Liù, esclave impériale – Blanche de Saint-Cyr

Liù, esclave impériale
Blanche de Saint-Cyr

Tabou

Direction le royaume de Nanzhao au IXe siècle. Faute de voiture, il faudra s’y rendre à pinces en traversant l’Empire chinois. Nous arriverons donc à pied par la Chine.

Liu esclave impérial Blanche de Saint Cyr éditions Tabou

Quatrième de couv’
Le royaume du Nanzhao se désagrège sous la menace de l’Empire chinois. Les rivalités et les complots déchirent la cour du roi Taïzu. À son service, Liù est une jeune esclave têtue qui rêve de séduire Calaf, le prince cadet. Malheureusement, c’est Ping, le vicieux héritier, qui répond à ses avances.
Liù, esclave impériale est un roman érotico-historique qui embarque le lecteur dans le Yunnan du IXe siècle, ses histoires occultes et ses intrigues de palais.
Sur fond de magie noire, Liù lutte pour sa survie dans une Chine légendaire peuplée de prédateurs sexuels.

Si j’étais un personnage de cinéma, je pourrais sortir à l’occasion de cette chronique l’éternel “mon grand-père disait toujours”. Parce que dans maints et maints films, le héros a subi dans son enfance le matraquage d’un aïeul à coups de vérités profondes sur la vie… qui neuf fois sur dix relèvent de la banalité la plus affligeante. Ici, la maxime donnerait quelque chose comme “la vie est pleine de coïncidences”. Merci du renseignement, pépé, je mourrais moins bête.
Que je vous raconte ladite coïncidence.
Or donc, il y a quelques semaines, je me rendais dans la capitale pour le salon de la littérature érotique. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai acheté Liù, esclave impériale. Pendant le trajet vers Lutèce, je lis, dans un registre très différent, Gâteau d’amour de Sophie Jomain, où je tombe sur une mention de l’opéra Turandot. Faut savoir que je suis une bille en opéra, faute d’avoir compris l’intérêt de s’exprimer en poussant la chansonnette à tue-tête avec un orchestre qui se démène derrière. Juste parler pour dire ce qu’on a à dire, ça marche aussi bien et ça fait moins de bruit. Bref, l’opéra m’ennuie et ma culture générale accuse de grosses lacunes dans ce domaine. Elle ressemble à un gruyère très aéré, tout en creux et orifices, plus perforé que Riley Reid après une journée de tournage.
Donc Turandot, le titre me disait quelque chose mais sans plus. Ne ratant jamais une occasion de combler un trou, je me renseigne en jetant un œil sur Wikipedia. Là-dessus, de retour dans mes pénates après mon salon parisien, j’attaque la lecture de Liù. Et paf ! Je tombe sur une Liù (jusqu’ici rien que de très normal, le titre annonçait la couleur), un Calaf de sang royal, une princesse sanguinaire qui inflige des épreuves mortelles à ses prétendants. Comme dans Turandot ! L’opéra de Puccini est en effet la principale source d’inspiration du roman de Blanche de Saint-Cyr. Je serais passé à côté si je m’étais contenté d’un “ah tiens, Turandot, ça me dit rien mais osef” en lisant Gâteau d’amour.
Moralité : quand vous tombez dans un bouquin sur une référence que vous connaissez peu ou pas, faites preuve de curiosité, ça vous resservira pour d’autres lectures.

Ceci posé, si vous n’avez jamais assisté à une représentation de Turandot ni lu le livret de l’opéra (qui est en italien, histoire de ne pas faciliter les choses), pas de panique, vous ne perdrez que la source d’inspiration et rien quant au contenu intrinsèque de Liù, esclave impériale. Le bouquin reste accessible au plus grand nombre, pas besoin de sortir de Polytechnique ou de Saint-Cyr (désolé, Blanche, c’était trop tentant). L’auteure est partie de Puccini pour raconter sa propre histoire, sans se contenter d’une resucée ou d’un “pine-off” (genre de spin-off avec des scènes de sexe en plus).
Sexe. Le mot est lâché, comme la purée. L’éditeur, Tabou, est spécialisé dans les ouvrages touchant à l’érotisme et à la sexualité. Le nom de la collection, Les jardins de Priape, ne laisse aucune équivoque, ledit Priape étant connu pour caracoler parmi le panthéon de la Grèce antique en exhibant un braquemart XXL. On ne s’étonnera donc pas que le roman regorge de zizis et de zézettes, c’est le principe de la littérature érotique.

Premier bon point, les nuits de Chine se révèlent bien plus câlines que ne le laissait supposer la chanson de Bénech et Dumont. On n’est pas volé sur la quantité, avec de nombreuses scènes de sexe. Elles sont aussi très diversifiées : du classique un monsieur et une madame tout nus jusqu’aux fantaisies avec des carottes ou une bouteille (ces deux dernières scènes étant mes préférées), en passant par le tantrisme, le shibari, la masturbation, la double pénétration, le footjob et j’en passe. La donzelle lubrique teste à peu près TOUT ce qu’il est possible d’essayer. Bravo Liù, tu t’imposes comme une excellente recrue des sens !
Ce côté non itératif, où aucune scène ne ressemble à la précédente, pourra donner une impression d’artifice, comme un catalogue trop éclectique. Ou pas. J’ai pour ma part apprécié cette profusion. Pour avoir lu d’autres ouvrages érotiques ou pornographiques plus thématiques et centrés sur telle ou telle pratique, ils en arrivent vite à tourner en rond pour ne décliner au fond qu’une scène ad libitum et donc ad ennuyum. Le festival de Liù m’a emballé, allant jusqu’à susciter attente et suspense, toujours à me demander quelle serait la prochaine cabriole de la miss impériale.
Pour décrire les actions olé-olé de son héroïne, l’auteure garde le sens de la mesure. Pas de crudité excessive (même quand il est question de carottes), le phrasé mêle explicite et élégance, ce qui cadre avec des personnages gravitant dans la haute société. Pas non plus d’envolées poético-lyrico-éthérées, surchargées de métaphores perchées pour désigner une pine ou une vulve. Là, c’est du concret, bien tourné, on visualise et on profite.

Autre intérêt de ce roman, l’auteure ne se contente pas d’enfiler les scènes de boules. Si l’intrigue présente parfois un aspect artificiel pour introduire certains passages copulatoires, l’ensemble raconte une histoire construite, qui ne tient pas que du prétexte. On notera aussi un travail sur les personnages (au premier chef Liù, Calaf, Taïzu et Fang Yin) pour leur donner une profondeur qui ne soit pas que vaginale ou rectale. Le tout est bien écrit, très au-dessus de la moyenne du genre. On sent le travail sur les tournures, sans trop en faire non plus dans le littéraire.
Quant à l’Histoire avec un grand H, elle n’est pas en reste. Le bouquin tient son double pari d’exotisme et de crédibilité, avec ce qu’il faut de détails pour bâtir un bon décor de Chine médiévale. Là où d’autres confondent roman et communication de colloque sous les auspices de Clio, l’auteure a eu le bon goût d’éviter la surcharge historique et les exposés à rallonge. Après, perso, plutôt qu’au IXe, j’aurais situé l’intrigue à l’aube du siècle suivant – en 902 pour être précis – qui correspond mieux à la chute du royaume de Nanzhao, mais à chacun le choix dans la date.

Liù, princesse impériale n’est pas une histoire de cul écrite à la va comme je te pousse mais un vrai roman, construit comme tel. Après pas mal de déceptions dans le genre, la faute à des bouquins pleins de bonnes idées mais écrits avec les pieds, ça fait du bien de tomber sur une perle. Régalons-nous du chant de la conteuse !

Publié le Catégories Les chroniques

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