Critiques express (33) Né sous X

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Le printemps approche, les jours rallongent, les jupes raccourcissent, la sève sévit, les températures remontent et il fera bientôt aussi chaud dehors que sous la couette d’Un K à part, agitée d’ébats torrides entre madame K et moi-même.
À défaut de pouvoir vous inviter à la fête en ces temps de distanciation sociale, voici quelques idées de lecture pour apporter de la chaleur dans vos foyers et vos culottes.

La fille aux bottes Frédéric Mancini érotiques Esparbec Média 1000

La fille aux bottes
Frédéric Mancini

Média 1000

Marina part étudier aux States d’Amérique, où elle tombe sous le charme d’une de ses profs, Kim, et se découvre un penchant pour le fétichisme des bottes.
C’est pas fou, comme bouquin, mais il fait gentiment son taf. Perso, il m’a bien plu parce que le sujet me parle. Ma chère et tendre l’a lu, ça lui a parlé encore plus qu’à moi. Après, on reste dans le léger : si la dimension fétichiste est présente, elle aurait gagné à un traitement plus en profondeur. Les penchants lesbiens de Marina se confondent pour ainsi dire avec sa passion pour les bottes, ce qui fournit un angle d’attaque intéressant mais aussi envahissant par moments. Dans certains chapitres, le roman traite moins de “la fille aux bottes” que de “la fille amoureuse de sa prof” et tend à s’éloigner de son propos central avec des scènes hors sujet.
Donc une lecture sympa pour passer le temps, avec un Mancini plutôt soft, loin des outrances de Souillures ou Humidités (cf. liens vers les chroniques concernées en fin d’article).

Couverture Dogging Frédéric Mancini Les érotiques d'Esparbec Média1000

Dogging
Frédéric Mancini

Média 1000

Dogging parle de dogging (merci, La Palice), pratique qui n’a rien à voir avec les chiens ni la zoophilie. On parle ici de sexe en plein air, dans des lieux publics (mais pas trop fréquentés quand même pour éviter que les badauds ne préviennent la maréchaussée). La représentation la plus courante dans le cinéma X, c’est le gangbang nocturne qui voit une donzelle se taper dans un parking ou un parc une demi-douzaine de gugusses à la queue leu leu, parfois par paquets de deux ou trois en même temps.
Un mélange de voyeurisme et d’exhibition pas trop dans mes centres d’intérêt, d’où l’envie de jeter un œil à ce bouquin, histoire d’avoir un aperçu de la version romancée sur papier.
Ouais ben bof. Mou du genou, pas émoustillant, incapable de mettre en scène le frisson de l’interdit, rien de folichon dans ce récit quelconque.

Couverture Fucking Machines Frédéric Mancini Média 1000 Les érotiques d'Esparbec
Glisser le bouquin dans une boîte de sextoy et rafler la palme d’or de la mise en scène, c’est fait.

Fucking Machines
Frédéric Mancini

Média 1000

La quatrième t’annonce que le personnage principal est victime d’un accident de la route… qui n’arrive en vérité qu’à la page 75. Dans un bouquin de 125 pages, ça fait tard pour un incident déclencheur. La conception de fucking machines par le bricoleux de service étant une conséquence dudit accident, on se retrouve avec les deux premiers tiers du texte hors sujet. Le roman ne se rattrape pas dans son dernier segment, entre descriptions confuses de ces fameuses machines et leur classicisme. Le mec ne crée rien qui n’existe déjà. Je ne vois pas l’intérêt de fabriquer soi-même des modèles identiques à ceux vendus en ligne ou en boutique par les sex-shops. L’occasion était pourtant belle de s’offrir des délires quelque part entre MacGyver, Vibroboy et L’inspecteur Gadget. En guise de go-go-gadget-au-dildo, faudra se contenter d’une machinerie à la papa, sage et insipide.

Couverture Glory Holes Frédéric Mancini Média 1000 Les érotiques d'Esparbec

Glory Holes
Frédéric Mancini

Média 1000

Alors, le glory hole, pour les celles et ceusses d’entre vous qui ne connaîtraient pas la chose, est un trou percé à travers une cloison dans un but de voyeurisme ou de rapports sexuels (fellation, pénétration). Le mode d’emploi est des plus simples : d’un côté, un gugusse glisse son pénis dans l’orifice, de l’autre, son ou sa partenaire – souvent un(e) parfait(e) inconnu(e) – lui fait son affaire dans l’anonymat le plus total, et en route pour la gloire !
La pratique, dont la première mention attestée remonte à un procès londonien en 1707, a longtemps été associée à l’homosexualité masculine. Héritage d’une époque pas si lointaine où la discrétion et le secret étaient de rigueur pour éviter les poursuites légales et persécutions. Aujourd’hui, une rapide recherche sur le Net vous montrera que le “trou de la gloire” s’est élargi pour recevoir hommes et femmes, homos et hétéros. On peut même pratiquer chez soi au sein d’un couple légitime si on aime l’idée d’une partie en double aveugle sans pour autant être tenté de s’y livrer avec d’illustres inconnus. Bref, ce home sweet home un peu particulier est désormais ouvert à toutes et tous. N’importe qui peut y creuser son trou sans distinction d’aucune sorte.
Voilà un sujet porteur, riche de thématiques comme le coup sans lendemain, l’exhibitionnisme masqué, le mélange d’attrait et de peur face à l’inconnu, l’impunité du ni vu ni connu ou encore la préservation de l’anonymat, notion de plus en plus délétère à notre époque de surexposition individuelle – parfois involontaire – via les réseaux sociaux.
Sur la question, Frédéric Mancini propose un roman de gare correct. Des trous dans les murs, des scènes pornographiques, ça fait le café sans étincelles. Ni mauvais ni excellent, bref correct. Ce qui le classe juste au-dessus de moyen, c’est le processus d’évolution de son héroïne, quasi phobique à l’idée de la pénétration, qui va petit à petit dépasser son blocage en variant les fantaisies gloryholiennes jusqu’à sauter le pas (ou sauter le paf, ça marche aussi).

Couverture Bondage Claude Delbouis Les érotiques d'Esparbec Media 1000 ballgag

Bondages
Claude Delbouis

Média 1000

Si Fabienne, l’héroïne, aime être attachée, on regrettera que l’écriture de son personnage ne la rende pas très attachante. On suit ses péripéties d’un œil extérieur, sans être tout à fait dedans. Chaque chapitre repousse un peu plus loin les limites en faisant découvrir à la donzelle telle ou telle facette du BDSM. Bon point : la variété. Mauvais point : parcours crescendo classique sur un air connu, donc sans surprise et pas très palpitant. Sur ce sujet, le meilleur titre reste Le lien de Vanessa Duriès, qui raconte très bien sa propre expérience.
Ce qui démarque ce Bondages du lot des productions formatées et mal ficelées – un comble sur ce thème ! –, c’est qu’Hervé, le frère de Fabienne, se retrouve embarqué dans l’aventure, jusqu’à finir soumis, grimé en soubrette, avec quelques difficultés à s’asseoir eu égard au traitement subi par son séant. Vu le public cible de cette collection, très masculin, très hétéro, tomber sur des scènes de domination/soumission où un homme en enfile un autre est assez inattendu. L’idée tire le roman à la fois par-derrière et vers le haut en apportant un peu de piquant à ces Érotiques d’Esparbec, qui se ressemblent trop souvent les uns les autres et pourraient tout aussi bien s’appeler L’armée de clones d’Esparbec.

Couverture Jeux de filles Marie Salama Les érotiques d'Esparbec Media1000

Jeux de filles
Marie Salama

Média 1000

Ce Média 1000 démarre sur le schéma qu’on retrouve dans nombre de titres de la collection : deux étudiantes, l’une coincée, l’autre délurée, font connaissance et la seconde entraîne la première sur la pente du vice. Cas particulier de celui-ci, une rupture thématique inexplicable au milieu du bouquin. L’histoire partait sur un mélange de saphisme, d’ondinisme et d’exhibitionnisme, et d’un coup vient se greffer un couple hétéro composé d’un mari hémiplégique et d’une épouse dominatrice, soit des thématiques de paraphilie autour du handicap et d’inversion des rôles entre pénétrant et pénétré. Alors croiser les effluves et mélanger tout ça pourquoi pas, encore faut-il que la démarche ne soit pas qu’un artifice gratuit et fasse sens dans le récit. Ce n’est pas le cas ici. Pourquoi ce glissement thématique se produit-il ? Parce que c’est dans le scénario. Pourquoi c’est dans le scénario ? Parce que. Ah… Faute d’une justification qui ne soit plus branlante que les personnages mis en scène, la seconde moitié de l’histoire se retrouve déconnectée de la première, presque comme si on avait affaire à deux mini romans scotchés l’un à l’autre.

Au haras je servais souvent de monture Gwenaelle confessions érotiques Media 1000

Au haras, je servais souvent de monture
Gwenaelle

Média 1000

Les confessions érotiques de Média 1000, c’est l’entrée de gamme de la littérature pornographique. L’équivalent papier des films X lambda, avec leur scénar qui tient en deux phrases et leurs acteurs pas fichus de jouer la comédie ni d’aligner une ligne de dialogue à peu près juste. Dans ces confessions, on retrouve le même esprit, entre personnages pas développés, style rédactionnel niveau collège, récit enchaînant avec frénésie les scènes de sexe sans un poil d’histoire pour lier l’ensemble.
Celui-ci a la particularité d’être le premier que j’avais acheté, ce qui lui vaut un certain attachement affectif nostalgique. Parce que sinon, niveau littéraire, c’est un zéro pointé. Après, dans ce genre de bouquins, on vient du chercher du cul et il y en a à foison comme à toison, donc le pacte est respecté. On n’en attend pas plus, il n’y a rien de plus à en attendre.
Si on aime l’ambiance des écuries, le foin, les tenues d’équitation, les bottes cavalières, les cravaches et qu’on n’est pas regardant sur la qualité du texte, ce haras propose une virée plutôt fun sur des montures qui aiment cavaler au triple galop.

Texas Porno Cheap The Joe Sex Clash Alexis Loranger Lectures amoureuses

Texas Porno Cheap & The Joe Sex Clash
Alexis Loranger

La Musardine

Bon point de cette édition, elle propose deux courts romans (Texas Porno Cheap et The Joe Sex Clash) à pas cher. C’est à peu près tout ce qui ressort de bien.
Il y avait des idées initiales intéressantes. Par exemple, la trame chronologique simultanée des deux textes, le premier autour de la blonde Kathy le long de la route 66, le second autour de Joe, son régulier, resté à New York. Le fait de lier les deux romans avec un épilogue commun était bien vu (en tout cas dans les limites d’inventivité d’un copier/coller). Le hic, c’est que le deuxième roman est trop calqué sur le premier. Au lieu de correspondances occasionnelles qui se feraient écho pour former des ponts entre les deux textes, on a ici un viaduc ininterrompu, presque un auto-plagiat à reprendre point par point la même structure et les mêmes ficelles pour couler Joe dans le (ou la) même moule que Kathy. The Joe Sex Clash est juste un clone, à la limite du foutage de gueule envers le lecteur en matière d’exploitation de filon et d’inventivité zéro.
Avec Texas Porno Cheap, les intentions de l’auteur était d’écrire un porno en reprenant avec humour les clichés du genre. C’est à moitié réussi. Il a écrit un porno. Avec tous les clichés du genre. Mais aucun recul (comment veux-tu, comment veux-tu…). Et quand tu te contentes de balancer des stéréotypes sans chercher à les déconstruire, à en prendre le contrepied, à t’amuser avec, ça donne juste des clichés et une œuvre sans grand intérêt puisque déjà écrite mille fois.
L’humour interne au texte tombe à plat et la satire annoncée du genre pornographique, je la cherche encore. Le récit a beau être foufou dans ses péripéties, la façon de rapporter les aventures de Kathy comme de Joe sonne trop premier degré, sans remise en question des codes, sans jeu sur les clichés, sans distanciation. L’ironie et la dérision envers le X restent aux abonnés absents tout du long.
La structure narrative est proche d’un jeu vidéo à la Mario. Kathy va d’un point A à un point B (traversée du niveau). Arrivée à destination, une rencontre qui se solde par une scène de sexe (affrontement avec le boss de fin de niveau). Et c’est reparti pour un tour, avec un autre déplacement, dans un autre décor, pour copuler avec une autre personne. Schéma vite répétitif. D’autant que les scènes de sexe sont loin d’être réussies, soit trop courtes soit trop étirées mais toujours mal décrites, assez peu détaillées au final.
Quant au style, il n’est pas avare de lourdeurs. Sur certaines phrases, l’auteur étant belge donc possiblement néerlandophone, j’avais pensé à une mauvaise traduction du flamand vers le français. Mais non, pas de “traduit du néerlandais par…” où que ce soit dans le bouquin, c’est en français natif, par moments très bancal dans les formulations. À se demander où le correcteur du manuscrit – parce que ce genre de défaut dans le produit fini incombe autant à l’auteur qu’à ceux qui sont passés derrière pour travailler sur le texte – avait la tête…
Verdict : on est loin du compte, très loin.

Liens de cuir Isabelle Delange Aphrodisiaques Sabine Fournier

Liens de cuir
Isabelle Delange

Sabine Fournier

Florence se marie avec le fils de Joseph, pater familias tyrannique qui élève des chevaux et des taureaux. La jeune mariée suit au long du roman une évolution qui voit sa belle-famille de dégénérés la transformer en une tête de bétail, l’équivalent humain une vache laitière et reproductrice.
“Les Maîtres s’occupaient d’elle. Elle n’avait rien à décider, rien à penser. Elle était juste une femelle.” Cette citation résume bien l’idée générale et la philosophie de l’ouvrage autour de la femme-objet présentée comme une épouse soumise, effacée et dépendante, une esclave sexuelle à la merci du patriarche familial, traitée comme une bête de troupeau, le degré zéro de l’évolution.
Autant dire qu’avec un postulat pareil, je n’ai pas du tout accroché à ce roman. Même les scènes de sexe ne font pas envie, trop glauques à se complaire dans le malsain.
Seules les illustrations d’Olson (dessinateur de Julia et Mi-anges, mi-démons) méritent le coup d’œil.

La femme aux chiens L'Erotin Alphonse Momas
Comme je n’ai pas de chiens, j’ai mis une chatte.

La femme aux chiens
L’Érotin / Alphonse Momas

GrandsClassiques.com

Sous-titré Recueil documentaire psycho-pathologique sur les aberrations sexuelles chez la femme normale tombant dans la bestialité la plus raffinée, ce roman n’a rien d’un traité médical, il s’agit d’un porno zoophile que l’on doit à Alphonse Momas. Ce Stakhanov de la plume a écrit plus d’une centaine de titres, pour l’essentiel dans les années 1890-1900, sous une tonne de pseudonymes, dont l’énumération ressemble aux règles d’un jeu du Pays de Galles dans Kaamelott. L’Érotin, Le Nismois, Mercadette, Fuckwell, Zéphyr, Pan-Pan, Clic-Clac, Tap-Tap, Trix, la liste a des airs de “doublette, jeu carré, jeu de piste, jeu gagnant, jeu boulin, jeu-jeu, joue-jeu, joue-joue, jougier, jouganou, gnagna, katakte, takate, kakatak, kagate-kata et ratakak-mik” (épisode Perceval chante Sloubi).
La femme aux chiens, c’est Régine Moutiers, une jeune veuve, violée par un satyre qu’on interprètera comme une représentation du Diable, connaissant l’intérêt de Momas pour les questions religieuses – il a publié sous son vrai nom plusieurs ouvrages de théosophie. Ce viol la transforme en “chienne” – je cite Momas – au sens métaphorique du terme, ce qui la pousse à se livrer à ses chiens. Les toutous à leur mémère lui font son affaire, quelque part entre la figure mythologique d’Actéon et celle biblique de Jézabel.
C’est ici qu’intervient l’aspect “documentaire psycho-pathologique”. L’attrait de Régine pour les amours canines est présenté comme une addiction dans l’acception clinique du mot : croissante, envahissante, irrépressible, source d’une dépendance dont elle ne parvient pas à décrocher.
On regrettera le côté parfois répétitif du roman. Rien ne ressemble plus à un chien qu’un autre chien et certaines scènes font redite. Après, on n’a pas trop le loisir de s’ennuyer vu la brièveté du texte (moins de 150 pages) et Momas essaye de contrebalancer le trop-plein de chenil en folie avec des apartés saphiques entre Régine et Coralie, sa femme de chambre.
Un roman à découvrir pour la curiosité si vous aimez sortir des sentiers battus !

Littérature érotique talon aiguille

N’hésitez pas à aller titiller d’autres zones érogènes du blog :
– festival de la demi-molle
– florilège Esparbec
– fantaisies inavouables

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