Exam – Stuart Hazeldine

Une société qui a découvert un remède miracle contre une pandémie virale.
Un examen.
Huit candidats.
Un poste à pourvoir.

Affiche film Exam Stuart Hazeldine

Or donc, dans ce film britannique de 2009, croisement improbable de Pôle Emploi, Cube, Usual Suspects et Reservoir Dogs, huit candidats à un poste se retrouvent enfermés dans une pièce. Ils ont 80 minutes pour répondre à une question. Sauf qu’ils n’ont pas la question.
Bon, en fait, la question, ils l’ont, on l’apprend à la fin. J’y avais d’ailleurs répondu dès le début… pas grâce à un trait de génie, juste en sortant une connerie quand l’épreuve commence. C’est peut-être ça, le génie, au fond…
Un huis-clos (ou huit-clos vu le nombre de candidats) qui ne manque pas d’idées, juste qu’elles s’intègrent au scénar sans la plus petite once de surprise. Un peu ballot pour une œuvre qui mise tout sur l’énigme.

Les sources d’inspiration que j’ai citées sautent aux yeux. On sait donc qu’il y aura un twist final… et il y en a un. D’autant plus décevant et d’autant moins édifiant qu’on en devine les grandes lignes dès le départ.
Les indices parsemés durant l’épreuve le sont avec la délicatesse d’une Panzerdivision. Au moins, on évite l’écueil de la méga révélation de la mort qui tue, celle qui arrive comme un cheveu sur la soupe et qu’on ne risquait pas d’entrevoir faute de la moindre explication en cours de route. Mais bon, l’excès inverse d’appuyer chaque fusil de Tchekhov et de charger à mort la mise en place de chaque élément, c’est pas tellement mieux non plus à flinguer tout suspense, toute tension, toute révélation.
Exam veut créer la surprise en utilisant les ficelles de films qui y ont réussi. Sauf que si la ficelle devient recette, on connaît le truc à l’avance, plus de coup de théâtre possible. Le gros défaut de ce film, il est là : ne pas avoir cherché à créer sa propre astuce inédite.

Sitôt que le Père Fourras énonce les consignes, on s’attend bien sûr à ce que certains candidats se retrouvent éliminés pour ne pas les avoir suivies. En pratique, chaque point énoncé sera utilisé pour virer quelqu’un. Zéro exception. Faut pas gâcher son papier, y en a un qui bousille sa feuille. Faut pas s’adresser au surveillant, y en a un qui lui parle. Faut pas pousser mémé dans les orties, y en a un qui… Ah non.
Bref, qu’il y ait des instructions, des écarts, des sanctions, OK. Mais il aurait été plus malin de ne pas tout utiliser de façon systématique. Et aussi de jouer sur les contrepieds, sur des éléments externes à ce schéma, donc inattendus. Là, tout reste très fusildetchekhovien au premier degré. Et plus le film avance, moins il y a de consignes à foirer. On devine donc comment le prochain candidat va dégager, ce qui diminue d’autant l’impact de chaque éjection.

Le comportement des personnages est à l’avenant, tout aussi prévisible. Vu la configuration de l’épreuve et les personnalités des candidats, on se doute bien qu’il y en aura pour proposer de bosser en équipe. Ça ne rate pas. On se doute tout autant que certains profiteront des ressources des autres pour se hisser en tête de la course à l’emploi, moyennant quelques coups de pute au passage. Ça ne rate pas non plus. Le groupe se forme, coopère, se divise, s’étripe selon un schéma vu dix mille fois déjà.
En plus, on sait vite qui va faire quoi, comment et pourquoi. Comme dans Candy, il y a des méchants et des gentils, mais pas de personnage ambivalent ou capable de cacher son jeu aussi bien que Keyser Söze. Les protagonistes ont à peu près autant d’épaisseur que leurs patronymes d’emprunt (White, Black, Brown, ça ne vous rappelle rien ?). Quant au cas particulier de l’idiot du village dont on se demande ce qu’il fait là, on se doute encore une fois qu’il aura son importance (comme dans Cube, mais chut). Et ça ne rate pas.
À trop marcher sur les traces de ses prédécesseurs, Exam ne déjoue jamais les pronostics. On ne le dira jamais assez : avoir des modèles, c’est bien ; savoir se détacher de ses influences pour tailler sa propre route, c’est mieux.

Exam aurait pu être excellent et rivaliser avec ses inspirations. Mais plutôt que jouer sur les attentes du spectateur pour donner dans l’inattendu ou l’original, au contraire, il s’y conforme à la virgule près et sombre dans une facilité saucissonnée de grosses ficelles, le modèle maousse costaud. Trop prévisible, rien qui dépasse d’un scénario plus linéaire qu’un Donjons & Dragons porte-monstre-trésor.
Pour autant, Exam n’est pas 100% mauvais et “se laisse regarder” pour reprendre une formule pas du tout cliché. Si on n’a pas vu les films dont il s’inspire, je pense que ça peut passer. Ou alors si on en fait un jeu à boire basé sur “devine ce qui va arriver dans les cinq prochaines minutes”. Son grand mérite ? Il flatte l’ego comme pas permis. Chaque rebondissement qu’on propose, chaque coup de théâtre qu’on annonce se produit à coup sûr. On ne peut que se sentir l’âme d’un génie ou d’un prophète.
Le film se spoilant lui-même, j’en perds toute envie de vous pourrir la fin en vous révélant que l’heureux élu au poste tant convoité est le colonel Moutarde avec la copie double dans la salle d’examen.

Publié le Catégories Chroniques ciné

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