Simetierre – Stephen King

Simetierre
Stephen King

J’ai Lu

“Il” est revenu et pour une fois on ne parle pas d’un clown cabriolant.
Simetierre, le roman, raconte grosso modo qu’il vaut mieux laisser les morts reposer en paix plutôt que vouloir coûte que coûte les ramener à la vie.
Simetierre, l’épopée cinématographique… ben pareil en fait.

Couverture Simetierre Stephen King J'ai Lu Epouvante Lego
Pet Sematary sur un cimetière de pets. Ou un roi sur le trône.

Or donc, en ce mois d’avril 2019, Simetierre vient de ressortir au cinéma sous la férule de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer. Pour bien faire les choses avant d’aller user mon fond de culotte dans une salle obscure, j’ai relu le roman de Stephen King paru en 1983 (1985 pour la VF), revu la première adaptation ciné et sa suite par Mary Lambert (1989 et 1992).
Le père King avait raison : ressusciter les morts, c’est pas une bonne idée, ils reviennent dans un sale état.
La cuvée 2019 se pose là dans le genre insipide. Tu fais toc toc dans le film, il sonne creux comme un séant après un week-end à La Fistinière. Rien à sauver de ce machin ni fait ni à faire.
Simetierre 2, on ne sait pas trop où le situer entre série Z, navet et nanar, m’enfin dans tous les cas, passe outre et économise deux heures de vie que tu consacreras à des activités plus constructives (te couper les ongles des pieds, lire ce blog, ériger la plus grande pyramide d’œufs du monde…).
Reste le tout premier film… qui n’est pas exempt de défauts (la moitié des acteurs sont très moyens), qui n’a pas très bien vieilli (la mise en scène a aujourd’hui un côté très téléfilm), mais qui est un bon film en soi et, au regard du bouquin, une bonne adaptation.

Quant au roman, la source de tous les maux à son corps défendant, je le caserais dans les incontournables de King, avec les qualités et défauts habituels.
La base de Simetierre est faible. Déjà, à l’époque, bonjour le festival du cliché. Une gentille famille américaine s’installe dans une nouvelle maison. Pas de bol, la baraque est construite à proximité d’un cimetière pour animaux, lui-même installé à côté d’une nécropole indienne, source bien connue de micmacs surnaturels. Les nouveaux venus se lient avec leur voisin. Quand le voisin est jeune, c’est un psychopathe qui cherchera à les décimer. Ici, il s’agit d’un vieux, “donc” un expert en histoire locale depuis le Big Bang. Le papy a pour fonction de distiller les informations au bon moment du scénario et de donner des avertissements inutiles. Enfin inutiles… Ils servent de moteur narratif : l’ancêtre n’a qu’à dire “n’allez surtout pas là-bas” pour que tout le patelin s’y rue ventre à terre et ouvre la boîte de Pandore pour libérer des volées de péripéties.
Voilà pour les fondations de Simetierre et sur le papier, c’est pas Byzance.
L’intrigue ne brille pas non plus par son inventivité. Linéaire comme la route qui passe à proximité de la maison des Creed. On voit arriver gros comme un semi-remorque ce qui va se passer à cause de cette route, idem les conséquences, péripéties et rebondissements. La virée au cimetière qui ressuscite les morts (ce qui assez contradictoire pour un cimetière quand j’y repense)… lesdits morts qui ne reviennent pas dans le même état après leur séjour interrompu du côté obscur… la suite de décisions très humaines mais chaque fois plus débiles de Louis, le pater familias… Nan, parce que le gars qui comprend pas au bout de deux fois que planter des macchabées dans un cimetière indien est une idée foireuse et qui va quand même recommencer une troisième fois, au cas où les mêmes causes ne produiraient pas les mêmes effets, j’appelle ça une décision débile (ou “garder le cap” comme on dit en politique).
Là-dessus s’ajoutent les deux défauts récurrents de Stephen King. Primo, une mise en place interminable, avec de longues descriptions, qui n’ont rien d’un mal en soi quand elles sont bien employées, mais en deviennent un à force de surplus de détails, de digressions, de surexplications. Secundo, la manie d’expliciter la thématique – à plusieurs reprises en plus – des fois que le lecteur serait trop bête pour la comprendre tout seul. Limite si un personnage ne s’adresse pas directement à toi en balançant : “le livre que tu tiens entre les mains te parle de la perte et du deuil”.
Une fois n’est pas coutume avec King, il s’agit encore d’un roman qui aurait gagné un toilettage pour expurger les longueurs.

Et pourtant, Simetierre est un de ses meilleurs bouquins. King parvient à transcender son gloubiboulga de clichés pour raconter quelque chose. Lu au premier degré, Simetierre passe pour une banale histoire de zombie. Ce n’est pas le sujet du livre. Simetierre, c’est le deuil impossible, le déni d’un individu face à la mort et, à travers lui, le portrait de la société contemporaine qui refuse la mort.
En parallèle à King, je recommande la lecture de Philippe Ariès, L’Homme devant la mort. “La mort est maintenant si effacée de nos mœurs que nous avons peine à l’imaginer et à la comprendre”. Et par conséquent peine à l’accepter. Au point qu’elle prend des airs contre-nature. La petite famille Creed représente la jeune génération, si peu habituée à la mort que franchir les limites naturelles lui paraît moins transgressif qu’accepter la mort et faire son deuil. Un comble quand on sait que Louis Creed est médecin et que les mourants font partie de son job. D’un autre côté, les toubibs barrés qui ont du mal avec l’idée et la réalité de la mort, on en connaît d’autres, suivez mon regard vers Victor Frankenstein ou Herbert West.
Armé de sa pelle à écrire, King joue les fossoyeurs et creuse cette thématique avec brio, faisant de Simetierre une de ses œuvres les plus sombres. Après Jack Torrance dans Shining (où il y avait déjà un cimetière indien…), King embarque Louis Creed dans une montée progressive vers la folie. La tension ne doit rien à la surprise – il n’y en a aucune, chaque scène est prévisible – mais au drame qu’il dépeint, à la fois drame familial et individuel. À la limite, le roman aurait pu se passer d’éléments fantastiques, se cantonner à des hallucinations sur l’air de “je vois des matous qui sont morts”, et atteindre le même niveau d’excellence.
D’autant qu’on pouvait craindre le pire sur le versant fantastique. Parti d’un topos plus éculé que Roxy Raye après une mise au poing, King donne à son cimetière la dimension d’un personnage à part entière. Une histoire, une fonction, une symbolique, un background complet avec des Micmacs et du Wendigo dedans… De quoi bâtir un cadre surnaturel plus solide que le carton-pâte habituel dans le domaine du cimetière amérindien. Pas pour rien si le bouquin s’appelle le cimetière des prouts Pet Sematary plutôt que La nuit des chats morts-vivants.

Sur un terreau qui ne partait pas gagnant (un cimetière indien, sans blague, Stephen, t’avais pas mieux en stock ?), Simetierre réussit le pari de mélanger drame psychologique, récit de folie, histoire de zombie, thématique intelligente autour de la mort et du déni. Un des meilleurs bouquins du bonhomme.
Dans la même veine, je conseille aussi Sac d’os. L’histoire de Mike Noonan qui a perdu sa chère et tendre m’a un peu plus parlé que celle de Louis Creed, vu que je connais le sujet.
Ces deux titres proposent une excellente réflexion sur le deuil. Deux bonnes occasions de se réconcilier avec la mort pour ceux qui sont rétifs au concept (ce qui ne vous empêchera pas de crever comme tout le monde).

Vous pouvez tous crever garage
L’humour des vendeurs de pneus, ça laisse des traces.

2 réflexions sur « Simetierre – Stephen King »

  1. Super chronique ! J’avais adoré Simetierre ET Sac d’os, il faut que je les relise les deux ! Merci pour cet article rafraîchissant, j’ai bien ri ^^

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