Iron Sky – Timo Vuorensola

Le lancement du projet Iron Sky avait suscité un gros buzz lors de son annonce en 2006, créant beaucoup d’attentes autour de cette comédie de SF. Le chemin fut long jusqu’à la sortie en 2012… pour un résultat plus que mitigé.

Affiche film Iron Sky Renate Richter Julia Dietze

Qualifier ce film d’OVNI me paraît exagéré. OK, de but en blanc, le pitch a l’air des plus ovniesques. Des nazis projettent d’envahir la Terre en 2018 depuis la face cachée de la Lune.
Sauf que… Le courant des rescapés nazis complotant pour leur retour et la mise en place d’un IVe Reich comporte pléthore d’œuvres depuis belle lurette et sur tous les supports (littérature, comics, ciné, TV, jeux vidéo…). Des invasions venues de l’espace, c’est pas nouveau. Dans la même veine humoristico-satirique, Mars Attacks vient tout de suite à l’esprit. La face cachée de la Lune est menacée de surpopulation hostile aux Terriens depuis longtemps (les forces de Vega dans Goldorak). L’idée que les Boches puissent disposer d’une base lunaire est vieille de soixante-dix ans. Sauf erreur, elle remonte à 1947 dans le roman Rocket Ship Galileo de Robert Heinlein.
Donc délirant, oui, barré, oui, idée intéressante, oui, mais originale, non. Dès lors que le truc a déjà été pensé et exploité par d’autres depuis trois quarts de siècle, je vois mal comment on pourrait le qualifier d’OVNI renversant sorti de nulle part et à nul autre pareil. Suffit pas de coller une soucoupe volante dans un film pour en faire un OVNI.

Comme beaucoup de spectateurs, Iron Sky m’a déçu. Le film oscille entre le correct sans plus et le très mauvais, avec quelques fulgurances géniales à l’occasion et beaucoup de “mouais bof” tout du long. La faute à un réalisateur à chier (Timo Vuorensola) et des scénaristes moyens (Timo Vuorensola, encore, et Michael Kalesniko) qui n’ont pas su lui donner la pêche ni le mordant qu’il méritait. Une bonne idée mal exploitée.
Le film souffre d’un rythme en dents de scie avec des longueurs et d’un casting moyen – exception faite de Julia Dietze, mais l’effet porte-jarretelles nuit peut-être à mon objectivité légendaire. L’humour y est aléatoire, oscillant entre le très drôle (parfois) et le très lourd (souvent). Je pense notamment aux blagues racistes primaires et bas du front national autour de l’astronaute noir. Elles sont représentatives de l’écriture bancale des dialogues et des gags, qui échouent par leur manque de finesse, de recul, de second degré.
Je serai indulgent quant à la qualité graphique. OK, c’est moyen et parfois, ça pue la pauvreté. Normal pour un film fauché. Avec un budget ridicule de 7,5 millions d’euros, on est loin de Mars Attacks ! (100 millions $) ou Independence Day (75 millions $). Pour une somme pareille, faut pas s’attendre à des merveilles, le résultat est honnête.

Les bonnes choses se trouvent du côté série B kitsch et nanardisante assumée, du “grand détournement, la classe allemande” (tous les trucs nazis parodiés, sortis du contexte ou pris au mauvais degré par les personnages) et des multiples références (Rocketeer, Mars Attacks, Sky Captain, La Chute, Star Trek, ET, Docteur Folamour, Le Dictateur). Rien que le titre renvoie au roman Rêve de Fer de Norman Spinrad (The Iron Dream en VO) qui s’achève sur l’envoi dans l’espace de la première fusée nazie. (Au passage, je recommande la lecture de ce bijou de SF uchronique.)
Le film se présente comme une critique des États-Unis qui ont vite fait de repomper les théories et discours de l’envahisseur, les maquillant à peine pour les resservir à l’électorat. Les partenaires onusiens des Yankees en prennent au passage pour leur grade, comme en témoigne la scène finale. Sauf que voilà, au lieu d’une satire intelligente, Iron Sky égratigne mollement son sujet à coups de vannes débiles.
Et c’est tout. Iron Sky se résume à une espèce de Scary Movie de l’espace. Son gros défaut, c’est de ne rien exploiter à fond. Faute d’inspiration ou de volonté de dépasser le niveau potache à base de nazi, sans doute aussi par manque de burnes, clin d’œil involontaire à la théorie débile selon laquelle Hitler n’en aurait eu qu’une.

Bilan, Iron Sky apparaît comme une mine de bonnes idées sous-exploitées. Drôle mais pas hilarant (Nazis at the Center of the Earth est, à sa façon, beaucoup plus tordant). Un peu critique mais pas trop. Sympa mais pas top. D’honnête facture mais fauché. Avec son budget tiers-mondiste, c’est déjà pas mal qu’Iron Sky ait pu voir le jour, mais beaucoup trop loin du film génial promis et attendu. Il y avait matière à sortir du lot avec de la SF parodique et intelligente, le scénariste-réalisateur s’est contenté d’une grosse blague de collégien. Donc un film pas mauvais mais raté, flingué par son manque de fond plus que de fonds (oh, subtil…).

Publié le Catégories Chroniques ciné

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