Cavaliers de l’Orage

Cavaliers de l’Orage
(Chris Anthem)

Le slasher, c’est une bande de jeunes qui partent en virée dans un endroit isolé où il s’est passé jadis des trucs dégueus genre massacre, viol, meeting du PS… Après n’avoir pas écouté les conseils d’un vieil édenté à l’air louche qui les met en garde contre la Forêt Maudite, l’Île de la Mort ou la Montagne de la Désolation, la guignols’ bande tombe sur un psychopathe masqué armé d’un grand couteau ou une famille de consanguins cannibales dealers de haches. Bloqués là par la magie du scénario, le crétin, le drogué, l’obsédé, le gros et le Black se font déglinguer la gueule, parce qu’ils aiment bien explorer les caves obscures en solo et sans armes. Le tueur baraqué et chevronné, avec l’avantage du terrain et du matériel, finit trucidé par une pauvre étudiante WASP armée d’une lime à ongles et gaulée comme un sprat.

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“Depuis sa puberté, il n’avait jamais été capable de longues performances. Ni avec les vivantes car elles ne l’excitaient pas, ni avec les mortes car elles l’excitaient trop.”

Le slasher, à l’image de la comédie romantique hollywoodienne, appartient à cette catégorie tellement codifiée que tu peux raconter le film sans l’avoir vu. Sclérosé, englué dans ses stéréotypes et ses ressorts ramollis, à côté la Forêt Pétrifiée passe pour une allégorie de la danse de Saint-Guy.
Note que ça vaut pour une bonne part du cinéma d’horreur. Soi-disant irrévérencieux, dérangeant, subversif et plein d’autres adjectifs galvaudés, il n’y a pas plus réac’. Reste bien sage à la maison si tu ne veux pas qu’il t’arrive des bricoles, écoute papa et maman, tiens ta place dans la société, concentre-toi sur tes études pour avoir un vrai métier, ne pense même pas au sexe avant le mariage… Travail, Famille, Patrie, avec un peu d’hémoglobine en assaisonnement.
Si le sujet t’intéresse, je te renvoie à Anatomie de l’horreur, écrit par un type qu’a deux-trois notions sur le sujet. Et si tu cherches des bons films dans le domaine, tu trouveras ici un aperçu des bons métrages en dépit de quelques choix malheureux voire mégalol (Blair Witch et Conjuring, sans rire ?…). Enfin, si tu aimes te rouler dans le caca, tu auras l’embarras du choix parmi des centaines d’étrons, même en se limitant aux seuls slashers. Petit échantillon de selles pour pour la route : Souviens-toi l’été dernier, La maison de cire (à voir pour le dézingage de Paris Hilton !), Promenons-nous dans les bois (l’exception culturelle française…), Détour mortel

On l’aura compris, j’ai entamé Cavaliers de l’Orage avec “quelques” réserves… et quelques attentes aussi. Chris Anthem pourrait-il redresser la tige la barre ?
Suspense insoutenable…
Verdict : dans l’ensemble, une bonne surprise. Allez, salut !
Ah, faut développer ?… C’est nouveau, ça…

La première partie s’attache à présenter Malone, “l’aubergiste maniaque” mentionné en quatrième, et le trio Vincent-Agnès-Clara. Sans trop en dévoiler, on se situe quelque part entre L’Auberge Rouge, Psychose, Tueurs Nés, Hitcher (ce dernier étant aussi inspiré par Riders of the Storm des Doors, qui figure en exergue) et du Rob Zombie. Si les personnages restent des figures classiques de l’horreur, Chris Anthem le dit avec des fleurs et évite les gros clichés puants. Archétypes mais pas stéréotypes. Pas d’âmes “plus noires que la nuit” ni, lorsqu’ils se livrent à leur passe-temps, de “sang qui coule telle une rivière”.
L’auteur prend le temps de la construction, peut-être un poil trop (les chapitres 14 et 15 pourraient sauter). Par chance – ou talent –, il s’arrête avant de devenir lourdingue. Différence notable avec le cinéma d’horreur, ici, on ne s’ennuie pas. Parce que dans les films d’horreur, chrono à l’appui, la première moitié ne sert souvent que de remplissage. L’exposition présente des personnages qui n’en ont nul besoin (on les a déjà croisés dans 2745 films), ça blablate, ça traîne, on se fait chier au bout de vingt minutes et il en faudra encore autant avant que l’action ne démarre pour de bon.
Là non. Des motivations de l’aubergiste aux relations du trio familial, on découvre en profondeur les protagonistes. Ils prennent corps là où leurs homologues de cellulose ne sont guère épais (paradoxal quand on connaît le volume du bouquin de Tolstoï…). Et ne va pas t’imaginer un voyage plan-plan dans la psyché de cette brochette de barjots : y a aussi du gore.
D’entrée, on est mis dans le bain. Le premier chapitre rappelle les scènes d’intro d’Esprits Criminels du temps où c’était une bonne série. Direct dans l’antre du tueur en action et t’en prends plein les yeux. Idem la suite, ça gicle, charcute, découpe, martyrise et sanguinole à qui mieux-mieux… mais pas sans une certaine mesure. Soyons clairs, les descriptions relèvent du gore de chez gore qui tache. Chris n’y va pas le dos de la cuillère (en même temps, le tueur à la petite cuillère, dans le genre crédible…). Mais dans ce registre aussi, il sait s’arrêter au bon moment. Très visuel, plutôt économe de mots, il ne rallonge pas la sauce sur vingt pages juste pour le plaisir de faire du cracra quand cinq ou six suffisent. De bonnes scènes d’horreur. Pas de surenchère qui finit par obtenir l’inverse de l’effet recherché, si nawak que ça en devient comique : un nanar.

La deuxième partie met en scène “le choc des titans” pas si imprévu que le clame la quatrième… vu que c’est marqué sur la quatrième.
Je me sens plus mitigé. Ce volet introduit – au sens littéral – le personnage de Catherine, d’une utilité très relative. Elle arrive comme un cheveu sur la soupe et son insertion dans le trio Vincent-Agnès-Clara ne convainc qu’à moitié. Il manque un développement sur le glissement psychologique qui la pousse à rester avec les trois arsouilles.
Le récit passe aussi trop vite sur l’évolution des rapports entre l’aubergiste et le trio upgradé en quatuor. Et qu’est-ce que c’est ce foutu chapitre 28 ? (Note pour l’éditeur, parce que je sais que tu me lis : coquille à signaler, il est numéroté 15.) Une page et demie pour expédier ce qui aurait nécessité un vrai plein chapitre… Léger, je trouve. Certes, l’épilogue développe l’après, mais le “déclic qui fait que” méritait un développement plus poussé.
Quid de ce choc des titans ? Des deux options – alliance de super-vilains ou affrontement entre grognards de l’horreur –, Chris Anthem a retenu la plus intéressante (d’où regrets qu’elle ne soit pas aussi bien traitée que la première partie). Si tu veux savoir laquelle, mon petit pote, lis Cavaliers de l’Orage.

Dans l’ensemble, même si la fin m’a paru un peu plus faible, ce Riders on the Storm de papier laisse, comme on dit dans les bouquins pas inspirés, “percer une lueur d’espoir” pour le slasher.
Un dernier petit regret quand même… Chris Anthem connaît les codes du genre, les maîtrise et sait les utiliser avec intelligence. Mais… Il manque un t’chiot quelque chose. Sans aller jusqu’à la parodie, je pense que le bouquin aurait dû prendre un peu de recul et s’égayer d’une note de second degré. Ok, l’horreur c’est du sérieux, un vrai genre et comme tel on n’est pas obligé de le traiter par-dessus la jambe. Mais bon, toutes ces histoires de monstres et d’humains inhumains, ben c’est jamais que des histoires, pas pour de vrai. Qu’on ne vienne pas me bassiner avec le fait qu’on soit capable de pire IRL – la fameuse “réalité qui dépasse la fiction” –, on s’en fout, pas le sujet.
Avec l’horreur, on joue à se faire peur. Le genre – ou au moins les bouquins comme celui-ci qui reposent sur les références au genre – gagnerait à vouloir moins taper dans le premier degré, à s’enrichir d’un jeu sur ses propres codes. Un film comme La cabane dans les bois y excelle (tout en spoilant son propos dès le générique et en se vautrant sur son final, nul n’est parfait…).
Une réserve toute personnelle et très subjective, j’admets. Cavaliers de l’Orage aura rempli mon attente principale et pas des moindres : un bon slasher. Et vu comment j’en suis gavé et blasé, c’était pas gagné, crois-moi.

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