Bertin et le jour de sa mort

Ce week-end, Ludovic Bertin présentait au salon du polar de Lens son nouveau titre, Le jour de ma mort. Vu que j’étais occupé ailleurs à admirer des affiches d’art, cette interview a été menée par mail télépathie.

Un K à part – Une interview sur Un K à part, c’est comme un entretien d’embauche, on ne coupe pas au “parlez-moi de vous”. Fais d’une pierre deux coups, Bertin, et présente-nous ta vie et ton œuvre.

Ludovic Bertin – Pour faire simple, sur la quarantaine d’années que compte ma vie, j’en ai vécu dix à Lille et le reste à Dunkerque, où je suis enseignant. Je suis publié chez Ravet-Anceau depuis 2012 avec La Lettre de Dunkerque, roman policier qui avait la particularité de se dérouler durant les années 70. Ont suivi SOS Corsaire, en 2014, l’une des premières publications de la collection Polar en Nord Junior, destinée au jeunes lecteurs, et Le Jour de ma mort qui vient de paraître.

K – Le titre de ton nouveau roman est aussi mensonger qu’un candidat à la présidentielle. Pas un mot sur le dernier jour de ta vie, c’est un scandale ! En vrai, qu’est-ce qu’il raconte ?

LB – Eh bien, il débute par la découverte d’un cadavre. Tu me diras que c’est monnaie courante dans le genre policier, mais ce cadavre-là semble avoir séjourné une dizaine d’années dans le sous-sol de sa propriété sans que personne durant tout ce temps ne se soit inquiété de son sort. La mort dont il est question dans le titre, c’est donc la sienne : que s’est-il passé le jour où il a passé l’arme à gauche ? Parce que les deux flics chargés de l’enquête s’aperçoivent assez vite que non seulement son décès n’a sans doute rien eu de naturel, mais qu’en plus quelqu’un s’est arrangé pour que le corps – qui aurait pu rester sur place un paquet d’années encore – finisse par être découvert…

K – Il y a quelques années, une “momie” avait été retrouvée à Lille, un type mort depuis presque 20 ans (le retour de la momie). Une histoire “digne d’un roman policier”, comme on dit.

LB – Bien vu, c’est en effet cette histoire qui m’a inspiré. Enfin, “inspiré”, ce n’est peut-être pas le terme exact. Disons plutôt que cette étrange affaire a pour moi rendu l’impensable possible : un corps sans vie peut passer plus de quinze ans derrière des volets clos dans l’indifférence générale. A partir de là, je pouvais écrire l’histoire d’un cadavre retrouvé au bout de dix ans tout en étant crédible. Parce que dans l’idée, c’est quand même incroyable, non ? Et les voisins, et la famille ? Et ses factures d’eau et d’électricité, il les payait comment ? Et ses impôts ?… Disons que la réalité a apporté une tragique caution à une histoire qui aurait pu être jugée trop fantaisiste.

K – Une histoire inspirée d’un fait réel, des décors basés sur ton quotidien et ta vie à Lille ou Dunkerque, est-ce qu’être auteur de polar régional, c’est pas un peu de la flemme ? Quand un genre pioche autant dans le vrai monde de l’IRL, quelle place reste-t-il à la fiction ?

LB – Comme je viens de l’expliquer, le fait divers n’a été que le déclencheur de mon récit et, d’ailleurs, j’aurais éprouvé le même intérêt pour une histoire similaire survenue en Moselle ou dans l’Arkansas. Mais des lieux que je fréquente ou ai fréquenté se retrouvent dans mes livres, c’est indéniable, et on y croise aussi des références un peu plus, on va dire, private joke… On plante plus facilement un décor réaliste quand on part de ce qu’on connaît, mais tout cela n’est pas le plus important : le monde réel, ce n’est finalement que le décor. La fiction, c’est tout le reste, et c’est là que réside l’essentiel. Comme pour n’importe quel roman policier et n’importe quel roman tout court, d’ailleurs, le lecteur ne trouvera d’intérêt à sa lecture que si l’histoire le captive. Dans les années 90, j’ai lu la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo – on ne parlait pas encore de “polar régional” à l’époque, hein… – et j’y ai découvert une ville où je n’avais jamais mis les pieds, un peu de parler du coin, des particularismes locaux, mais si je n’avais pas accroché à l’histoire, je n’aurai pas poursuivi ma lecture au-delà du premier tome. On ne lit jamais un polar pour faire du tourisme mais pour être happé par un récit !

K – Dans La lettre de Dunkerque, l’intrigue tournait autour d’une erreur judicaire. SOS Corsaires avait pour cadre le carnaval de Dunkerque. Sans spoiler Le jour de ma mort, il est question d’une “erreur sur la personne”. Ça fait beaucoup d’erreurs, de déguisements, d’identités bis… Les choses/gens/événements qui ne sont pas ce qu’ils sont censés être, ton thème de prédilection ?

LB – Analyse intéressante… J’aime beaucoup en effet travailler sur les faux-semblants, créer des personnages qui ne sont pas ceux que l’on imagine dans un premier temps et donneront naissance à des retournements de situations. Tout simplement parce cela correspond à ce que j’apprécie qu’en tant que lecteur : les dénouements inattendus, les histoires à la fin desquelles ont se dit qu’untel n’était pas du tout celui que l’on croyait et qu’on n’avait rien vu venir. Michael Connelly, le fameux auteur de polars régionaux californiens, est très fort pour ça.

K – Pour le mot de la fin, je te laisse le choix non pas dans la date mais dans la question, parmi quatre sélectionnées avec soin par nos experts (le CSI : Dunkirk).
A) Tu as déjà commencé à réfléchir à ton prochain bouquin ?
B) Tata Yoyo, qu’est-ce qu’il y a sous ton grand chapeau ?
C) Tu klaxonnes ou tu laisses la priorité ?
D) La question D.

LB – Bon, je vais prendre la A, parce qu’elle me semble d’autant plus facile à aborder qu’il y est question de réfléchir et non d’écrire. Donc oui, j’ai commencé à y réfléchir. J’ai envie de repartir sur un récit pour la jeunesse, avec les mêmes personnages que dans SOS Corsaire. Curieusement, j’ai du mal à envisager de réutiliser dans un nouveau récit des héros de mes polars précédents, à en faire comme on dit des “personnages récurrents”, alors que c’est un genre où cela se pratique beaucoup. Mais là, dans le cadre d’un récit plus court, ça me botte bien.

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