Camera Obscura – François Theurel, le Fossoyeur de Films

Camera Obscura
Voyage dans les mystères du cinéma

François Theurel
(aka Le Fossoyeur de Films)

Hoëbeke

Après un T’as vu le plan ? qui était pas mal tout en restant un peu facile par sa dimension de simple compilation, Camera Obscura cherche à aller plus loin en s’attaquant aux mystères du cinématographe. Mystère à prendre ici au sens antique, avec une dimension mystique : c’est de “magie du cinéma” dont il sera donc question.

Couverture Camera Obscura François Theurel Le fossoyeur de films Hoëbeke

Bilan de cette lecture : oui, mais…

La difficulté de l’entreprise, saisir l’insaissible, relevait de la mission impossible. On en ressort avec beaucoup de pistes de réflexion – ce qui était le but – et une multitude d’exemples filmiques – ce qui colle au sujet –, ainsi que la sensation diffuse d’en être au même point à la fin du voyage qu’au début.
Si le propos se veut davantage structuré que T’as vu le plan ? et son format fiches ciné mises bout à bout, on reste quand même sur une impression de patchwork de vignettes qui partent à droite à gauche sur tel ou tel thème et il peine à se dégager une vue d’ensemble.
Noyé sous ses effets de manche stylistiques (Damasio est cité en remerciements, le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre) ses nombreux exemples qui vont toujours dans le bons sens de la démonstration, le propos a tendance à s’écouter parler et s’oublie parfois dans le détail de ses références au détriment d’une analyse plus globale. On ne sait jamais si les films cités précèdent l’argument en lui donnant naissance ou s’ils sont juste là pour appuyer un postulat posé là, comme ça, parce que.
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas la chaîne du Fossoyeur de Films, ce bouquin pourra être l’occasion de s’y intéresser. Pour les habitués de la chaîne, il flotte comme un parfum de déjà vu. Camera Obscura synthétise (ou recycle, c’est selon) ce qu’on a déjà vu dans les épisodes éponymes de la chaîne, idem d’autres formats comme les œuvres maudites traitées dans les Film Wars pour Dailymotion.

Ouvrage intéressant, avec beaucoup de réflexion dedans mais moins d’analyse que prévu, d’où une petite déception. Un fragment balancé, en passant, deux, trois titres pour étayer, et hop, pensée suivante. Voilà comment je vois les choses, tel film vient appuyer mes dires sans qu’on sache s’il est représentatif de quelque chose de plus grand ou juste une exception qui tombe à pic. Très argument d’autorité dans le principe.
Et autant de visions partielles et subjectives posées comme des vérités gravées dans le marbre. Machin a dit que, or Machin est un grand artiste, donc Machin a forcément raison. Ah bon ? Bah non. En fait, il est là le souci de ce livre : s’être égaré dans son propre voyage au cœur de l’image et rester in fine baba devant ses idoles filmiques (idole, du grec eidolôn, image, quelque part ça reste dans l’esprit…).
On nous annonçait de l’incertitude, le ton est péremptoire. Et s’écoute beaucoup parler.

En tout cas, l’ouvrage a le mérite, pour peu qu’on le prenne avec recul, d’être l’occasion d’un questionnement sur le rapport qu’on entretient soi-même au cinéma et à l’image. À travers l’interminable catalogue de références égrenées comme dans une dissertation qui aurait du mal à trouver une place à un propos qui n’ait pas déjà été énoncé par un autre et qui permet d’avoir raison grâce à l’autorité des grands noms, c’est aussi une belle liste de films à découvrir et à voir pendant les longues soirées d’hiver.

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