Je l’avais vu en son temps (1995), je m’étais dit à l’époque “mouais, bon, bof”.
Je l’ai revu… Ben ça n’a pas bonifié avec le temps.
Dès les premières minutes du film, j’ai cru que j’allais crever. D’aucuns ont loué la BO de Silvestri… Ce que j’ai entendu, c’était du pseudo-épique pompier clinquant surchargé en cuivres, pas trop dans l’ambiance qui est sombre, punk, désabusée, post-apo, violente… Là, t’entends ça, tu vois Indiana Jones en train de choper la statuette en or et se mettre à gambader avec une grosse boule en pierre au train. Pis alors bonjour la mélodie générique qui colle à n’importe quel film d’action ou aventure…
Le ton est clairement ce qui posera problème tout du long. Stallone voulait une comédie d’action, il l’a eue, mais on perd l’esprit Judge Dredd. C’est pas tant la présence d’humour qui dérange, la BD en regorge. Mais fallait rester sur le ton de la satire, du sarcasme, de l’ironie, de l’humour noir, grinçant et second degré, pas partir sur du bien balourd avec en prime les clichés du buddy movie qui a du mal s’assumer comme tel, coincé entre son héros qui doit occuper toute la place et le sidekick foireux dont il a été affublé. Sans conteste, le personnage de Fergie est de trop, boulet qui ne sert à rien, pas drôle, pas intéressant, inutile à l’intrigue.
Face à Stallone/Dredd se dresse l’autre erreur de casting : Armand Assante qui surjoue un Rico tout en cabotinage irritant. Il en fait des caisses comme un bon gros méchant hollywoodien caricatural à l’extrême alors qu’un acteur plus en retenue aurait eu davantage d’impact en interprétant une folie homicide froide et implacable, la parfaite incarnation de la justice aveugle, expéditive et autoritaire. Soit ce que sont les “gentils” juges mais en le poussant encore plus loin dans le registre de la loi désincarnée. À la place, faudra se contenter d’un clown qui hurle, grimace et fait les gros yeux à chacune de ses apparitions, impossible à prendre au sérieux.
Même Stallone, s’il est plus ou moins une évidence pour ce rôle où il n’a qu’à garder la même tronche impassible, est à côté de la plaque, puisqu’il n’a rien compris au personnage. N’ayant jamais lu la BD, il en sort les phrases iconiques (“la loi, c’est moi”, “je savais que tu dirais ça”) sans être dedans, sans croire à ce qu’il dit.
Seule la juge Hershey interprétée Diane Lane tient la route, tant en termes de personnage que d’actrice pour se glisser dedans. Au milieu de punchlines plus navrantes les unes que les autres, elle est la seule à en avoir une valable (quand on la traite de “sale pute”, elle rétorque “juge Pute” et paf, coup de boule).
Tout ce petit monde se promène dans des costumes signés Versace. Du kitsch bien clinquant tout en plastique doré, qui ressemble moins à une armure qu’à une panoplie d’Action Man. Décors à l’avenant qui n’exploitent pour ainsi dire jamais l’ambiance crasseuse de Mega-City One. On est loin d’un Blade Runner…
À ce casting foireux et aux désaccords entre Cannon qui rêve de Robocop et Stallone qui se croit dans Police Academy vient s’ajouter un charcutage au montage pour supprimer certaines scènes jugées trop violentes. Déjà, du Judge Dredd trop violent, y a de quoi se marrer, vu que c’est l’essence du truc… Mais en plus, ça donne parfois des ellipses terribles (comme les clones, pouf, y en pas plus, évaporés) et une mollesse globale des scènes d’action qui sont expédiées (i.e. l’infiltration éclair dans la ville par l’incinérateur).
Je ne pense pas annoncer un scoop, mais faudra pas chercher non plus un semblant de réflexion sur l’appareil judiciaire. Que Dredd soit juge, jury et bourreau, avec en prime une interprétation très rigoriste de la loi, n’est surtout pas censé questionner. Pourtant, y aurait de quoi… peut-être… un peu…
Le Robocop de Verhoeven est bien plus proche de ce que raconte la BD que cette adaptation qui est un foutu gâchis de A à Z.
