Ninja Assassin – James McTeigue

Le port du masque est revenu à la mode ! C’est trop super, ça me rappelle mon enfance ! Les jeunes générations l’ignorent sans doute, mais fut un temps où nous portions tous des masques : l’époque bénie des années 80 et de la grande vogue des films de ninja. Cagoule intégrale obligatoire pour tout le monde, du pékin de base aux plus hautes sphères de l’État. Mitterrand et Chirac cohabitant en pyjama noir, c’était quand même quelque chose ! Dommage que toutes les archives aient été détruites par les Illuminati reptiliens de la Terre plate et remplacées par des copies pleines de fringues fluo et de brushings improbables. Mais les vrais savent et n’ont pas oublié.
Or donc, le masque vient de retrouver grâce aux yeux des fashionistas. J’ai aussitôt ressorti ma vieille tenue de ninja. Force est constater que je ne rentre plus dedans vu que depuis mes huit ans j’ai grandi de quatre-vingts centimètres (comme ma bite). Je l’ai donc rangée (la tenue, pas ma bite) pour me rabattre sur le non-film de James McTeigue sorti en 2009 sous le titre Ninja Assassin.

Affiche Ninja Assassin James McTeigue 2009

Le protagoniste s’appelle Raizo. Pour ceux qui ont du mal avec les mots de plus de quatre lettres, un protagoniste, c’est un genre de héros mais sans le charisme. La faute à l’acteur qui l’incarne, Rain, le Juste Leblanc coréen, qui n’a pas de prénom. Pas plus que de talent pour le cinéma : le mec est aussi doué en acting que Stephen Hawking en claquettes. Monumental à sa façon, dans le sens où il se montre aussi expressif qu’un bloc de marbre, monolithique comme un gisant. Drame des idoles fabriquées de toute pièces, que les producteurs font tourner, chanter, danser, mannequiner, publiciter, histoire de bouffer à tous les râteliers. Tout ça sur la base d’à peu près rien, suffit d’être docile et télégénique pour passer le casting.
Bref. Raizo, orphelin, entraîné à tuer par un clan ninja dans sa prime jeunesse, jusqu’au jour où il prend ses distances avec ses mentors, pour s’installer en Germanie, dans la ville de Berlin, connue pour accueillir depuis la nuit des temps les ninjas en rupture de ban. Le jeune retraité du ninjutsu rencontre une fliquette d’Europol qui enquête sur une affaire pas claire. C’est pas tant l’affaire en soi qu’est louche que le scénario écrit avec les pieds : ni les tenants ni les aboutissants ne tiennent la route, on ne pige rien. Bien sûr, l’ancien clan ninja de Raizu est de la partie dans cette sombre histoire politique, moins pour des raisons logiques que grâce à la magie boiteuse du script. Ce big bazar sans Michel Fugain aboutit à un enchaînement poursuite, bagarre, re-bagarre, poursuite, bagarre.

Bon ben, c’était chiant comme film.
Notre ninja de service passe son temps à s’entraîner tout en se remémorant son enfance. Le film fait la part belle aux flash-back, moments d’anthologie de la dure vie d’apprenti ninja. Bouh, c’est trop triste… On se demande comment Raizo a survécu à sa formation, chaque scène le montrant foirer telle ou telle épreuve et se faire latter plus souvent qu’à son tour. On sourit à chaque fois qu’il s’en mange une, c’est dire l’attachement que créent le personnage et son interprète…
Les séances d’entraînement anéantissent toute crédibilité à coups de super pouvoirs ninja qu’on croyait oubliés depuis trente ans : guérison miraculeuse, déplacements en vitesse accélérée à la Benny Hill, capacité à se rendre invisible sous le nez d’un adversaire juste comme ça pshit. Le catalogue des 3 Suisses Ninjas est quant à lui mis à contribution dans les grandes largeurs. L’arsenal y passe au complet : shinaï, boken, katana, ninjato, kusarigama, bô, shurikens, shuko et j’ai perdu le compte au bout d’un moment. La débauche d’arme exotiques, ça fait ninja, c’est bien connu. Au moins on sait où est passé le budget du film. Cette daube a coûté la bagatelle de 40 millions de dollars, voilà de l’argent bien investi…
Les dialogues sont de la même eau croupie. Entre “la douleur est une faiblesse” et “la mort nous atteindra tous”, on ne risque pas un claquage du cerveau à digérer de grandes révélations à la Confucius.
De façon pas du tout artificielle, quoique si… un peu… beaucoup… Le scénario claque au passage une pseudo romance. Il y a UN personnage féminin dans toute l’école ninja et, comme le hasard fait aussi bien les choses que le scénariste les fait mal, notre héros au rabais en tombe amoureux. La mort de la donzelle fournit un prétexte de vengeance super original. Bonjour le festival de clichés et facilités d’écriture.

Pendant que Raizo se noie dans les souvenirs ennuyeux, la “géniale” policière poursuit son enquête et trouve toutes les deux minutes des indices sur des guerriers invisibles, dont l’existence est ignorée de tous. Est-ce que ça vaut le coup de s’échiner à jouer les courants d’air si c’est pour laisser autant de traces derrière soi ? Discrets, les mecs… La fliquette passe la moitié de son temps à essayer de convaincre son collègue qui, en bon flicard de cinéma, ne croit pas à l’existence d’une confrérie d’assassins en grenouillère noire, même quand on lui met sous le nez trois cartons de preuves indubitables.

À la moitié, le film et le spectateur se réveillent avec enfin un vrai combat ! Youhou ! Ou pas… Un duel de ninjas la nuit, on y voit que dalle. Par contre, le catalogue du petit bruiteur en folie est exploité à gogo. Des guerriers silencieux, voyez-vous ça… Les kékés en pyjama se déplacent avec la discrétion d’un moteur d’avion. Tu fermes les yeux, t’as l’impression d’entendre claquer des drapeaux par grand vent. Mais bon, les bruits de tissu, ça fait ninja.
Un malheur n’arrivant jamais seul, l’hémoglobine s’étale dans tous les sens et envoie la scène déraper dans la foirade complète, entre trucages mal faits, bonshommes qui pissent dans les quinze litres de sang chacun, trajectoires sanguinolents défiant la gravité, CGI réalisés sur un Amstrad.

Là-dessus, le scénar part en roue libre. La fliquette pose quelques vagues questions sur les ninjas, ce qui met au jour on ne sait comment un complot politique russe. Incompréhensible ? Illogique ? Pas grave, cette piste ne sera pas exploitée par la suite. Une des questions de la madame de la police a dû invoquer par mégarde le grand esprit du shinobi, puisqu’elle se retrouve avec un méchant ninja aux trousses. Sortant de nulle part, Raizu le gentil ninja vient lui sauver la vie sans qu’on sache comment il est au courant de tout ce bazar.
S’ensuit un méli-mélo XXL de n’importe quoi composé de baston, base secrète, baston, ninjas, baston, trahison, baston, complot, baston, encore une base secrète, grosse baston finale. Dans ce grand foutoir, dès que les gens parlent, c’est mou et soporifique. Quand ils se taisent, bagarre ! Mais le résultat ne vaut guère mieux : combats patauds et saccadés, blindés d’effets poudre aux yeux qui fatiguent plus qu’ils n’impressionnent. Les personnages se meuvent en mode ralenti-accéléré-ralenti-accéléré… les shurikens laissent des traînées matrixiennes en vol… les sabres fendent l’air en produisant plus de bruit qu’un tir de la Grosse Bertha… les hectolitres de sang mal incrusté tiennent moins du cinéma d’action que du cartoon… les guitares électriques de la BO tonitruent à qui mieux-mieux sur des rythmes génériques entendus mille fois…
On passera sur la crédibilité du héros invincible qui survit à des hordes d’assassins surentraînés et reçoit au passage un nombre invraisemblable de blessures mortelles. La palme revient à une éventration au sabre qui ne l’empêche pas d’être frais et dispos une heure plus tard. Rambo et son écharde peuvent remballer la camelote.

Au prix de raccourcis scénaristiques défiant la compréhension, les gentils se retrouvent dans la base des méchants pour un affrontement final aussi moisi que le reste. On en retiendra un grand moment de tactique ninja : charger au sabre et à découvert des types armés de fusils d’assaut.
Fin.

En résumé, Ninja Assassin est un parfait un navet, une accumulation sans intérêt de clichés, incohérences, dialogues qui sonnent faux, effets clinquants et ratés. Une baudruche péteuse qui se donne de grands airs pour ne produire que du vent.
Permet-il au moins de rigoler un bon coup comme pendant l’âge d’or du nanar en pyjama ?
Ne tirant aucune leçon des erreurs passées, Ninja Assassin est presque un vrai film de ninja. On y trouve TOUS les ingrédients et poncifs du film de ninja nanar tel qu’on en a vu des tonnes dans les années 80 : débauche d’armes exotiques, bruitages de sabre et de tissu à gogo, guerriers hyper entraînés mais dézingués comme des débutants, méchant balafré, pirouettes inutiles, base secrète de carton-pâte, super pouvoirs plus délirants qu’une théorie de Sylvain Durif… Un florilège d’ingrédients nanars dans la lignée d’American Warrior, auquel ne manque que la scène d’entraînement au sabre sur des pastèques ! Bref, il y avait de quoi réussir une parodie épique entre les mains d’un réalisateur second degré ou un bon vieux nanar rigolo sous la houlette d’un bras cassé de compétition. Mais non… snif… James McTeigue n’est même pas fichu de rater son film correctement. On ne rit pas de Ninja Assassin, on ne fait que s’ennuyer… Rendez-nous Michael Dudikoff ! C’était nase, mais qu’est-ce que c’était bon !

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