Et puis les chiens parlaient…
Kââ
Fleuve Noir
… et c’est dans ces moments-là qu’on comprend pourquoi la maxime dit que le silence est d’or. Les clébards auraient mieux fait de la fermer pour le peu qu’ils ont à raconter.
“Première incursion dans la science-fiction” pour l’auteur, annonce la quatrième de couverture. Ouais, ça se sent… “Et quelle incursion !”, conclut-elle. Là, je serai moins péremptoire et enthousiaste qu’elle.
Or donc, derrière ce titre qui laisse imaginer tous les délires possibles, on n’aura in fine rien de bien transcendant à se mettre sous la dent. Le héros, Nathan Waastresseles, est aussi quelconque que son patronyme est à coucher dehors. Un beau jour, il apprend par un notaire qu’il hérite d’un oncle dont il n’avait jamais entendu parler. Ah ben, c’est original, dis donc ! L’héritage improbable d’un parent mystérieux sorti de nulle part, du jamais vu ! Nan mais sans blague, l’astuce a été utilisée je ne sais combien de fois par Lovecraft, elle a servi dans une tonne de romans, nouvelles, BD, films et jeux vidéo pour (mal) justifier qu’un type ou une famille se retrouve dans une maison hantée transmise par un vieux tonton excentrique qui vivait là en reclus.
Personnage lambda, incident déclencheur générique et éculé, ça part bien…
Le legs consiste en une île paumée au milieu du Pacifique. Au moins, ça change du vieux manoir gothique qui a mauvaise réputation dans le quartier. Une fois sur place, par contre, on ne croisera pas grand-chose d’innovant. Des chiens qui parlent suite à des expériences scientifiques douteuses (petit air de L’île du docteur Moreau de H.G. Wells), des Japonais sortis tout droit de la Seconde Guerre mondiale (petit air de L’île aux fossiles vivants d’André Massepain), un trésor comme il se doit sur toute bonne île de roman (petit air du trésor de Yamashita, dont la légende était en vogue à l’époque – on la retrouve dans le Cryptonomicon de Neal Stephenson sorti quelques mois après Et puis les chiens parlaient…), des crus millésimés sur fond de meurtres atroces (petit air de l’ambiance civilisation versus barbarie de Sa Majesté des Mouches de William Golding).
Ce roman d’aventures assez mou souffre de son format bâtard : 190 pages. Trop court pour un roman, trop long pour une nouvelle. Raccourci en nouvelle, il aurait pu gagner en punch et se montrer plus percutant ; allongé en roman, il aurait développer l’ambiance, la tension, la psychologie des personnages et pas mal d’éléments narratifs qui ne sont que survolés et expliqués à la va-vite quand ils ne sont pas évacués. Manque de mystère, de surprises, de rebondissements, d’action, d’angoisse…
Faudra se contenter d’un roman plein de promesses qui n’en tient aucune, loin de la folie attendue, presque nanar par moments avec sa secte d’illuminés plus ridicules qu’effrayants. Paru en 1998, le roman semble avoir quarante ans de retard avec son mélange d’exotisme à la OSS 117 et de SF old school à la Blake et Mortimer, qui pourrait lui donner un charme rétro mais aboutit au contraire à une impression d’anachronisme éditorial. Quand on pense qu’à l’époque étaient déjà sortis des jeux vidéo comme Alone in the dark (1992) et Resident Evil (1996), l’écriture vieillotte d’Et puis les chiens parlaient… accuse son âge, coincée des décennies en arrière quand d’autres ont su moderniser leur approche de l’ambiance glauque. Ce qui aurait pu être un roman précurseur dans le genre du survival horror ne propose qu’un genre de Tintin aux îles Mariannes, un peu plus trash qu’une aventure du journaliste à la houppette mais pas assez abouti pour rester dans les annales.
