Cube – Hypercube – Cube Zero

Trois films pour le prix d’un, si ça c’est pas une affaire rondement menée – ou cubement menée, pour le coup.

Film Cube Zero Hypercube

Cube

En 1997 sort Cube, une histoire de Rubik’s cube tueur à petit budget réalisée par Vincenzo Natali.
Le film sait se montrer malin et inventif, on ne peut pas lui enlever ça. Par exemple, niveau technique, jouer sur les filtres colorés et les angles de caméra pour donner l’impression d’une multitude de pièces cubiques différentes alors qu’en vérité le réalisateur ne dispose que d’un seul décor.
Même chose côté pitch et mise en place, très prometteurs. Un groupe de personnes disparates se retrouve enfermé dans une pièce cubique, qui donne sur d’autres pièces cubiques, le tout formant un cube géant. Truffé de pièges mortels, toujours bon pour la tension dramatique. Qui sont ces gens ? Pourquoi sont-ils enfermés là ? Par qui ? Qui a construit cet improbable empilement de cubes ? Pourquoi ? Assez de questions et de mystère, donc, pour tenir en haleine tous les fabricants de dentifrice de l’univers.
Quand je l’avais vu à sa sortie, j’avais bien aimé le côté une-porte-un-monstre-un-trésor (plus ou moins), qui me rappelait mes premières heures de rôliste à Donjons & Dragons. Enfin on avait droit à la version trash de Fort Boyard dont je rêvais depuis la première de cette émission le 7 juillet 1990. Plus les petits détails bien trouvés comme les prisonniers portant des noms d’établissements pénitentiaires (seul Shawshank manque à l’appel, snif).
Concept original, énigmes et ambiance claustro au rendez-vous… et c’est tout en fait.

Parce que les défauts ne manquent pas. Déjà le casting, sans être à la ramasse, n’est pas génialissime non plus, à donner dans un surjeu usant pour le spectateur.
Mais surtout, le contenu du film se révèle aussi vide que les pièces mises en scène. Les personnages ne savent rien et s’interrogent assez peu sur le pourquoi du comment. J’entends bien que leur première préoccupation soit de sortir de ce piège à rat plutôt que bavasser, mais ils ne cherchent pas à mettre en commun les informations, même parcellaires, dont ils disposent, ce qui pourrait peut-être leur donner des pistes d’évasion. Cette absence de questionnement donne l’impression qu’ils s’en foutent et le spectateur finit par suivre le même chemin.
Ce hic vient, comme les autres défauts, de lacunes majeures en écriture. À commencer par les dialogues, qui d’une part sont pauvres et tournent en plus à la confrontation systématique. Le moindre début de commencement d’embryon de théorie sur la nature du cube donne lieu à une engueulade qui coupe court à toute discussion et le reste du temps… les protagonistes s’engueulent aussi. À avoir voulu faire trop de mystère, le scénariste s’est retrouvé avec des personnages qui n’ont plus rien à dire et se contentent de crier et gesticuler.
Chacun d’eux possède un savoir-faire particulier qui, associé aux capacités des autres, donne au groupe les moyens de s’échapper sans bobo. Dommage, ils sont tous mal écrits : le flic dynamique censé incarner le meneur de la troupe est trop irascible et tyrannique pour remplir sa fonction, l’architecte qui a participé à la conception du cube ne sait rien de la conception du cube (okay…), la matheuse et l’autiste doué en calcul (merci du cliché…) font doublon, l’expert en évasion se plante comme un débutant… Donc déjà, de base, pas mal d’éléments coincent sur la nature des personnages. Et derrière le scénario ne leur laisse aucune chance de jouer leur rôle et d’exploiter leur potentiel.
Bien sûr qu’on n’attend pas, pour des raisons de tension dramatique, que la collaboration aille de soi et que le plan se déroule sans accroc. Il faut des oppositions, ne serait-ce que pour permettre aux protagonistes de comprendre que la solution réside dans l’entraide et la combinaison de leurs talents. Sauf que là, il n’y a que ça, des oppositions, une torpille après l’autre pour plomber chaque situation. Les frictions finissent par apparaître pour ce qu’elles sont : artificielles. Des ressorts de narration pour faire croire qu’ils se passe quelque chose, alors qu’en fait il n’arrive rien. Natali a confondu tension et agitation. Retire les prises de bec, il reste dix minutes de film.
Il aurait été plus intéressant pour maintenir l’attention du spectateur d’apporter des éléments de réponse au fur et à mesure de la progression des personnages dans le cube. On ne sait rien au début, ni eux, ni nous, OK, ça fonctionne. Sauf qu’arrivé à la fin, on n’en sait pas plus et on n’en saura jamais plus. Qui a construit le cube ? Pour quel usage ? Quelle est la finalité du projet ? Pourquoi y enfermer des gens ? Pourquoi ces gens ? Pourquoi les pièges ? Il se passe quoi quand on sort (du moins si on en sort) ?… La face cachée du Cube le restera. Et c’est là que le film se plante, à trop jouer le coup de la fin cryptique laissée à la libre interprétation du spectateur. Une interprétation sur la base de quoi, puisqu’on n’a aucun élément ?
Le scénariste est payé pour un boulot – c’est sa fonction pour rester dans le thème –, autant qu’il le fasse jusqu’au bout. Ou alors, faudrait rémunérer le spectateur, qui au contraire paye une place de ciné ou un DVD et devrait en plus terminer lui-même le film ?!? Qu’il reste des questions en suspens, soit ; qu’on puisse se livrer à diverses interprétations ou théories, soit… mais là, trop c’est trop. On sent qu’il n’y a que du vide derrière tout ça, une posture du scénariste/réalisateur pour faire son cake à jouer les mystérieux. Quand le gars balance sur les réseaux sociaux qu’il a tourné une fin alternative mais qu’il l’a détruite pour que personne ne sache, le propos m’évoque un gosse dans une cour de récré, braillant à qui veut l’entendre qu’il connaît un super secret mais qu’il ne le dira à personne. Un gamin qui fait son intéressant… Plusieurs versions du script ont circulé avec chaque fois des fins différentes : expérience extraterrestre, prison juste un peu plus hors norme que la moyenne, symbolisme de l’aliénation de l’individu à sa seule fonction dans la société, simple rêve du personnage autiste de la bande emprisonné dans sa tête… Ouais ben, tout ce foisonnement et ce pseudo mystère basé sur du rien finit par ressembler à de la paresse d’écriture pour ne pas avoir à pondre une vraie conclusion. On en arrive à se demander si à un moment le réal/scénariste a su lui-même ce qu’il voulait raconter et où il voulait en venir. Je ne crois pas.

Enfin bref, à voir quand même pour la curiosité, parce qu’il y a de bons éléments et de bonnes idées de base. Dommage que rien ne soit exploité et qu’à l’arrivée, Cube n’aille nulle part.
On peut très bien vivre sans voir les deux suites. Je pense même qu’on en vivrait encore mieux. Me les étant infligées, je me sens obligé d’en parler, en espérant que la catharsis opère pour me délivrer de la malédiction de ces navets.

Cube² : Hypercube

Si vous avez payé pour ce film, vous vous êtes fait encuber.
Cube 2 est un gros caca. Chercher le moindre élément à sauver de ce film redéfinirait la notion de perte de temps.
Déjà, classique dans une suite, on perd l’originalité du concept. D’autant que le scénariste ne s’est pas cassé la nénette : il a repris le même pitch à l’identique. Il a juste ajouté une quatrième dimension à son cube pour s’embarquer dans des notions d’hypercube et de tesseract, qui existent en géométrie et qu’à l’évidence il ne maîtrise pas. Quatrième dimension, effets de gravité inversée, écoulement du temps variable, univers parallèles, paradoxes temporels, bienvenue dans ce qui ressemble moins à un pot-pourri qu’à un pot-moisi de SF. À ce niveau d’explications capillotractées, on termine le visionnage de cette daube plus chauve que Yul Brynner.
Les effets spéciaux pataugent au mieux dans le ridicule. L’ambiance sombre (à tous points de vue) du premier disparaît pour un blanc éclatant qui brûle les yeux, j’en ai encore les rétines qui frétillent. Au moins, les claustrophobes pourront regarder le film tranquilles, tout paraît immense dans cette blancheur immaculée.
Le casting est au-delà de lamentable. Pas un acteur pour rattraper l’autre, à part peut-être ceux qui meurent au début sans avoir eu le temps d’étaler leur absence de talent. Ils sont mauvais, mais mauvais…
L’objectif des prisonniers dans le premier opus était de sortir, ici, c’est impossible, ce qui tue dans l’œuf toute perspective de quoi que ce soit. Les spectateurs vont donc se contenter de déambuler de salle en salle (et de ville en ville, cinéma ! cinéma !) pour crever un par un sous l’œil indifférent du spectateur. Exit le côté survival et le charme de l’énigme du premier.
Le machin se clôt sur une fausse fin qui dit tout sans rien dire, possible ouverture sur un Cube3 : Cube au cube qui n’a jamais vu le jour, les critiques assassines de cette hyperbouse ayant douché les ardeurs. Pour le peu qu’on comprend de l’imbroglio, une agence gouvernementale et une firme d’armement bossent sur un projet de nature secrète et mystérieuse qui servira à quelque chose dont on ignore tout. Super, merci pour la précision. Par contre, on sait grâce à la dernière réplique que la phase 2 est finie (et le film aussi). Chouette !

Cube : Zero

Tout est dans le titre qui annonce d’emblée que Cube : Zero ne vaut pas grand-chose. Lente, lourde, mal jouée, nasebroque, cette préquelle se place du côté des gardiens du cube et affiche pour objectif d’apporter des éléments sur le pourquoi du comment de cette structure. Il n’en ressort que du bancal, du confus, de l’incohérent, du contradictoire, du débile.
En gros, le cube est une prison où sont envoyés les opposants au régime dans une espèce de dictature théocratique. Si tu parviens à la sortie, on te pose la question “croyez-vous en Dieu ?”. Si tu réponds oui, tu sors. Sinon, on te grille la tronche au lance-flammes. Tout ça pour ça… Trois films pour accoucher d’une version hyper compliquée du bûcher, ça valait le coup…
Chez beaucoup de spectateurs, la critique récurrente porte sur le peu d’inventivité des pièges mis en scène dans ce dernier opus. Pour une franchise qui se voulait à la fois métaphore du conditionnement social des individus, enfermés dans une fonction unique hors de laquelle ils ne sont rien, et réflexion sur l’individualisme stérile opposé à une collaboration salvatrice, cette focalisation sur les pièges s’impose comme la pire sanction. On n’aura retenu de Cube que ses chausse-trapes plus ou moins inventifs. Et c’est tout. La faute à un manque de rigueur dans l’écriture dès le premier volet, fondations branlantes sur lesquelles rien de valable ne pouvait se bâtir.
Voilà à quoi se résume la franchise Cube : des pièges un peu cracra qui en sont arrivés à ne même plus séduire sur la fin. On est loin de l’œuvre majeure de science-fiction…

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