Une façon de régler la question des migrants à laquelle Trump n’a pas encore pensé (en même temps, pour penser, faut un cerveau…).
Ce roman a vingt ans, on dirait un résumé de la situation actuelle. Quand tu vois la Hongrie ou les USA préparer le mortier et les barbelés pour “sécuriser” leurs frontières, voilà quoi… C’est d’autant plus crétin que cette tactique n’a JAMAIS fonctionné. Mur d’Hadrien, limes, muraille de Chine, lignes Maginot et Siegfried, les exemples de passoires ne manquent pas. Wang 1, repli sur soi 0. Niveau réflexion, on trouvera aussi de quoi avec cette population européenne qui n’est pas sans rappeler la nôtre. Les citoyens, concernés cela va de soi, abandonnent l’exercice du pouvoir à des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes. A la place, ils préfèrent se coller des œillères – tant que ça va pour moi, pourquoi je m’en ferais pour le reste du monde ? – et se passionner pour les futilités débilitantes de la télé-réalité (ce combo de redondances…). Note que l’industrie du divertissement n’a pas grand effort à fournir : endormir des esprits qui ne demandent qu’à roupiller ne relève pas de l’exploit.
En 2017, Wang tient à peine de la fiction, ce qui fait une bonne raison de le lire.

Les Berserkers
(Fred Saberhagen)

Duo qui pourrait assommer un éléphant, le cycle Les Berserkers rassemble romans et nouvelles de SF. Ici, le terme ne désigne pas un viking qui mange son bouclier avant de trucider tout le monde mais des vaisseaux spatiaux. Conçus far far away a long time ago, les Berserkers sont des machines de guerre intelligentes programmés pour détruire toute forme de vie (autant dire que la différence avec un humain ne relève que de l’anatomique). Du simple robot au vaisseau taille Etoile Noire, ils parcourent la galaxie en pulvérisant tout sur leur passage.
Une trentaine de récits racontent les victoires et défaites de ceux qui croisent les Berserkers, les affrontements sur le champ de bataille ou via des controverses philosophiques sur la valeur de la vie, les actes héroïques et désespérés, David contre Goliath, les collabos…
Une série intéressante, parce qu’elle n’a pas vieilli alors que les textes ont entre 30 et 50 ans. Enfin, le style a pris une paire de rides mais sans plus. La thématique de la machine qui se retourne contre son créateur aura rarement été si bien traitée.
A noter que dans une nouvelle, les Berserkers ont l’idée géniale d’envoyer un robot à forme humaine dans le passé pour [eh non, on ne spoile pas !] et à terme modifier le présent. Pas bêtes, les humains en font autant pour le contrer. Quinze ans plus tard sort le film Terminator (qui si je ne m’abuse n’a rien rapporté à Saberhagen, rarement cité dans les sources d’inspiration du film – même si à ce stade, on est davantage dans le plagiat que l’inspiration, hein Cameron ?…).
Seul défaut qui n’en est que la moitié d’un, un certain nombre de redites dues au fait que les nouvelles étaient à l’origine des publications indépendantes (donc impliquant de situer chaque fois le contexte pour que le récit se suffise à lui-même). A part ça, de la très bonne SF qui parvient à varier les plaisirs sur un thème unique.

Jules Verne

Jules “Stakhanov” Verne, Juju le prolifique pour les intimes, auteur d’une œuvre bien de son temps, avec de l’antisémitisme et du racisme plein la musette, supériorité de l’Européen sur le sauvage, de l’homme sur la femme, tutti quanti. Replacé dans le contexte de l’époque, une littérature tout ce qu’il y a d’ordinaire. Remarque, maintenant, dans la tête de certains, ça n’a pas changé…
Cela étant, Verne reste une valeur sûre de l’anticipation et du roman d’aventures. On peut le lire à tout âge, même très jeune, sans virer ensuite à l’extrême-droite.
Pour ne retenir que quelques titres de sa biblio à rallonge : Cinq semaines en ballon, Voyage au centre de la Terre, De la Terre à la Lune, Les Enfants du capitaine Grant, Vingt mille lieues sous les mers, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, L’Île mystérieuse, Michel Strogoff, Les Cinq Cents Millions de la Bégum, Les Tribulations d’un Chinois en Chine, Deux ans de vacances.

Ceux qui ont tort
(aka les absents)

Séries absentes de ces chroniques parce que pas encore terminées : Le cycle de Mars (Edgar Rice Burroughs), Le Trône de Fer que vous appelez à tort GoT parce qu’en VO c’est ASIF (A Song of Ice and Fire) [George Martin], Les Princes d’Ambre (Roger Zelazny), Le Donjon de Naheulbeuk (John Lang), Nicolas Eymerich (Valerio Evangelisti).
On en reparle en 2018 aux prochaines grandes vacances.

Lectures de vacances :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6

2 pensées sur “Lectures de vacances (7)”

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