Wolverine : Le Combat de l’immortel – James Mangold

Wolverine : Le combat de l’immortel nous narre les aventures de Logan au Japon, cadre brossé avec la candeur d’une aventure de Oui-oui au Pays du Soleil levant. Et c’est nase.

Affiche film Wolverine Le combat de l'immortel Hugh Jackman

J’attendais mieux de James Mangold, dont j’avais adoré Une vie volée, Copland et Identity. Après, vu le peu de marge laissée par la machine X-Men et le calibrage d’un blockbuster, fallait pas non plus trop en demander.
Le film semble avoir été torché sur un coin de table. Le niveau des effets spéciaux est honnête, sans plus, et loin de ce qu’on est en droit d’attendre d’un budget de 80 millions de dollars. On a droit à un rythme en dents de scie, à des dialogues mille fois entendus (l’immortalité est une malédiction, pfff), des scènes déjà vues donc prévisibles (affrontement final dans une base secrète où, au lieu de tuer cash Wolverine, le méchant se lance dans un long blabla pour raconter son super plan machiavélique). Les facilités, raccourcis, incohérences et détails foireux tirent encore le film vers le bas. Mauvais film donc.
Mais assez marrant au second degré – celui du spectateur, parce qu’il n’y en a pas une once à l’écran.

Festival de l’inepte, du poussif
et de l’incohérent

Niveau balourdise, je ne prendrai qu’un exemple au début du film. Logan vit dans la forêt, brisé et tristounet, bouh. Fuyant la société des hommes, il se la joue ermite barbu et affublé d’une tignasse qu’un coiffeur attaquerait à la machette pas moins. Bref, la symbolique de l’ours mal léché dans toute sa splendeur. Et il croise un ours. Merci de pointer l’évidence du doigt et de prendre le spectateur pour un con…

Les bidules scientifiques rappellent une partie d’AD&D quand le MJ, à court d’idées, lâche “c’est magique” pour se dispenser d’explications. Dans Wolverine, on ne compte plus les explications balancées par des personnages censés ignorés certains détails mais qui sont quand même au courant comme s’ils avaient accès au scénario.
Par exemple, comment Yukio sait-elle que Wolverine fait des cauchemars toutes les nuits alors qu’elle le connaît depuis cinq minutes ? Elle sait, point. C’est magique.

Il faut que scénaristes et réalisateurs arrêtent de faire courir des gens sur les toits de trains lancés à pleine vitesse, ce genre de scène ne tient pas debout (ah, ah !).
Tant qu’on parle de la scène du train, qu’on m’explique comment une nana qui vient d’échapper à une fusillade et un enlèvement peut écouter tranquillos son MP3 dix minutes plus tard comme si rien ne s’était passé. Et ne parlons pas du trajet Tōkyō-Ōsaka qui semble ne durer qu’une demi-heure alors qu’il est cinq fois plus long IRL.
Je n’ergoterai pas non plus sur le fait qu’aucun passager ne remarque des mecs qui se savatent et tombent du train ni les wagons éventrés ou lacérés de partout. Notez que personne ne remarque jamais rien, à commencer par la police, qui n’existe pas. Vous pouvez vous cartonner en pleine rue au flingue, à l’arc ou au sabre, jamais vous ne croiserez la maréchaussée. Elle est sans doute partie faire la sieste et comme il ne faut pas réveiller un flic qui dort…

Le passage à Nagasaki tourne à la foire ininterrompue de n’importe quoi.
De l’aveu de Logan, se planquer dans la propriété familiale était une idée débile puisque les méchants commenceraient par chercher là. À peine arrivé, il n’élève plus d’objection. Ah ?…
Là-dessus, un arbre s’abat sur la route (oui, je cherche encore aussi le rapport). Une petite vieille vient chercher Mariko pour dégager le tronc. Pourquoi elle, gaulée comme une crevette ? Mamie a sans doute deviné la présence du Glouton, le seul à même de manier une hache dans la baraque, sauf qu’elle qu’elle n’est pas censé savoir qu’il est là. Pourquoi ne pas être allée demander à quelqu’un d’autre ? Nagasaki semble peuplée de femmes, d’enfants et de vieillards, sans doute parce que les hommes valides sont partis envahir la Birmanie ou défendre Iwo Jima.
Logan se tape ensuite Mariko, au motif qu’une romance figurait au cahier des charges, peu importe qu’elle sorte de nulle part. Juste avant, ils avaient mangé une pomme. Quelle symbolique, mes amis ! Une pomme ! En plus la méchante du film s’appelle Viper ! C’est beau la symbolique biblique… dans un cadre japonais où les catholiques représentent 0,5% de la population…
Wolverine a le sommeil léger et passe son temps à se réveiller à cause de ses cauchemars… sauf au moment où sa gonzesse se fait enlever sous son nez ! Là, il roupille profond de chez profond. Grâce à une “subtile” astuce de scénario, il parvient in extremis à choper un des kidnappeurs pour lui soutirer des informations. Aussitôt déboule Yukio qui aux dernières nouvelles se trouvait à Tōkyō. Soit sa bagnole roule à Mach 10, soit un glissement de terrain a réduit la distance avec Nagasaki. Mille bornes, cinq minutes de trajet. Ils partent en voiture vers la capitale. Yukio attend d’arriver à Tōkyō pour balancer ses révélations, parce que dix heures de route pour parler, ç’aurait été trop con d’en profiter.

Le cœur de l’histoire, la perte de la régénération de Wolverine, est flingué par un détail qui aurait pu être évité : Logan constate que les balles qui entrent, ça pique, mais il ne meurt pas pour autant. Magique. Avec ou sans pouvoir, il peut sortir ses griffes sans se pulvériser la main. C’est magique aussi. Ou ballot, au choix.

Les personnages manichéens, OK, c’est le genre qui veut ça. Mais quand même…
La blonde scientifique mystérieuse à qui ne manque que le néon “attention méchante” sitôt qu’elle apparaît. À peine repompée de Poison Ivy en plus… Qu’elle s’appelle docteur Green et s’habille en vert me conforte dans l’idée que l’univers X-Men s’adresse à un public qu’une lobotomie ne rendrait pas moins con.
Que dire du ministre “j’ai une tronche de grand vizir avec ma moustache et mon bouc donc je suis un traître en puissance” ?…
Je cherche encore d’où sort le premier Samouraï d’Argent qui tombe comme un cheveu sur une soupe miso. Un type meurt poignardé à la gorge, empoisonné, infecté et noyé – syndrôme Raspoutine –, se relève (?) sans une égratignure (??) enfile une vieille armure dite du Samouraï d’Argent (???) et attaque Wolverine juste parce que c’est dans le scénario (????). Sauf qu’en fait le Samouraï d’Argent, c’est pas lui bien qu’il porte l’armure, c’est un autre gars avec une armure en adamantium (que j’aurais pour ma part appelé le Samouraï d’Adamantium, mais bon).
Passons sur les méchants très cons qui déballent le morceau sitôt qu’on leur fait les gros yeux et laissent des indices hénaurmes, jusqu’à l’adresse de leur base “secrète”, pleine de ninjas comme il se doit.

Wolverine ninja nanar
Des ninjas dignes du pire nanar.

Festival du lieu commun

Jamais vu autant de clichés en aussi peu de temps… Sans brosser un portrait ultra réaliste de la société japonaise, je veux bien comprendre qu’il faille placer quelques éléments pour que le décor “fasse Japon”. De là à placer tous les lieux communs, mais alors tous de chez tous, c’était peut-être un poil excessif.

Rien ne nous sera épargné : karaté, katana, kimono, Shinkansen, love hotel, funérailles bouddhistes, yakuza, cloisons en papier, cosplay, pachinko, néons tokyoïtes, ninja, héroïne manga, armure de samouraï, planter de baguettes qui porte malheur et autres boulettes de gaijin, mention de tous les termes attendus (gaijin, rōnin, honneur, etc.)… Le Japon de carte postale exhaustif ou presque. Il manque une geisha et une écolière pour compléter le tableau.

Tous les Japonais sont experts en arts martiaux et passent leur temps libre à s’entraîner au kendō. Ils possèdent des sabres – forcément très anciens – qu’ils manient avec la dextérité du dieu de la guerre lui-même. Le décret Haitorei de 1868 interdisant le port du sabre a semble-t-il été abrogé, chacun se promenant avec sa petite lame, tranquille.
Un sabre japonais produit un son cristallin, qu’on le dégaine ou rengaine, qu’il fende l’air ou frappe une autre lame. Son tranchant est si acéré qu’il découpe même les regards (cf. la séquence souvenir du bunker où la lame fait “tchouïng” juste parce que Logan l’admire).

Si tu es une héroïne japonaise moderne, tu as l’air de sortir d’un manga avec ta coupe et ta couleur de cheveux improbable. Sinon, tu n’es qu’une faible femme effacée, plus fragile qu’une fleur de cerisier. Le kimono est le seul vêtement que tu connaisses, car tu t’habilles encore comme il y a un siècle. Dans la vie, tes tâches se résument à préparer le thé et te faire kidnapper. Vive le progressisme… S’il est vrai que le Japon a encore du chemin à parcourir niveau égalité hommes-femmes – comme tous les pays du monde – on n’en est quand même plus au XIXe siècle.

Dans ce Japon idéal de scénariste hollywoodien, chacun se conforme aux valeurs traditionnelles associées au Japon. Toutes. Toujours. À fond. Une vision encore plus idéalisée que le plus vertueux des codes de samouraï…
Comme on n’est plus à une contradiction près, les mêmes personnages parviennent aussi à ne respecter aucune valeur. À la fin du film, il doit rester en tout et pour tout deux Japonaises fiables. Les autres sont des vendus, des mercenaires, des corrompus, des bandits, des traîtres, des renégats… Dans l’esprit américain, l’Asiatique reste fondamentalement un connard arriéré aux petits yeux pleins de fourberie.

Wolverine combat ninja manga samourai
Samouraï old school versus ninja manga. Qui a dit cliché affligeant ?

Navrant.
À bien des égards, Wolverine aurait pu devenir un sympathique nanar à ninjas. Mais non. La cascade de clichés sur le Japon, j’ignore s’il faut en rire ou en pleurer. L’absence de second degré me fait pencher pour la deuxième option. À ce niveau de stéréotype, on tombe dans la caricature raciste.
Morale du film : le missié blanc, après s’être tapé une indigène et avoir sauvé la populace locale, se barre sans se retourner, inchangé car imperméable à tout ce qui ne relève pas de sa “culture” américano-bourrine.

Coupe ongles
Wolverine, tu ne mérites pas mieux que ça.
Publié le Catégories Chroniques ciné

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