Codex Legion of the Damned V6
Games Workshop
Parmi toutes les bizarreries d’une V6 de Warhammer 40,000 généreuse en idées farfelues, le codex consacré à la Légion des Damnés se hisse sans peine sur le podium pour tout un tas de raisons : le codex est bof, cette “armée” sans unités n’en est que la moitié d’une, peu ou pas de figurines, et s’il y a bien un point de l’univers du 41e millénaire qui devait rester dans l’ombre, c’est celui-ci (juste derrière les légions perdues).
La Légion des Damnés apparaît dans le White Dwarf 99 de mars 1988. Quatre colonnes de texte : une et demi de lore, le reste de règles pour la V1.
Niveau lore, on apprend que le chapitre des Fire Hawks a été envoyé en mission il y a bien longtemps, s’est perdu dans le Warp et au revoir messieurs-dames. Beaucoup plus tard, lors de combats désespérés, il arrive que des Space Marines surgissent du néant pour filer un coup de main aux troupes de l’Imperium en difficulté avant de s’évanouir dans la nuit tels des spectres insaisissables. Quelqu’un a fait le lien entre ces Damnés sortis de nulle part et les Fire Hawks, pas tant par génie déductif que parce que c’est magique, il a compris, pouf.
Niveau jeu, ce sont en gros des Space Marines en armure noire, atteints d’un mal qui peut les transformer en berserkers n’importe quand pendant la partie. Ça ressemble tellement à la rage noire de la Death Company des Blood Angels qu’on sent bien que l’idée a été recyclée par la suite.
En V2, la page 38 du codex Ultramarines est consacrée à la Légion des Damnés. Au revoir les Fire Hawks, les origines de l’unité sont désormais inconnues, perdues dans les brumes du temps, et les Damnés représentent un mystère insondable sur lequel personne ne sait rien. Ils se pointent en pleine bataille, vêtus de leurs armures noires à motifs d’os, auréolés de flammes, sans qu’on sache pourquoi ce combat-là plutôt qu’un autre, et pas moyen de leur poser la question, vu qu’ils se barrent sitôt l’affrontement terminé. Leur nombre, leur organisation, leurs motivations, leur nature même (humains ou fantômes) est inconnue.
Et c’était très bien comme ça. C’est ce qu’aurait toujours dû être la Légion des Damnés : un de ces mystères de l’univers de 40K destinés à ne jamais avoir de réponse officielle pour permettre aux joueurs d’imaginer TOUT. Comme les deux légions de Space Marines perdues, la II et la XI, qui doivent le reste, parce que quelle que soit la réponse que Games pourrait apporter aux questions qu’on se pose depuis bientôt quarante ans, elle ne pourrait être que décevante.
La Légion des Damnés aurait dû rester une de ces zones d’ombre sur lesquelles on échafaude des théories, autant pour le plaisir de faire travailler son imagination que ce parce que ce qui rend cette unité iconique, c’est justement le mystère qui l’entoure. Dès lors que tu racontes tout et qu’en plus tu lui donnes des règles de jeu, une bonne partie de l’intérêt disparaît pour n’être plus qu’une terre-à-terre fiche d’unité.
C’était pourtant, en jeu narratif, un ressort certes très classique – la cavalerie qui arrive au moment désespéré – mais qui marche toujours.
Ils auraient dû demeurer un mystère et conserver leur statut de PNJ. Le genre d’armées que tu montes, pas pour la jouer, juste pour le fun, en collectionnant les rares vieilles figurines (une série fin années 90, une autre à la charnière des années 2000-2010), ou avec du proxy, ou de la conversion.
Au gré du temps, des éditions du jeu, des différents codex Space Marines, des romans, le background de la Légion s’est étoffé à la va-comme-je-te-pousse, avec un paquet de contradictions et incohérences.
Le codex ne remet pas grand-chose à plat, il se contente de tout reprendre pour balancer toutes les hypothèses à la suite et débrouille-toi pour faire ton choix parmi les théories. Une simple compil qui ne tranche rien, alors que c’était l’occasion de le faire, indispensable même.
Parce qu’un codex, c’est du lore, on l’achète pour avoir du concret, pour connaître son armée, pas pour aligner les points d’interrogation. Donc recenser les théories, pourquoi pas, mais fallait conclure par un “voici la vérité”. Et un codex, c’est des règles, qui sont censées représenter ce lore, et selon quelle légende est vraie ou pas sur la Légion des Damnés, tu n’obtiens plus les mêmes règles. Par exemple, si ce sont des fantômes, ils sont éthérés, sans corps physique, impossible dès lors de les toucher avec certaines armes. S’ils ont la capacité de voyager à volonté à travers le Warp et même mieux de se trouver à plusieurs endroits de la galaxie en même temps, leurs facultés de téléportation et d’ubiquité doivent se retrouver dans les fiches des unités. Bon ben là, les règles, elles sont un peu fourre-tout aussi, piochant dans un peu toutes les théories et on se retrouve avec des hybrides pas super convaincants, mélange bancal de Space Marines, de Ghost Rider et du Cavalier sans tête de Sleepy Hollow.
Les illustrations, très peu nombreuses et ayant toutes un air de ressemblance, n’offrent que peu d’intérêt. La galerie de photos de figurines ne viendra pas relever le niveau. Trop peu de variétés dans les unités (sergent et légionnaires, c’est tout), pas des masses de figurines à présenter faute de gamme développée et à part quelques dioramas qui montrent tous le même genre de mise en scène, faudra se contenter d’une poignée de photos de figs à l’unité sur fond blanc. Minimaliste.
Au moins ce codex a le mérite d’une grande homogénéité. Le fond, les règles, l’iconographie, tout est raté.


