War Zone – Djanik Faïziev

Surtout ne vous fiez pas aux jaquettes, War Zone n’a rien d’un Pacific Rim ou d’un Goldorak russe.

Affiche film War Zone

En Russie, le film s’appelle Август. Восьмого. À l’international, il devient August Eighth (traduction littérale de la VO). Chez nous, il ne s’intitule pas 8 Août mais War Zone en bon français. Zone de guerre, non, pas possible ? Y a encore des gens qui croivent que l’anglais ça fait cool comme dans les années 60 ? Le DVD est sorti en France le 7 août 2013. À une journée près, c’était pas possible non plus de coller à la date qui donne son titre au film ?
Bref.

C’est parti pour un film de guerre qui raconte la quête d’une mère pour retrouver son fils en pleine zone de combat (le titre “français” a au moins le mérite de la cohérence). L’histoire prend place pendant la Deuxième Guerre d’Ossétie du Sud de 2008 entre la Géorgie et une coalition russo-osséto-abkhaze, conflit qui a débuté un 8 août, d’où le titre original.

Pour résumer la situation de façon très schématique : certains États qui avaient fait sécession et provoqué l’éclatement de l’URSS en 1991 se trouvent ensuite confrontés au retour de boomerang. Ainsi la Géorgie doit faire face aux tendances séparatistes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Depuis trente ans, au mieux, la région est en état de crise permanente ; au pire, on s’y cartonne au fusil d’assaut. La dégradation progressive des relations russo-géorgiennes n’a rien arrangé et, depuis la crise de 2006, la Russie n’attendait qu’un prétexte pour calmer son voisin à grands coups de T-72. En 2008, ça finit par péter pour de bon.
La guerre dure une dizaine de jours et ne présente aucun intérêt sur le plan militaire. Au plan diplomatique, autre chanson. La communauté internationale s’indigne dans sa grande majorité. Elle ne sait faire que ça de toute façon : s’émouvoir devant les catastrophes naturelles et s’indigner devant les guerres pour ensuite rester les bras ballants.
L’échauffourée prend des accents anachroniques et rappelle les grandes heures de la guerre froide. Les USA gueulent sur l’ingérence russe dans les affaires géorgiennes. Qu’une partie de l’équipement et de la formation de l’armée géorgienne soit d’origine américaine, non, c’est pas gênant. Que l’USAF rapatrie les 2000 hommes du contingent géorgien de l’Irak vers leur mère-patrie, non plus. Idem user de la stratégie indirecte en poussant au cul certains États en bisbille avec la Russie comme l’Ukraine. Les politiques américains mériteraient un Oscar pour avoir balancé tout ça sans éclater de rire. Reprocher aux Russes leur ingérence, pointer du doigt une guerre préventive pour couler une armée géorgienne potentiellement menaçante ou encore pester sur le fait qu’ils frappent un grand coup pour calmer les ardeurs d’anciennes RSS qui lorgnent du côté de l’Union Européenne ou de l’OTAN… On dirait un résumé en miroir de la politique extérieure américaine depuis 1945. Je cherche encore la différence avec le déclenchement de la guerre en Irak en 2003 qui en est le parfait exemple. L’hôpital ne se sera jamais autant foutu de la charité…

Tout ça pour en arriver à War Zone, un film russe donc prometteur d’une très grande objectivité sur le sujet.
La jaquette mensongère s’explique par le gamin au cœur du film, qui se tape à l’occasion des délires monstro-futuristes, quelque part entre Diablo, Astro et Goldorak. Symbolique du monde vu à travers les yeux candides d’un enfant dissociatif, blablabla…
Sur un plan cinématographique, que du classique. Présentation des personnages et de leurs relations, exposition où tout baigne, la guerre menace puis éclate pour de bon. Maman court chercher son fiston et le récupère après moult péripéties comme mimer un orgasme dans un ascenseur ou courir au milieu des rafales.
Côté défauts, une paire de faux raccords visibles, quelques longueurs pour étirer le métrage vers la durée “épique” de deux heures, une tension dramatique artificielle et bidon à laquelle on ne croit jamais, le lot habituels d’incohérences, de facilités scénaristiques navrantes et de personnages secondaires sortis du néant pour mieux y retourner. La pire des incohérences étant le gamin censé accompagné son soldat de père dans une base militaire… et qu’il faut aller chercher dans un camp de réfugiés. Comment le gosse est-il arrivé là ? Mystère.
Avec un budget de 19 millions de dollars, ridicule comparé aux chiffres hollywoodiens, War Zone réussit un beau spectacle… mais les effets numériques se voient comme le nez au milieu de la figure.

Sorti le 21 février 2012, soit deux jours avant la Journée des Défenseurs de la Patrie – et ce n’est pas un hasard – Август. Восьмого ne rapportera que 10 millions de dollars. Le choix dans la date reflète un parti-pris propagandiste qui transpire pendant tout le film. Les Géorgiens sont présentés comme des agresseurs qui, je cite, “n’auraient jamais lancé une telle opération sans le soutien de Washington”. Leurs soldats ont déclenché les hostilités et sont même qualifiés de “terroristes” – ce qui n’a aucun sens dans le cas de troupes régulières. Comme tout le monde porte le même uniforme ou presque, on reconnaît les Géorgiens à ce qu’ils portent sous leur casque : une cagoule, comme de vulgaires braqueurs.
Donc voilà, tout russe qu’il soit, War Zone souffre des mêmes défauts qu’un blockbuster américain. Ça en jette, mais c’est creux comme un trou de balle.

Publié le Catégories Chroniques ciné

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