Blackstone

Blackstone
(Guillaume Richez)

Black$tone (qui se prononce Blackstone et pas Blackdollartone) est un techno-thriller de Guillaume Richez. Un genre que je ne lis pas souvent, dans le domaine je suis plutôt cinéma (les adaptations de la saga Jack Ryan de Tom Clancy) et télé (l’interminable série 24 heures).

Si je lis peu de techno-thrillers, c’est parce que je trouve le genre trop codifié (dit l’amateur de fantasy et de polar…). On tourne dans la même palette d’intrigues (terrorisme, géopolitique, intrigues de cabinet…), la même brochette de personnages (le chef de l’Etat, le secrétaire à la Défense, les patrons des agences gouvernementales…), les mêmes enjeux (éviter un attentat, éviter une guerre, éviter l’assassinat de Machin). Tu vas me dire que cet air de famille est la marque qui définit le genre par rapport aux autres branches du thriller. C’est pas faux, mais je trouve la niche trop ciblée… ou ça vient peut-être du fait que beaucoup d’auteurs moyens se contentent de copier à l’infini les fondateurs et/ou grands noms du genre.
Bon après, je schématise, parce que d’un roman l’autre, les auteurs jouent de telle ou telle combinaison d’éléments, et énormément de facteurs indépendants du genre entrent en ligne de compte (connaissance du sujet traité, construction du roman, rythme, tension, dialogues, profondeur des personnages, style…).
Là tu vas me demander pourquoi j’en lis si je ne suis pas fan du genre. Parce qu’on parle de lecture, mec, donc de culture. Domaine où des gens créent, tentent des choses, explorent. En tant que lecteur, ne jamais avoir peur d’en faire autant, d’essayer, d’élargir ses horizons, de sortir de sa zone de confort. Sinon autant relire en boucle son bouquin préféré et on n’en parle plus.
A l’heure actuelle, je lis beaucoup de polars, j’adore le genre. Ça n’a pas toujours été le cas. Le tout, c’est d’essayer. Pas se forcer, juste partir de temps en temps à l’aventure, se laisser porter par un “tiens, et si…”.
Les goûts ne sont pas tout. Je crois que j’insiste assez dans mes chroniques sur la part à faire entre ce qu’on aime (ou pas) et ce qui est bon (ou pas). Un avis positif ou négatif ne rendra jamais compte de la totalité d’une œuvre. On ne peut pas passer à côté de l’aspect subjectif – la lecture est surtout un plaisir et une question de goûts –, mais on ne doit pas en oublier pour autant les qualités (ou défauts) objectives et intrinsèques. Tout ça pour dire que ce serait dommage de passer à côté d’excellents livres juste pour une question de préjugés sur tel ou tel genre qu’on trouve bof.

Dès la quatrième, tu sens le roman marqué par la géopolitique contemporaine. Parmi les conflits susceptibles de péter un jour prochain, le match Chine-USA figure en bonne place. La Chine est en bisbille avec plusieurs alliés des USA, entres autres la Corée du Sud et le Japon (contentieux territoriaux pour des îles-confettis, expansionnisme chinois en mer de Chine…). S’ajoutent la guéguerre commerciale, la part conséquente de la dette américaine aux mains des Chinois et depuis quelques mois les envolées de Trump… Le tout dans une région où chaque Etat est déjà sur les nerfs because multiples tensions avec les voisins (Corée du Nord qui fait mumuse avec ses pétards, vieilles rancœurs envers le Japon héritées de la Seconde Guerre mondiale, revendications territoriales des uns sur les autres, zones de pêche litigieuses…). Niveau tension, l’Asie ressemble à un puceau dans une boîte de strip-tease : tendu à mort et prêt à partir au premier stimulus… Et comme toujours, les diplomates préfèrent déployer des porte-avions que des idées constructives… En clair, la prochaine grande guerre entre Etats-nations éclatera en Extrême-Orient.
Quatrième toujours, du terrorisme à coup d’avion dans la poire, tu penses 11 septembre 2001. Vu l’actualité de ces dernières années, je ne crois pas avoir besoin de développer davantage, chacun sait de quoi il retourne.
Bref, un roman bien de son temps.

Blackstone, un roman bien de son genre aussi, puisqu’on retrouve les éléments que je citais plus haut. Attentat terroriste, menace de conflit entre l’Empire du Milieu et les States, FBI, ci-aïe-ay, magouilles politiques, opérations clandestines, agents secrets, agents doubles, triples, quadruples (…), centuples (…), milluples…
Tu vas me dire que tout ça, on l’a déjà vu. Encore une fois, c’est pas faux. Mais, encore une fois, c’est le genre qui veut ça. Les romans de la période guerre froide ont déjà bien exploité le filon sans l’épuiser pour autant. Blackstone ne se limite pas à ressortir une vieille histoire Popov-Yankees à la sauce nuoc-mam, le roman colle à la situation actuelle. Une forme de réadaptation moderne intelligente, avec de vrais enjeux contemporains, pas du faux neuf avec du vrai vieux.
On sent qu’il y a eu un travail de recherche en amont sans que le texte ne se transforme en exposé encyclopédique ennuyeux ou en résumé superficiel du JT.
La Chine ne sert pas que de décor exotique cliché plein de kung-fu et de nids d’hirondelle. Pour ce que j’ai pu en juger – je suis spécialisé Japon, pas Chine –, le roman est bien documenté, que ce soit le cadre, la culture, la politique… Idem à plus large échelle avec les enjeux géopolitiques et géostratégiques de la région que je connais bien pour passer pas mal de temps dans le coin (ça peut toujours être utile de savoir de quel pays viendra la bombe qui me pulvérisera pendant que je siroterai une mousse dans le Gion, une geiko sur les genoux).

Attention quand même où tu mets les pieds. Sauf si tu t’appelles Chuck Norris, puisqu’on sait tous que tu les mets où tu veux et souvent dans la gueule. Blackstone est un roman exigeant. A la fois riche dans son background, foisonnant avec ses histoires politico-diplomatico-militaro-et-cetero, soutenu par son lot d’intrigues-péripéties-révélations-retournements-de-situation (j’avais un stock de tirets à finir). Exigeant ne signifie pas incompréhensible ou confus, juste qu’il demande une bonne dose d’attention. Il ne s’agit pas d’un roman pour se vider la tête, faut suivre l’histoire de près. Après, rien d’excessif non plus, pas besoin de douze doctorats ni d’un QI de 280 pour comprendre l’histoire.

Alors Blackstone ? Bien, bien, bien. Pas le roman qui me fera devenir un adepte du genre, mais un bon moment de lecture. M’intéressant de près à la géostratégie et à la géopolitique de la mer de Chine, j’ai trouvé dans ce bouquin une fiction intéressante et bien fichue sur la question (et pas si fictive que ça sur bien des points…). Ceux que le sujet passionne y trouveront leur compte, de même que les amateurs de techno-thrillers, thrillers politiques, romans d’espionnage, ainsi que toute personne qui se touche en pensant à Jack Bauer (ou Jack Ryan ou un autre Jack de la profession).

PS (post-scriptum, rien à voir avec les baltringues à la rose) : Black$tone est sorti hier, il s’agit de la dernière publication en date des éditions Fleur Sauvage. Elle pourrait même être la dernière tout court. Si, parmi les lecteurs d’Un K à part, il se trouve un Bruce Wayne ou un Tony Stark pour compléter la cagnotte Ulule, ce serait sympa, merci. Pour le cas où tu ne pourrais pas donner beaucoup mais juste un peu, ce serait tout aussi sympa et merci tout autant.

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