Derniers Recours – Walter Hill

Affiche film Dernier Recours Walter Hill Bruce Willis 1996

Dernier Recours, ou Last Man Standing de son petit nom anglo-saxon, est un film de Walter Hill sans lien de parenté avec Benny. Situé pendant la Prohibition, teinté d’une ambiance western qu’on retrouvera aussi dans Inferno qui puise aux mêmes sources, inspiré du Yojimbo de Kurosawa pour les trois quarts de son scénario et de Pour une poignée de dollars – lui aussi inspiré de Yojimbo – pour le quart restant et son homme sans nom (qui ici s’appelle John Smith, ce qui revient à ne pas avoir de nom, comme le héros du Dead Zone de Stephen King).
Qui dit Prohibition dit contrebande d’alcool. Qui dit contrebande dit guéguerre entre contrebandiers pour avoir la mainmise sur le marché. Dans un bled paumé, deux familles se livrent une lutte sans merci ni s’il vous plaît, jusqu’au jour où débarque un cow-boy solitaire qui va mettre tout le monde d’accord en déglinguant les deux clans.

Pas le film du siècle mais pas trop mal tout de même.
D’emblée, tout sonne comme un western : désert, poussière, ville quasi fantôme, une rue principale dont on se demande s’il y a quelque chose derrière les façades ou s’il s’agit juste d’un décor à la Lucky Luke. Le décor pose tout de suite l’ambiance, de même que la voix off d’un John Smith/Bruce Willis aussi désabusé que cynique. Un contexte brûlant, moite et crépusculaire, qui donne toujours l’impression que la nuit va tomber dans dix minutes et qu’il va être temps d’aller se coucher… ou que de toute façon il fait trop chaud pour bouger un orteil. Cette atmosphère écrasante explique le rythme volontairement lent du film, qui passe plutôt bien en dépit de quelques longueurs occasionnelles.
Décor de western mais film de gangsters puisque nous somme pendant la Prohibition. Contexte intéressant mais pas assez exploité. En ressort donc l’impression d’un choix en passant. La Prohibition, parce que pourquoi pas. Ben si c’est pour ne pas se servir des spécificités du contexte, autant ne pas mettre de contexte…
Parmi les absents, j’ai pour une fois trouvé dommage l’absence de référence biblique dans un film américain : avec le climat d’Apocalypse et le nom biblique de la ville de Jericho, il y avait de quoi faire. Et tant qu’à se lancer dans un remake style western crépusculaire, une référence à Pale Rider et son héros anonyme qui fusille tout le monde aurait été appropriée.
En dépit de ces quelques manques, l’ambiance générale et le mélange de genres m’ont bien plu. La photographie soignée y est pour beaucoup.

L’histoire avance son petit bonhomme de chemin entre les magouilles de John Smith et les gunfights déchaînés, alternant les moments où il ne se passe pas grand-chose et les brusques pics de violence. Ça, j’aime bien aussi, ça me rappelle Kitano. La langueur tourne parfois à la longueur. Toutes les scènes de dialogue qui durent un peu deviennent ennuyeuses et pas des masses utiles. Et comme le film ne dure pas trois heures, ces longueurs se font au détriment de l’intrigue principale qui subit quelques ellipses et on perd parfois le fil de l’intrigue et des manigances de Bruce Willis.
Le plus gros défaut vient des personnages. Bruce Willis tient la route en héros solitaire sur lequel on ne sait à peu près rien et qui flingue tout ce qui bouge. Le fait est que c’est le genre de personnage que n’importe qui peut incarner puisque par définition c’est un anonyme au passé mystérieux et au visage impassible (même Seagal sait le faire). Par contre, les autres personnages sont sous-développés et donc peu intéressants. Même Christopher Walken n’a pas l’air super inspiré, mais il faut bien avouer que son personnage de super méchant est assez effacé dans l’histoire.

En lui-même, un honnête western moderne, sympathique à regarder mais pas impérissable vu quelques défauts de poids (intrigue, rythme et personnages, c’est un peu les bases d’un scénario, quoi…).
Un bon remake dans le sens où il respecte le film d’origine de Kurosawa. La fidélité va de pair avec une certaine originalité dans le choix du cadre et Dernier Recours sait s’affranchir du copier/coller par rapport à Yojimbo, cité en générique de début. Par contre, en choisissant une ambiance western, même décalée aux années, Dernier Recours ne supporte pas la comparaison avec Pour une Poignée de Dollars qui offre plus d’humour, plus de punch et des personnages plus pittoresques.

Publié le Catégories Chroniques ciné

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