Oculus – Mike Flanagan

Oculus, film d’horreur américain de 2013, rebaptisé The Mirror pour sa sortie DTV française (pourquoi ne pas l’avoir appelé Le Miroir ?) en 2015. Perso, je l’appelle La bouse, parce que c’en est une.

Affiche film Oculus
Sur le premier jet de l’affiche, Rocco Siffredi se tenait derrière le miroir et le film s’appelait Enculus.

Comme beaucoup de films à chier, Oculus est vendu sur le CV de son producteur comme si c’était un gage de qualité. En plus, Paranormal Activity, je sais pas s’il y a tellement de quoi s’en glorifier…
Je rappelle qu’un producteur n’est pas un homme de l’art mais un homme d’argent, il s’en fout que le film soit bon ou pas. Cela n’a rien d’une critique, le blé est nécessaire pour créer un film et faut qu’il en rentre derrière pour rembourser les coûts. Mais faut bien se mettre en tête que les choix du producteur n’ont rien d’artistique et visent le produit rentable, pas le καλὸς κἀγαθός.

Passons à l’œuvre en tant que telle.
De quoi s’agit-il ? Un miroir maudit tue des gens.
L’objet maudit, thème moultes fois abordé en 10000 ans de mtyhes, 130 ans de cinéma, 6000 d’écriture, plus le théâtre, l’opéra (L’Or du Rhin) et autres formes artistiques. On a TOUT balayé sur le sujet qui est par essence éculé à l’heure actuelle. Il n’empêche qu’on peut proposer du neuf et de l’originalité à travers le traitement du sujet. Ici, grosse déception.

Faudrait rebaptiser ce film Redondant Activity : tout fait doublon en son sein.
En 2005, Mike Flanagan avait pondu un court-métrage, Oculus. Les choses auraient dû en rester là. Premier doublon, il décide de s’auto-remaker et (re)pond Oculus (quelle imagination dans le choix du “nouveau” titre…). De son propre aveu, il n’a pas assez de matériau pour un long. À quoi je réponds : mec, si t’as pas de quoi tenir un long, n’en fais pas, tiens-t’en au court… ou apprends à écrire un scénario étoffé. Bref. Par conséquent, il va dédoubler son histoire, plaçant une intrigue maintenant et l’autre onze ans plus tôt. Le film va donc raconter deux fois la même chose, soit une de trop.
M’étonne pas que Stephen King ait aimé, moitié parce qu’on dirait une de ses histoires – mais une qui aurait été très mal adaptée – et moitié parce qu’il a des goûts de chiotte en cinéma (ne pas aimer le Shining de Kubrik en est la preuve, sans parler de son Maximum Overdrive).

Pour être sûr de bien tout foirer, Flanagan opte pour la technique casse-gueule du flashback. Les détails évoqués à l’époque contemporaine flinguent chaque vois les scènes passées puisqu’on connaît leur dénouement. Toute tension se trouve dès lors tuée dans l’œuf et pour un film qui repose sur l’ambiance plus que sur les scènes choc, il ne reste rien.
Les quinze premières minutes suffisent au spectateur pour reconstituer l’histoire arrivée onze ans plus tôt, prophétiser les événements contemporains, échaffauder deux, trois théories sur l’histoire du miroir, prévoir autant de fins possibles et miser sur la bonne (càd, connaissant les producteurs, la plus ouverte et la plus porteuse de suite possible). Quinze minutes… quand on pense qu’il a fallu huit ans à Flanagan pour en arriver là…
Ensuite, on se fait chier une heure trente, à osciller entre “je l’avais dit” (soupir d’ennui) et “j’avais raison” (gloussement de satisfaction).
On ne s’attachera pas aux personnages pour la même raison : les parents, on sait qu’ils vont crever ; les gamins, on sait qu’ils vont survivre ; les mêmes gamins une fois adultes, on a juste envie de les baffer.

L’histoire du miroir aurait pu être intéressante, mais son origine est “inconnue” et son pedigree se résume à une interminable litanie de décès. D’où vient-il ? qui l’a fabriqué ? comment est-il devenu maudit ?… Bonnes questions. On peut toujours que c’est pour jouer sur l’angoisse du mystère et faire travailler l’imagination du spectateur. Mouais, pas convaincu. Y a des limites. À un moment, faut qu’on ait de quoi appuyer notre imagination, parce qu’on ne peut pas bâtir sur rien. Idem pour ce qui est de laisser planer le doute sur la nature maléfique du miroir. Si certains pensent encore qu’on pourrait éventuellement envisager que peut-être il s’agit juste d’une histoire de gens qui perdent la boule… ben soit ils n’ont pas vu le même film soit ils sont très très cons.
En plus, la scène de présentation du miroir est d’une longueur… Pour rien, si ce n’est égréner des noms de macchabées. Un objet maudit, par définition, on s’attend à ce qu’il s’assortisse d’une foultitude de décès : les développer en intégralité relève de la redondance.

Côté réalisation, redondance encore. Dans la lignée des Paranormal Activity-like, les personnages sortent pléthore de caméras pour filmer les phénomènes louches. La pseudo mise en abyme de la caméra du réalisateur filmant la caméra des protagonistes crée certes un effet de style, mais ça n’apporte rien dans le contexte d’Oculus. En plus, ça a déjà été fait dans d’autres films. Donc doublement inutile.

Oculus The Mirror fantôme
T’aurais pas joué dans Ring, toi ?

À l’arrivée, rien à sauver à part l’ancre et la pomme, que je ne spoile pas si vous avez le courage de vous taper ce pensum.
Si vous voulez des miroirs, je vous conseille Blanche-Neige (avec en plus un goût de pomme) ou Alice au Pays des Merveilles – les histoires originales, pas les versions Disney. Des pièces interdites où on ne doit pas entrer sous peine de se faire pulvériser la gueule, Barbe-Bleue. Des flash-backs, Ça de Stephen King. Des gens qui perdent petit à petit les pédales, Shining, soit le bouquin de King, soit le film de Kubrik (mais surtout pas la version TV soporifique supervisée par King). Des objets maudits ou possédés, L’Or du Rhin de Wagner, Christine du même King et un paquet de nouvelles de Lovecraft. Combo gagnant, l’épisode “Chinga” (saison 5, n°10) de X-Files avec un objet maudit (une poupée) et un binôme brun-rousse bataillant à coups d’arguments rationnels/irrationnels, le tout sur un scénar de Stephen King. Au vu du nombre d’itérations de son nom, on sent bien que Flanagan possède comme moi l’intégrale de King et l’a lue. C’en est presque insultant de voir des références placées aussi de façon aussi peu subtile.

On citera aussi l’influence évidente du cinéma d’horreur asiatique, japonais surtout et coréen dans une moindre mesure. On pense à Ring et sa fameuse cassette cartonnant ses spectateurs, héritiers des yurei eiga (films de fantômes), eux-mêmes descendants d’une longue tradition de contes, légendes et mythes pleins d’objets maudits. Quant à l’apparition, elle a l’air tout droit sortie de Ring aussi, ou Dark Water, ou Ju-on. Longs cheveux noirs, teint de lait caillé et zœils tout blancs, c’est signé. Idem le rythme lent de l’ensemble (ou le film est peut-être juste mal rythmé). Tout mis bout à bout, à plus d’un titre, Oculus m’a rappelé Memento Mori de Kim Tae-Yong et Min Kyu-Dong, notamment son approche via la déconstruction chronologique.
La fin, pessimiste comme c’est la mode depuis quelques années, n’a rien de bien nouveau non plus si on compare à la J-horror. Jusqu’au début du XXIe siècle, dans le cinéma occidental, les gentils gagnaient neuf fois sur dix contre les vilains fantômes. Rien d’étonnant vu l’héritage chrétien qui veut que le Juste l’emporte sur le Mal. Au Japon, les choses ne sont pas si simples. Les humains se retrouvent souvent démunis face à un monde des esprits qui les dépasse de loin. Et toute la technologie du monde ne vous sauvera pas davantage qu’un cœur pur, les fantômes ont assimilé l’environnement moderne (VHS dans Ring, téléphone portable dans La Mort en Ligne…). Forcément, quand on a testé le “progrès” technologique en prenant des bombes A sur la coloquinte, l’engouement pour la chose se tempère de lui-même… Vous pouvez sortir un arsenal de caméras, PC, portables, iTrucs, vous crèverez quand même à la fin. L’idée a traversé le Pacifique et fait son chemin jusqu’aux USA (et Flanagan) dans le domaine cinématographique.
Le cadre même se ressent de cette influence nippone sur le cinéma d’horreur américain. Il y a un glissement depuis une quinzaine d’années de l’extérieur vers l’intérieur. Longtemps, il a fallu aller chercher le Mal vers les eschatiai, les marges : cimetière ou château draculesque à l’écart du village, cabane au bord du lac et/ou au fond des bois et/ou perdue dans la montagne. On n’était jamais si bien que chez soi, à l’abri ou à peu près. Même un vampire devait attendre d’être invité, c’est dire à quel point le cadre relevait du home safe home. Il suffisait de rester vierge, Blanc, non-fumeur, clean, à jeûn, respecteux des autorités parentale, policière et religieuse. Y a pas plus conservateur que le film d’horreur quand on y repense… Dans la J-horror, le Mal s’invite chez vous sans crier gare, ou vous le croisez dans la rue, à l’école, n’importe où en fait. Vous n’avez transgressé aucune règle ? Osef, les règles du monde des esprits ne sont pas les vôtres. Depuis Ring et ses adaptations, remakes et autres épigones made in USA, le concept s’est répandu en Amérique. Inutile de m’objecter qu’il existait déjà, je le sais, mais pas à cette échelle. Le boom est patent pour le cinéma d’horreur. D’autres facteurs entrent en jeu, qui ont aussi eu leur influence et qu’on retrouve dans d’autres genres cinématographiques, notamment le contexte d’insécurité socio-économique accompagné de son cortège de spectres (chômage, criminalité…) qui se traduit par la vogue des home invasions ou le contexte géopolitique (11 septembre, alias home invasion XXL). Oculus appartient à cette mouvance consistant à ramener le Mal à la maison comme les profs avec leurs paquets de copies. Ici, c’est à travers un objet du quotidien que l’invasion s’opère… enfin, si on considère un miroir à 15000$ et vieux de 300 ans comme un “objet du quotidien”.

L’über-chiantissime Oculus aurait pu être le digne héritier de ces multiples sources dans lesquelles il s’inscrit. L’influence se ressent, faudrait être aveugle pour passer à côté. Pourtant, ce riche héritage accouche d’un parent pauvre, promesse de suites encore plus indigentes et indigestes.
Rien qui n’ait été fait et refait, écrit et réécrit, filmé et refilmé. Rien de “frais” ou de “rafraîchissant” comme j’ai pu le lire ici et là à son sujet. Et sans chercher la nouveauté juste pour dire de faire de l’original, il y avait moyen de faire du bon même avec du matériau de seconde main.
Comme avant lui la chiantissime franchise Paranormal Activity. Un grand bravo à Oren Peli qui croit avoir inventé l’idée géniale d’introduire le mal dans chaque foyer. D’autres le font depuis des décennies. Le grand bravo pour Flanagan, je le garde de côté pour le jour où il annoncera sa retraite ou son suicide, si possible dans pas trop longtemps.

Rocco Siffredi abandon animaux
D’abord le chien, ensuite c’est toi que je vais oculer !
Publié le Catégories Chroniques ciné

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