En 1990 sortait Dick Tracy, adaptation du comics éponyme. Je me souviens à l’époque d’un battage conséquent autour du film… pour pas grand-chose à l’arrivée, puisqu’il est pour ainsi dire tombé dans l’oubli. Et c’est bien fait pour lui.
Warren Beatty est un sale con, qui aura plus fait parler de lui pour ses conquêtes et ses frasques que pour son apport au cinéma.
Son Dick Tracy n’a pas marqué les annales du cinéma, parce que film sans audace, ce qui est quand même gonflé de la part de quelqu’un qui n’en manque pas. Est-ce que ça valait le coup d’occuper les fauteuils de producteur, réalisateur et acteur principal pour accoucher de cette baudruche ? Non. V’là ce qui arrive quand on est trop occupé à étaler son ego partout sur les murs comme un môme de deux ans le fait avec son caca.
Le projet sentait le sapin d’entrée. Beatty avait déjà une adaptation en tête en 1975, le film sort en 1990. Entre deux, les droits ont navigué entre les studios, des scénaristes ont écrit des scripts, des gens se sont pointés dans le projet, d’autres l’ont quitté. Enfin, le machin est devenu une créature de Frankenstein bidouillée dans tous les sens, avec personne d’accord sur rien.
J’avais vu le film sur Canal l’année suivant sa sortie. Quatorze ans que j’avais à l’époque, aucun outil critique, donc bon public d’à peu près tout ce que je regardais, et pourtant le truc m’avait pas emballé, c’est dire.
Tout ce que Dick Tracy a pour lui, c’est sa patte graphique. C’est coloré, plein d’esthétique pulp et le rendu de “comics live” fonctionne à l’écran.
Et ça s’arrête là pour les qualités.
Alors qu’il ne manque pas de sources d’inspiration, le film n’a rien d’inspiré. Rien qui lui appartienne en propre. À force d’aller piocher à droite à gauche, dur de se forger une identité. On sent bien la repompe sur ce qui a cartonné peu avant : Les Incorruptibles (Brian de Palma, 1987), Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Robert Zemeckis, 1988) et Batman (Tim Burton, 1989). Tu mets les trois ensemble, tu secoues, il sort Dick Tracy, gloubiboulga qui n’arrive à la cheville d’aucune de ses trois sources.
Adapter le comics tel quel était tout autant une idée foireuse. C’est du noir de la grande époque, avec son détective privé en imper et chapeau mou, cynique et désabusé mais chevalier blanc au fond de lui, sa femme fatale qui en fait des caisses niveau minauderies, ses vilains gangsters avec la gueule de l’emploi… Alors autant dans le film noir et le roman noir des années 30-40, ça marche, autant se pointer un demi-siècle plus tard et reprendre tout l’attirail sans rien y changer était voué à l’échec. Trop d’œuvres bonnes ou mauvaises ont rincé le bazar, au point que les codes ont tourné aux clichés si on les réutilise en l’état. Faut injecter quelque chose pour que ça fonctionne (i.e. le Batman de Burton, qui reprend tous les ingrédients du noir sans pour autant sentir le réchauffé).
Sous la houlette d’un Beatty qui croit inventer le feu, la roue et l’eau chaude, Dick Tracy se contente d’un noir premier degré, comme si le comics d’origine était la seule œuvre du genre et datait de la veille. Non, c’est vieux et beaucoup d’autres ont exploité la veine en long, en large, en travers. Certains ont même réussi à le renouveler (Les Incorruptibles, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et Batman pour ne retenir les trois mêmes que Beatty qui n’a pas dû être très attentif en les regardant pour copier dessus).
Et comme si ça ne suffisait pas, cette photocopie de film noir est desservi par un scénario d’une médiocrité affligeante, avec tous les clichés, passages attendus, scènes téléphonées possibles. Intrigue simpliste cousue de fil blanc de bout en bout, jamais surprenante, que viennent encore plomber un rythme en dents de scie pas avare de mollesse, une réalisation quelconque et un casting aux fraises (Madonna est bien meilleure chanteuse qu’actrice, Pacino cabotine au-delà de toute mesure, Beatty est trop vieux d’une douzaine d’années pour incarner le rôle).
Entre les mains d’un réalisateur/producteur/acteur moins mégalo, moins dispersé sur ses postes à vouloir tout contrôles, et surtout plus imaginatif, Dick Tracy aurait pu donner quelque chose de bon. Mais là non, le film fait juste prrrrt et se chie dessus tout du long.
