Codex Imperial Fists V8
Games Workshop
Les Imperial Fists sont un de ces chapitres maudits, cheville ouvrière présente depuis les débuts de Warhammer 40,000 mais reléguée au rang des seconds couteaux. Figurant parmi les légions originelles créées par l’Empereur, chapitre dans les clous du Codex Astartes, d’une loyauté sans faille au grand patron, sans identité particulière à la différence des Blood Angels ou des Dark Angels, les Imperial Fists sont les Ultramarines mais en jaune. Si ces derniers représentent aujourd’hui la faction phare du jeu, leur popularité ne tient qu’à leur mise en avant par Games Workshop qui les colle partout, tout le temps (ce qui est un poil saoulant, soit dit en passant). À côté, les Imperial Fists, qui n’ont pas bénéficié de cette promo outrancière, font figure de laissés-pour-compte. La couverture de ce supplément de codex rend très bien cet état de fait : on a rarement vu une tronche de Space Marine aussi neutre et aussi peu charismatique.
La faction souffre aussi de sa couleur, le jaune, ni très martiale, ni la plus facile à peindre. Sa spécialisation la freine sans doute aussi, vu que depuis quelques années où l’accent n’est mis que sur le jeu compétitif, on ne voit plus qu’un éternel décor urbain de ruines en L. Pas idéal pour des maîtres de la poliorcétique, faute de forteresses à assiéger ou défendre. Comme tout est déjà pété sur le champ de bataille, on se demande à quoi peut servir leur puissance de feu… Histoire de bien les plomber, on ne peut pas non plus dire que la gamme de figurines leur soit très favorable pour mener des sièges : elle manque de pièces d’artillerie comme celles qu’on trouve dans l’Astra Militarum (Wyvern, Basilisk, mortier, batterie d’artillerie cadienne, équipe d’artillerie de Krieg).
C’est le genre d’armée qui me plairait bien, mais l’identité peu marquée du chapitre, la couleur jaune que je déteste et le manque d’armes de siège ne me donnent aucune envie de me lancer dedans.
Le codex dédié aux canaris de l’Empereur a pour principal défaut sa rédaction. La huitième édition est celle du lancement des Primaris, refonte des figurines Space Marines en plus grand, et tout suit le même chemin. Le style déjà emphatique de la licence s’embarque dans des monuments de grandiloquence ronflante. En clair, ça se veut épique, c’est pompeux jusqu’au ridicule. Ce codex n’y échappe pas, avec son style d’une lourdeur abyssale, et c’est encore pire en VF avec une traduction aussi littérale que bancale, quand elle n’oublie pas carrément de traduire certains termes. Histoire de bien enfoncer le clou, le texte est bourré de coquilles, fautes de syntaxe, mots manquants et phrases dépourvues de sens.
Le ton global serait aussi à revoir, qui décrit les Imperial Fists comme des guerriers certes valeureux mais pas bien malins, dont le génie stratégique se limite à tout écraser en déployant des tactiques ou des compagnies qui ne sont jamais les plus adaptées à la bataille à livrer. Bref, des neuneus bourrins à la compétence toute relative, ce qui ne donne pas trop envie de se lancer dans cette armée.
La première partie, consacrée au lore, présente ces guerriers orgueilleux comme des Eldars et têtus comme des nains de fantasy, décrit leur monde chapitral (qui n’est pas la Fistinière mais la station de combat Phalanx), remonte à leur primarque Rogal Dorn et passe en revue l’organisation générale du chapitre et chacune de ses compagnies, de la première à la dixième (juste après nous avoir expliqué que l’avancement d’un Space Marine au sein du chapitre va dans le sens inverse, bonjour la cohérence…).
Bonus bienvenu, cette section prend ensuite le temps de s’attarder sur un chapitre successeur, les Crimson Fists menés par l’increvable Pedro Kantor, présent déjà dans Rogue Trader. On regrettera de ne pas avoir d’autres chapitres successeurs, mis à part cinq figurines avec juste un nom dans la galerie de photos. Une double page avec une douzaine d’encarts aurait permis d’en évoquer quelques-uns avec une poignée d’infos rapides sans alourdir le codex ni demander un taf descriptif de folie.
Les fans des Imperial Fists qu’ils soient joueurs ou lecteurs des romans trouveront là un matériau copieux et indémodable d’une édition du jeu à l’autre, ce qui constitue le gros point fort du codex. Par contre, on croise pas mal d’incohérences. Dans les descriptions des compagnies, GW a voulu que chacune soit iconique à grand renfort de superlatifs et d’hyperboles, la plus ceci, la plus cela, la première en ci, la seule en ça. Un exemple parmi d’autres : la 1ère compagnie fait preuve d’une adaptabilité inégalée sur le champ de bataille. C’est aussi le cas de la 3e. Donc rien d’inégalé en fait.
Le deuxième gros morceau est constitué du cahier photo. Alors, c’est joli et ça survole le plus gros des unités et véhicules. C’est aussi très jaune et sans doute trop long pour le peu à montrer, vu qu’on vite fait le tour du schéma de couleurs des Imperial Fists. Là aussi, on aurait apprécié davantage de matière sur la question des chapitres successeurs.
Les mises en scène sont magnifiques… tout en ne ressemblant pas du tout à la réalité de Warhammer 40,000 sur les tables de jeu.
La dernière partie est consacrée aux règles spécifiques aux Imperial Fists en complément du codex Space Marines V8. Je ne vais pas m’attarder dessus, puisqu’elle est obsolète et sans intérêt aujourd’hui. On en retiendra quelques photos supplémentaires qui peuvent servir pour la peinture de certains héros du chapitre, ainsi qu’un générateur de noms et prénoms pour ceux qui aiment personnaliser leurs figurines.
On tient là un bon codex, indispensable à l’amateur des Imperial Fists, intéressant pour celui qui, sans être fan, cherche des infos sur le sujet. Le bouquin a une bonne durée de vie, les trois quarts de son contenu (la moitié de lore, un quart de photos) étant recyclables d’une édition à l’autre.
Bien que je ne suis pas un défenseur jusqu’au-boutiste de la VO – posture qui tient en général du snobisme plus qu’autre chose –, je conseille pour une fois de faire l’impasse sur la VF, calamiteuse, et de s’orienter sur la version anglaise. À moins d’avoir fait allemand-espagnol dans votre scolarité et de ne pas lire du tout l’anglais, épargnez-vous cette traduction catastrophique.
