Cherche jeune femme avisée

Cherche jeune femme avisée
(Sophie Jomain)

Qu’est-ce qui se vide quand on tire un coup ?
Je cherchais un mot de huit lettres finissant par ouilles…

… et je me suis retrouvé parachuté en plein territoire ennemi avec pour toute arme ma grosse paire de douilles.
Un monde étrange peuplé de Bisounours, d’apollons et de filles canons. Des silhouettes à l’épaule dénudée apparaissent dans un mélange de flou et de coton. Cascades de dentelles, bruits incessants des froufrous, Clayderman qui s’agite sur son Bontempi, tes oreilles organisent avec tes yeux le concours de qui saignera le plus. On s’amuse, on pleure, on rit sur fond rose bonbon en agitant des ombrelles frappées aux armes de Barbie. Des petits cœurs partout, des grosses galoches baveuses, une ambiance déliquescente de guimauve…
Bienvenue dans la caricature romance.

Tu l’auras compris, je n’aime pas la romance. Et comme j’en lis peu, très (très x 109) peu, ma vision du genre est peut-être… incomplète (?). Après, quand je dis que je n’aime pas, ça ne signifie pas que je déteste, ça veut juste dire que je n’éprouve aucune attirance pour un genre qui ne me parle pas. En même temps, j’ai la capacité émotionnelle d’une brique, ceci explique peut-être cela.
Et puis je préfère les genres sérieux comme la fantasy (et ses licornes) ou le second degré.
Or donc, quitte à lire de la romance, autant se taper Jomain. Enfin son livre, hein. Je précise, parce que sinon les esprits vont surchauffer et dans deux semaines, Internet sera noyé sous les fan-fictions nous mettant en scène…
Bref Jomain. Ce que j’ai lu d’elle ne m’a pas déçu. Pour te faire une idée, tu peux jeter un œil à mes chroniques : Les anges mordent aussi, Les anges ont la mort aux trousses, Quand la nuit devient jour. Je ne bouge pas, je t’attends (pas 107 ans non plus, ne traîne pas trop).
(PS : pour les fan-fictions, pensez à m’en envoyer un exemplaire !)

Ft. Lara Croft

Cherche jeune femme avisée est un bon bouquin. Qui ne m’est pas du tout destiné, c’est clair, mais sympa à lire même pour un gars pas fan du genre (ou pour un gars tout court). Léger, rafraîchissant, divertissant et très drôle. Seul défaut, l’auteur a eu la main un peu lourde sur les adverbes en -ment (un point qu’elle a corrigé dans ses bouquins ultérieurs).
On y trouve aussi de chouettes scènes de cul. J’espère qu’un jour, miss Jomain se lancera dans le roman XXX (vu le nombre d’auteurs qui écrivent du fion en loucedé sous pseudonyme, si ça se trouve c’est déjà le cas). Bon, pour ça, je suis très bon public, faut reconnaître… Ces passages ont le mérite d’être justifiés dans le déroulement de l’histoire, pas placés là juste pour faire mouiller la ménagère et vendre du papier.

On peut reprocher ou pas au roman certains ressorts déjà vus ou scènes attendues. Déjà, on se doute de comment ça va finir. Ensuite, tout le monde est beau. Et intelligent. Et sympa. Même Adrien qui se comporte souvent comme un connard obsédé du contrôle a des raisons compréhensibles de le faire. Un brave type au fond. Avec du blé en plus. Le mec parfait ou à peu près.
D’un autre côté, faut pas oublier que la romance fait partie de ces genres très codifiés. Après, je ne suis pas assez calé dans le domaine pour te dire si elle a su s’affranchir de ses propres règles. Autant pour la fantasy, je peux te faire un exposé de quatre heures sur la sortie de l’ornière SdA-Conan-likes, autant là…
Faut pas oublier non plus que Cherche jeune femme avisée s’inspire d’un conte de Grimm. Et les contes, comme genre à codes, c’est pas mal non plus. Les gentils y sont tous beaux : la paysanne est gaulée comme un mannequin, le prince charmant est… euh… plein de charme (logique). Pis il a une bonne situation, le gars. Prince, ça va quoi…
Enfin, je ne sais pas si l’inspiration est voulue ou inconsciente, mais le personnage de Gabrielle appartient au type théâtral de la servante impertinente. Là, je renvoie à l’éternel exemple de Molière. D’où certaines scènes qui relèvent du classique de la vie de château et des rapports entre le maître et sa domesticité.
Tout mis bout à bout, tu m’étonnes qu’il y ait du topos dans CJFA (à tes souhaits). Mais c’est la démarche même du roman ! Il se veut inspiré par un conte de Grimm, y trouver des éléments de filiation n’a rien de scandaleux. C’est le contraire qui mériterait qu’on envoie l’auteur moisir deux ou trois ans au cachot avant de la brûler vive en place publique (ou juste l’empaler si on préfère garder le sens de la mesure).

A l’arrivée, une bonne lecture. C’est surtout pour Gabrielle que j’ai apprécié ce roman. La nana loufoque aux réponses surréalistes… Un intérêt très narcissique, on dirait moi dans la vraie vie.
Adrien : (Ma fille) descend la rampe d’escalier sur les fesses, elle tombe et se fait une vilaine bosse, puis elle recommence, encore et encore. Comment réagissez-vous ?
Gabrielle : Je fais venir un menuisier et je lui demande de retirer l’escalier.
Normal.
Le genre de dialogue qui m’a rappelé la fois où on m’a interrogé pour un micro-trottoir sur la prévention routière. La question était quelque chose comme “selon vous, quelle mesure permettrait de réduire le nombre d’accidents de la route ?” et j’avais répondu “fermer les routes”.
Normal.
La seule différence entre Gabrielle et moi, c’est que je bouffe les pigeons.

“Pigeon
Oiseau à la grise robe
Dans l’enfer des villes
A mon regard tu te dérobes
Tu es vraiment le plus agile.”
C’est arrivé près de chez vous

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