Baroque’n’Roll

Baroque’n’Roll
Cercueil de nouvelles, T.1
(Anthelme Hauchecorne)

On ressort les vieux dossiers avec ce re(cer)cueil de nouvelles paru chez feu Midgard l’année de la fin du monde (celle de 2012). A noter que cette date n’a pas grande signification – sauf pour les Mayas, le Christ Cosmique et quelques exaltés – la plupart des textes remontent à 2005-2006.

De l’aveu de Hauchecorne, Baroque’n’Roll est un ouvrage collector : il n’y a aucune chance qu’il soit réédité, en tout cas pas en l’état. Pour avoir échangé quelques mots avec lui sur le sujet, il m’a même parlé d’envies d’autodafé, c’est dire ! (Au cas où il serait tenté de venir cramer mon exemplaire, je signale à toutes fins utiles qu’une compagnie de pompiers monte la garde dans ma bibliothèque.)
Son premier recueil de nouvelles, “ouvrage de jeunesse” comme il dit, avec tout ce que ça sous-entend de maladresse et d’inaboutissement.
Il n’a pas tort… et en même temps, je le trouve dur. On n’en est pas à pleurer du sang à chaque page (sauf si on le lit un soir de pleine lune en passant un 33 tours de Black Sabbath à l’envers). Après, je ne vais pas lui reprocher d’être exigeant et critique envers lui-même, on n’a jamais vu de bon auteur qui ne le soit pas. Et bon, il l’est, la preuve avec Journal d’un marchand de rêves.

Alors des défauts, oui, il y en a. Editoriaux d’abord. J’ignore où le correcteur avait la tête au moment de relire les épreuves. Peut-être dans le décolleté de sa voisine de bureau. Pas sur le texte, en tout cas. Le nombre de coquilles !… Et des fautes énormes en plus. Là pour le coup, j’ai saigné des gencives et pleuré des genoux.
Sur les nouvelles elles-mêmes, je n’ai pas croisé de texte immonde. Certains plaisent plus que d’autres, certains contiennent leur lot de maladresses, mais dans l’ensemble, rien qui fasse lever les yeux au ciel en espérant qu’un dieu ou un autre foudroie l’auteur.
Sans passer en revue la totalité des titres… Enjoy the silence partait bien… et j’ai eu l’impression que l’idée maîtresse changeait en cours de route. A l’arrivée, l’enthousiasme – au sens étymologique – d’Alain reste nébuleux et s’égare en chemin, Wendy perd la boule pour mille raisons et aucune (château hanté ? pression médiatique ? drogue ? schizophrénie ?), la fin ne fonctionne pas et laisse sur sa faim. Et pourtant, il y a aussi des choses qui marchent très bien comme le “fooormidaaable”, certains échanges entre les jurés et la phrase de chute.
Trêves de comptoir, je crois qu’elle est trop longue, ce qui lui fait perdre en punch. Pourtant, elle ne manque pas d’intérêt à travers son univers décalé de super-héros, les rivalités de tous ces gens en costume bariolé ou encore le jeu sur les enchaînements de points de vue.
Certaines nouvelles restent très marquées par leurs références, par exemple Nuage rouge et Courrières, estampillées In Nomine Satanis/Magna Veritas (excellent jeu de rôle plein d’anges, de démons et d’humour trash). La charge antireligieuse manque de finesse, trop immédiate, bourrine, très crise d’ado en révolte contre les autorités. Ce qui n’empêche pas Nuage rouge d’être aussi très drôle.
Je pourrais citer aussi Le diable noir, récit à l’ambiance lovecraftienne et aux décors qui rappellent les deux premiers films de la saga Alien. Celui-ci, tu peux le prendre de deux façons. Soit “oui mais bon c’est ultra classique, HPL, bêbêtes aquatiques, tout ça, tout ça”. Soit “n’empêche qu’en soi, c’est bien fichu et les amateurs de tentacules y trouveront leur compte”. J’appartiens à la deuxième école, les tentacules et moi, c’est une grande histoire d’amour – ceux qui ont pensé hentai, vous viendrez me voir à la fin de l’heure. (J’ajouterai que dans l’introduction du recueil, Hauchecorne raconte la genèse du Diable noir, qu’elle n’est pas piquée des hannetons… et qu’elle mériterait de devenir une nouvelle à part entière.)
Et ainsi de suite. Des défauts, donc, mais pas mal de qualités qui contrebalancent. Un bouquin montagnes russes qu’on referme sur un “hum…”. Ni excellent ni abominable ni moyen, bref “hum”.

Si le recueil n’est pas génial, il est loin d’être dégueu. Du maladroit, du bancal, des bourdes stylistiques… et au moins autant d’humour, de fulgurances, de jeux sur les mots, et surtout d’idées.
D’idées et de thèmes, devrais-je dire. Dans la majeure partie de ce recueil, Hauchecorne ne se contente pas de raconter une jolie histoire, il y a un point de vue derrière. L’exploitation des travailleurs dans Nuage rouge et Courrières, la guerre dans Logique d’ensemble, les ravages de l’ambition dans Trêves de comptoir, le handicap dans Six pieds sous terre, la décérébration télévisuelle dans Enjoy the silence… Le gars a des choses à dire, ses nouvelles contiennent un fond et un propos.
Et puis le bonhomme ne manque pas d’inventivité. Noblesse oblique est un récit tordu à plus d’un titre. Madone Nécrose revisite le triangle amoureux sur fond de revival zombie. Le jardin des peines propose une relecture bien barrée de l’Eden et du Purgatoire. Cons comme les blés m’a fait hurler de rire. Une histoire simple, sans message édifiant sur le monde et la vie, juste pour le fun et ça marche !

Un proverbe dit que les chats ne font pas des ornithorynques… ou des rhinocéros, je ne sais jamais… Enfin bref, BnR porte en substance la patte Hauchecorne, idées + fond + jeu sur les mots. Perfectible à l’époque, perfecté dans les écrits ultérieurs. Aujourd’hui, les qualités sont toujours là, mais les défauts, faut vraiment pinailler pour les trouver.
Il est évident que BnR souffre de la comparaison avec Punk’s not dead, le tome 2 (chronique prévue pour plus ou moins bientôt). Mais il ne manque pas de bonnes choses. C’est comme la pomme, y en a aussi.
Et puis, la comparaison entre les deux permet de voir que Hauchecorne a réalisé “un bon trimestre, en net progrès”.
Un recueil avec ses hauts et ses bas, que je ne regrette pas d’avoir lu. Ce patient zéro s’est montré intéressant aussi bien en soi que replacé dans la trajectoire de l’auteur.
Maintenant, Anthelme, tu vas reposer ces allumettes…

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