SFFF (3) Fantastique

Bianca Beauchamp Catwoman en latexLe plastique, c’est fente astique fantastique

Des trois genres qui constituent la SFFF, le fantastique est le plus paradoxal. Genre de l’entre-deux, du doute, il a pourtant la définition la plus précise et la plus claire.
L’irruption du surnaturel dans un cadre posé comme réaliste.
La définition du fantastique fait à peu près consensus. Pour une fois. Qu’on se rassure, tout autour, c’est flou artistique et compagnie.

Tzvetan Todorov, dans son Introduction à la littérature fantastique, limite le fantastique à ce moment d’incertitude entre l’explication rationnelle et la surnaturelle. Le texte date de 1970 et en cinquante ans, le genre a eu le temps d’évoluer. Le gag, c’est qu’aujourd’hui, sa vision est à la fois considérée comme dépassée, pas avare de partis pris (cf. les critiques de Stanislas Lem) mais toujours utilisée comme canonique.
“Dans un monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons, sans diables, sylphides, ni vampires, se produit un événement qui ne peut s’expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une des deux solutions possibles : ou bien il s’agit d’une illusion des sens, d’un produit de l’imagination et les lois du monde restent alors ce qu’elles sont ; ou bien l’événement a véritablement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous. Ou bien le diable est une illusion, un être imaginaire ; ou bien il existe réellement, tout comme les autres êtres vivants : avec cette réserve qu’on le rencontre rarement. Le fantastique occupe le temps de cette incertitude ; dès qu’on choisit l’une ou l’autre réponse, on quitte le fantastique pour entrer dans un genre voisin, l’étrange ou le merveilleux. Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel.”
Déjà, je suis moyen d’accord avec “le monde qui est le nôtre”. Les anciens Grecs vivaient sur la même planète, le même monde, avec les mêmes lois physiques. Todorov oublie la notion de représentation du monde – très axée fantasy dans les cas des Grecs – qui n’est pas le monde. Ce détail de la représentation a son importance parce que Toto semble considérer que le surnaturel fait irruption dans le monde réel. Mec, t’emballe pas, ça ne se passe pas IRL, c’est de la fiction, une représentation du monde réel qui n’existe pas pour de vrai.
Ensuite, “doit opter pour l’une des deux solutions possibles”, pourquoi ? Le personnage peut, il ne doit rien. En plus, formulé comme ça, on a l’impression que le choix est à la fois assuré et définitif. On peut se planter, choisir au pif, suspendre son jugement, revenir dessus…
Pire, le fait qu’une “loi soit inconnue de nous” ne signifie pas qu’elle relève du merveilleux, juste… ben de l’inconnu. Des tas de trucs magiques à une époque ont une explication scientifique aujourd’hui, et autant de choses qui nous échappent maintenant finiront par en trouver plus tard. D’où le tiers choix de suspendre le jugement, qui revient à rester dans le rationnel tout en avouant son ignorance.
Enfin, si choisir l’explication surnaturelle revient à sortir du fantastique pour basculer dans le merveilleux, il n’y a plus besoin de fantastique en tant que tel, autant tout mettre dans la fantasy. Sauf que ce serait crétin, le postulat sur la place du merveilleux dans chacun de ces genres se situe aux extrêmes.

Moralité : toujours garder du recul (comment veux-tu, comment veux-tu…) par rapport aux ouvrages thérotiques… euh… théoriques sur les genres, le fantastique comme les autres. J’entends bien qu’au terme de la démonstration il faille arriver à une conclusion, mais celle-ci a trop souvent tendance à se poser comme une vérité absolue, forcément juste, la seule qui vaille, définitive et immuable.
Mon ouvrage préféré sur le sujet reste Anatomie de l’horreur de Stephen King. On lui a reproché sa subjectivité et son manque d’académisme, il ne s’en est jamais caché. Le père King te propose une façon de voir, vendue pour ce qu’elle est : son point de vue à lui, son humble avis et rien d’autre. L’humilité est assez rare dans le domaine pour que son bouquin mérite le coup d’œil.

Ghostbusters Who ya gonna call
Who ya gonna call?

Le cas d’école du fantastique reste Le Horla de Maupassant. Dans un cadre réaliste, projection de notre monde à nous, le narrateur est confronté à des choses qui dépassent son entendement. Il y voit l’intervention d’un élément perçu comme surnaturel, le Horla.
A l’inverse de ce que disait Todorov, ce n’est pas à “celui qui perçoit l’événement” de choisir mais au lecteur, qui peut suivre le narrateur sur le terrain de l’histoire de fantôme ou opter pour l’explication du trouble mental (dédoublement de la personnalité, absences, paranoïa, hallucinations…). Pur fantastique… ou pas si on s’en tient à une histoire de folie. Là où Todorov a raison, c’est qu’il y a bien incertitude et présence d’une option vers le surnaturel (absente d’un Fight Club, histoire de folie qui, elle, ne relève pas du fantastique).
Le fantastique, affaire d’ambiance, en fait, à travers l’angoisse que suscitent l’inconnu et la perte des repères habituels.

Chocolatine Club par Un K à part
Règle n°1 : on ne parle pas de chocolatine (parce que ça s’appelle un pain au chocolat).

Parmi les casse-noisettes de la classification, on citera Howard Phillips Lovecraft. Il écrit de l’horreur-épouvante, branche qu’on accole en général au fantastique, la peur qu’elle instille étant souvent liée à une bestiole monstrueuse… mais pas toujours, loin de là, cf. Du feu de l’enfer de Sire Cedric et son horreur qui se rattache au thriller. Par chance, on n’est pas là pour se poser la question de savoir si l’horreur constitue ou pas un genre en soi. Pour ceux que l’entreprise intéresse, vous avez quatre heures.
Revenons-en à nos moutons et nos mille chevreaux. Dans les textes de Lovecraft, on croise des goules, des sorciers, des grimoires qui permettent d’invoquer des créatures indicibles… Pour autant, les éléments de merveilleux ne permettent pas de le classer en fantasy (encore que, le cycle des Contrées du rêve…). Les bidules magiques, surnaturels, paranormaux ne font pas partie du quotidien, ils ne constituent pas la norme pour le commun des mortels qui vivent (ou croient vivre) dans un cadre réaliste soumis aux lois naturelles. L’entendement des héros de Lovecraft est mis à mal par ce qu’ils découvrent, par l’irruption de l’extraordinaire. Fantastique, donc. Mais pas que. Les récits lovecraftiens débordent d’entités cosmiques, d’extraterrestres, de civilisations étranges à l’autre bout de la galaxie. Avec des thématiques comme la place (insignifiante) de l’homme dans l’univers, les anciens astronautes, les limites et les risques de la science, le bonhomme se classe aussi bien en science-fiction.
On en revient au problème des genres et de leur définition, basée sur des critères hétérogènes. Science-fiction pour le décor et le questionnement, fantastique pour l’ambiance, plus un soupçon de merveilleux pour les accessoires, le tout dans des proportions très variables d’un récit à l’autre. Lovecraft, c’est le Jean-Claude Van Damme de la littérature, monsieur grand écart entre les genres. Dans son cas, SF seraient plutôt les initiales de science-fantastique.
Son “élève doué”, Stephen King, joue une partition assez proche dans le mélange des genres et éléments. Ça utilise un élément de SF – une entité extraterrestre – pour provoquer cette rupture de la réalité propre au fantastique. Si tu prends Bazaar et Les Tommyknockers, le fantastique du premier et la SF du second ne sont jamais que des prétextes pour aborder une thématique identique, la notion de sens moral. A la différence de Lovecraft, la science-fiction n’est pas le sujet chez King (sauf cas particuliers bien sûr des récits 100% SF comme Running Man), juste un gagdet.

Sa le cloune est de retoure par Un K à part
Bescherellophobie

Dernier cas, qui va m’offir une transition vers le dernier épisode : la fantasy contemporaine. Vu le nom, pourquoi en parler dans le fantastique ?
(Allez, retour à la ligne pour ménager un suspens de folie !)
Je vais prendre Felicity Atcock (enfin, quand je dis que je vais la prendre, on se comprend). L’univers se situe à cheval entre fantastique et fantasy. Le monde est perçu comme “normal” pour tout le monde ou à peu près. Le surnaturel vit caché ; quand il apparaît, il y a rupture. Donc plutôt fantastique. Sauf que cet élément surnaturel est constitutif de l’univers de la série, plein de magie et de créatures fabuleuses. Donc franchement fantasy. Suffit de voir la trajectoire du personnage : Felicity se trouve au début du premier volume dans une situation de fantastique avec irruption du merveilleux dans sa vie, avant de l’intégrer comme une donnée du quotidien. Quand tu passes 7 tomes à ne pas t’étonner de croiser anges, démons, loups-garous et sorcières, tu vis dans la fantasy. CQFD.

Les anges ne savent pas tirer par Un K à partLe bric-à-brac de l’imaginaire :
SFFF (1) Metal hurleur ;
SFFF (2) Science-friction ;
SFFF (4) Fantasy.

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