Le Cercle de Faidherbe

Le Cercle de Faidherbe
(Emmanuel Sys)

Direction le monde merveilleux des classes préparatoires avec un polar régional de ch’Nord.

“Pour quelqu’un de l’extérieur, ce monde de la prépa paraissait nébuleux et louche.” (p.108)

Le Cercle de Faidherbe est un cas à part à plus d’un titre. Le premier bouquin que j’ai acheté à mon premier salon du livre, pour le coup celui de Templemars en 2011. Double baptême du feu… En outre, comme disent les fabricants de gourdes, au début des années 1990, j’ai fait mes armes en prépa dans le bahut du bouquin, l’inénarrable lycée Faidherbe à Lille. (Si on ajoute les gens qui aimeraient bien me fracasser la coloquinte à coups de club de golf, je partage beaucoup de points communs avec Patrick Rihois…)
On décrit souvent la prépa comme une espèce de Dallas, univers impitoyable où tous les coups seraient permis pour décrocher ZE concours qui te catapultera dans une ENS. C’est peut-être vrai dans certains établissements, à Faidherbe on était plus détendu du gland. A part quelques trous de balle qui pétaient très haut et très fort, bonne ambiance dans l’ensemble. J’en garde le souvenir de nuits blanches studieuses sur du bachotage débile et des disserts pondues à la dernière minute… la bouffe dégueu de la cantine… les beuveries à l’internat… les blagues potaches… le folklore pittoresque… et vingt ans plus tard, l’évocation de notre Verdun à nous quand je recroise des potes rescapés des mêmes tranchées…
C’est nous les Faidherbards, troulalère troulala…

Le couvre-chef qui ne m’a pas quitté durant mes deux années de sacerdoce.

Toute lecture est subjective. A l’évocation de cet épisode 3615 MaVie (0,95 F/min), chacun aura compris que celle-ci bat des records.
Le Cercle de Faidherbe ne m’aura pas offert une virée dépaysante. Force et limite du polar régional… Ton univers quotidien devient une terre d’aventures, connexion immédiate et immersion garantie. Mais tu connais trop bien le terrain et ta lecture ne te change pas tellement les idées. Impossible ici d’en adresser le reproche à Sys. Je vivais à Lille à l’époque, j’étais passé par Faidherbe, on en a discuté au salon de Templemars. Je savais à quoi m’en tenir en achetant son bouquin.
A défaut d’évasion estampillée Ankh-Morpork, Arrakis ou Fondcombe, ce roman m’aura embarqué au pays des souvenirs… une forme d’évasion aussi, au fond. Rien que pour ça, Le Cercle de Faidherbe m’aura plu.

Rangeons la musette à réminiscences et décortiquons le bousin à grands coups de scalpel objectif.
Comme beaucoup de publications Ravet, Le Cercle de Faidherbe appartient à la catégorie “polar peinard”. C’est-à-dire qu’on ne tombera pas à chaque chapitre sur un cadavre, une poursuite en bagnole, une fusillade ou une explosion qui ravage la moitié de la ville. N’allez pas croire qu’on s’ennuie, on n’est pas dans Derrick. Du policier déductif dans la veine d’Agatha Christie. Une patte old school qui a le mérite de ne pas se planquer derrière le deus ex machina sauce Les Experts – tu sais, quand l’enquête patine et que, coup de bol, l’ordi crache une info qui relance la machine.
L’intrigue est solide et progresse à son rythme, laissant à Sys le temps d’installer ses personnages, le duo de flics Preux et Monin. Ou plutôt les faire progresser, puisqu’ils les a déjà mis en scène dans des romans précédents.
Rien à redire sur le décor, Sys est un ancien de Faidherbe, élève puis prof. Il connaît le bahut et le milieu enseignant et s’en sert avec intelligence, sans donner dans le truc d’initiés accessible aux seuls anciens de prépa.

Un bouquin qui plaira aux amateurs de romans policiers classiques et rigoureux… ainsi qu’aux anciens de Faidherbe.

C’est nous les Faidherbards, troulalère troulala…

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