Marche ou crève
Richard Bachman / Stephen King
J’ai Lu
Ils sont cent sur la ligne de départ de la Longue Marche, et ils vont marcher, marcher, marcher. Ceux qui s’arrêtent sont abattus.
À la fin, il ne peut en rester qu’un.
(Et ce ne sera pas Connor MacLeod.)
Marche ou crève est un roman qui se prête assez mal à l’analyse, les thèmes abordés y étant d’une rare évidence – comme son cousin Runnig Man du même auteur ou son petit-neveu Battle Royale de Kōshun Takami –, autant dire que tout commentaire revient à enfoncer à la chaîne des portes ouvertes. Ce qu’on ne va pas se priver de faire, parce que c’est vachement moins douloureux que se flinguer l’épaule sur des portes fermées et on aurait tort de ne pas en profiter.
Paru en 1979, Marche ou crève traîne dans la tête de son auteur depuis le milieu des années 60, à une époque où les États-Unis sont engagés au Vietnam jusqu’au cou ; à une époque aussi qui est celle du tournant de l’opinion publique, de moins en moins favorable à cette guerre, voire de plus en plus contestataire. Pas un hasard si les militaires occupent une place de choix et le mauvais rôle dans l’État totalitaire que dépeint King dans sa dystopie.
Tout le roman n’est qu’une longue – et très juste – critique de l’utra-libéralisme et ses dérives : course à l’argent, fuite en avant, esprit de compétition, violence de l’État et ses serviteurs envers le peuple, système qui laisse sans état d’âme une part de ses citoyens sur le bord de la route, politique de panem et circenses pour détourner l’attention des vrais problèmes à coups de divertissement populaire…
Ce qui était à sa parution une fiction sur les “premiers de cordée” et “ceux qui ne sont rien” si chers au guignol qui nous sert de président a aujourd’hui pour ainsi dire valeur de documentaire : une peinture très réussie du monde contemporain qui est devenu exactement ce que King annonçait dans Marche ou crève.
