Critiques express (27) Megamix estival

On fait péter la boule à facettes et la boîte à fumée pour un grand numéro de DJ littéraire sous le flamboyant soleil de l’été ! C’est parti pour un megamix improbable de tout et n’importe quoi, où le pire côtoie le meilleur et vice-versa.
Ce maxi-single comporte quatre titres, deux faces A et deux faces B, un peu comme un disque mais en forme de tétraèdre (donc pas un disque en fait).
Cartographie du merveilleux (feat. André-François Ruaud)
That’s a long way to hell (feat. Marianne Stern)
La Belle est la Bête (feat. Sophie Jomain)
Aware ! (feat. Nicolas Garreau)

Couverture Cartographie du merveilleux André-François Ruaud Folio SF

Cartographie du merveilleux
André-François Ruaud

Folio

Je l’avais cité à l’occasion de ma série d’articles sur l’urban fantasy, je reviens dessus aujourd’hui.
L’ouvrage se divise en deux parties : 1) un historique de la fantasy, 2) un guide de lecture comportant une centaine de titres commentés.
L’historique est bien fichu et retrace l’évolution du genre des origines à plus ou moins nos jours en passant en revue ses nombreuses branches sans se perdre dedans. Passionnant à lire avec pour seul regret que l’ouvrage n’ait jamais été mis à jour. Il date de 2001, juste avant la sortie de La Communauté de l’Anneau au cinéma, et s’arrête donc à cette date. Il n’y a plus qu’à espérer un patch correctif qui intègre les évolutions majeures de ces vingt dernières années.
La deuxième partie m’a moins emballé vu que j’ai lu la totalité des œuvres citées par Ruaud, donc pas appris grand-chose. Comme tout listing, celui-ci comporte une part de subjectivité, avec des propositions de titres parfois inattendues et des trous qui le sont tout autant. L’écrasante majorité des ouvrages présentésest anglo-saxonne, dont une partie non traduite, ce qui la rend inaccessible au grand public et pose la limite de ce guide.

Couverture That's a long way to hell Marianne Stern Livr'S éditions

That’s a long way to hell
Marianne Stern

Livr’S

Un bouquin qu’on m’a offert au motif que dedans “il y a du hard rock et du heavy metal, ça va te plaire”. Ben non. En lisant la quatrième et les premiers chapitres, j’ai pensé aux années 80 en pensant qu’il avait été édité à cette époque reculée. Non plus. Un contexte de joug communiste patronné par Moscou dans les années 2060 après une apocalypse nucléaire, on se croirait revenu aux grandes heures de l’anticipation des années 50-80. Le concept fonctionnait à l’époque et avait du sens par rapport au contexte de guerre froide. Aujourd’hui, il est daté de chez daté, pour ne pas dire périmé, vu que le bloc communiste et l’URSS se sont effondrés au début des années 90.
Le décor post-apo aurait quant à lui gagné à être davantage présent. S’il n’a pas vocation à constituer le cœur du sujet, là pour le coup, il se retrouve si peu exploité, si loin à l’arrière-plan qu’il ne sert à rien dans le roman, ce qui pose la question du bien-fondé de son existence.
L’histoire tourne autour de la trajectoire du protagoniste et de ses rêves de musique rock. Sauf que voilà, Hans a tout du personnage tête à claques et imbuvable auquel il est impossible de s’attacher et encore moins de s’identifier. Le rejet que suscite le Teuton turbulent est tel que suivre ses aventures rock’n roll donne tout son sens au titre : le supporter jusqu’à la dernière page est pour le lecteur un long, très long chemin, aussi désagréable que les pires tortures de l’enfer.
La trajectoire de Hans et de son groupe est classique : difficultés sociales, problèmes familiaux, musique comme moyen d’évasion et de rébellion, drogue et alcool avec tous les débordements qu’on peut imaginer derrière, tensions au sein d’un groupe de rock plein de fortes personnalités (trop en retrait dans le roman où Hans s’étale au détriment des autres protagonistes qui de ce fait peinent à exister). Un parcours crédible qui rappellera pas mal de grandes stars et de groupes phares de la musique qui secoue, ce qui est la grande qualité de ce roman, riche en références et documenté sur le sujet… et peut-être aussi un défaut, avec son air de déjà-vu qui croise le mal-être de Curt Cobain, les penchants alcoolisés de Guns N’ Roses, la pharmacopée des Rolling Stones et la violence de Sid Vicious.
Bref, pas un mauvais roman mais les choix pris d’écriture ne m’ont pas convaincu. J’aurais sans doute été davantage emballé dans un cadre historique années 60 qui aurait eu du sens niveau guerre froide, révolte de la jeunesse et bouillonnement musical autour du rock.

Sophie Jomain nouvelle numérique La Belle est la Bête

La Belle est la Bête
Sophie Jomain

Il s’en trouve toujours pour dire que l’autoédition est un monde de bras cassés pétris d’amateurisme. Preuve que non avec la nouvelle La Belle est la Bête. Sophie Jomain est auteure professionnelle et le travail sur cette nouvelle a mobilisé un correcteur professionnel et une illustratrice professionnelle.
Il s’agit à la fois d’une réécriture moderne du conte La Belle et la Bête et d’une réédition de la nouvelle, déjà parue dans l’Artbook raconté, une anthologie présentée et illustrée par Le Monde de Fleurine en 2013 chez l’éditeur La porte littéraire. Notez que cette version 2020 de la nouvelle est aussi une réécriture, Jomain ayant remis l’ouvrage sur le métier. Dans sa mouture revue et corrigée, elle a su intégrer ce qu’elle a acquis en écriture tout en conservant la fraîcheur et la spontanéité du premier jet. Un très bon résultat !

Couverture Aware JCVD Jean Claude Van Damme Nicolas Garreau O2 Publishing

Aware !
Nicolas Garreau

O2 Publishing

Alors ça c’est le genre de bouquin ni fait ni à faire que t’offrent à Noël les gens qui n’ont pas d’idée de cadeau, à l’instar d’un Vie de merde, qui porte bien la deuxième moitié de son titre.
Aware ! La compile intégrale des vraies perles de Jean-Claude V.D. est un recueil des envolées azimutées de Jean-Claude Van Damme paru en 2003. À l’époque, les émissions de télé française se passaient le relais pour inviter l’acteur belge avec un seul but : le piéger pour le tourner en dérision. Et faut reconnaître que l’ami JCVD marchait à fond dedans, répétant à qui voulait l’entendre qu’il était aware et développant sa philosophie de la vie avec ses mots à lui, dans un franglais décousu. Au-delà de l’absurdité apparente de ses citations, il est question de conscience, de faire partie d’un tout dont chaque élément est interconnecté aux autres. Dans la bouche d’un moine bouddhiste zen, ces propos sonneraient très sérieux. En version Van Damme, qui plus est dans un contexte biaisé par le côté speed, superficiel et cynique de la télé, la sagesse se dissout dans le nawak.
Si vous tombez dessus, passez votre chemin. Pas tant à cause du contenu que de la démarche même du bouquin : tourner en ridicule quelqu’un qui n’a rien demandé. Si c’est ça qu’on attend d’un livre, autant arrêter de lire. Si c’est tout ce qu’on est capable de produire comme “auteur” (appellation imméritée vu le peu de travail d’écriture nécessaire à ce produit), vaut mieux arrêter d’écrire.

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