Kaïro – Kiyoshi Kurosawa

Kaïro
Kiyoshi Kurosawa

Picquier

Couverture roman Kaïro Kiyoshi Kurosawa Picquier

Kurosawa réalisateur ne m’avait pas convaincu avec son film en 2001, Kurosawa romancier n’a pas fait mieux avec son bouquin sorti juste derrière. Au moins, il ressort une unité d’ensemble qui permet de gratter une qualité pour essayer de contrebalancer les défauts.

Le film, je l’avais vu à sa sortie, qui remonte maintenant à un bail. Il m’en reste très peu de souvenirs. De mémoire, c’était très sombre (l’éclairage, j’entends). J’ai de vagues images d’un bateau. Une fin en eau de boudin. Pas plus avancé sur le pourquoi du comment. Une lenteur d’ensemble qui a vite tourné à la longueur. Bref, je me suis ennuyé et j’ai pas aimé.
Le roman tiré du film, même topo. On peut pas dire que ça palpite…
Comme quoi, suffit pas de s’appeler Kurosawa pour être une flèche (surtout qu’il n’a pas le moindre lien de parenté avec l’autre, el grande Akira).

Le truc essaie de bouffer à trop de râteliers à la fois. Un peu de Ring pour l’exposition mortelle aux écrans perméables aux esprits de l’au-delà, un esprit 28 jours plus tard pour l’invasion apocalyptique du monde avec des fantômes à la place des zombies, du Ghost in the shell et un ultime soubresaut du courant cyberpunk avec son détournement du thème de l’esprit dans la machine. En fait, on renifle çà et là des éléments de tous les films qui ont marché dans les années précédant la sortie de Kaïro. On mixe avec une bonne dose de phobie technologique autour de cette nouvelle invention du démon qu’est Internet (refrain connu et déjà entonné à propos de la télé, du cinéma et même de l’arbalète, c’est dire si le thème date), assaisonné d’une pointe de peur millénariste du bug de l’an 2000. Et encore par-dessus, un regard sur la désagrégation du tissu social avec ses personnages confrontés à la solitude. Vu l’âge des protagonistes, on est sur ma génération, celle qui avait compris en arrivant à la vingtaine qu’elle n’aurait pas d’avenir, parce que les Trente Glorieuses étaient finies, le répit des années 80 itou, et qu’on serait dans la crise jusqu’au cou jusqu’à la fin.
Thématiques, inspirations et influences à foison ne manquent pas, c’est sûr, peut-être trop pour tout traiter avec efficacité. En ressort un vide abyssal, parce qu’à force de prendre son temps pour poser son ambiance, ce machin ne raconte in fine pas grand-chose. On ne saura pas pourquoi d’un coup les fantômes décident d’envahir le monde. Pourquoi par Internet plutôt qu’un autre vecteur. Comment par Internet, parce que faut bien admettre qu’au-delà de l’évidente virtualité éthérée du monde de la Toile – qui n’est encore que très embryonnaire à l’époque et auquel la majeure partie des gens n’ont pas accès – le lien n’a rien d’évident entre l’au-delà et un modem ADSL. Qu’on n’ait pas d’explication définitive, soit, le mystère fait partie du fantastique, mais faut quand même donner du grain à moudre au lecteur/spectateur, des théories, des hypothèses, bref des biscuits pour alimenter l’imagination. Ici, on se contentera d’un néant qui ne pousse pas à s’intéresser au sujet.
Le récit de Kurosawa ne va, comme ses personnages, nulle part. Alors autant pour ses persos qui sont paumés, OK. Mais l’histoire, non. D’autant qu’on sent bien que l’idée n’est pas d’établir un parallèle entre le récit et ceux qui en sont partie prenante, la concordance est fortuite. Kurosawa ne semble pas savoir lui-même où il veut aller. Ce qu’il veut raconter sur le fond et le thème, oui, mais pour mener sa réflexion où ?…
Nébuleux comme pas permis, lent et lourd, le roman, pourtant court, semble d’une longueur interminable. On dirait que le script du film a été converti en prose, sans plus de travail sur la forme, ce qui ne suffit pas à faire un roman. Entre le style plat, les personnages fades, les dialogues affligeants et le récit qui s’enlise à ne pas savoir à quelle conclusion il veut aboutir, il n’y a pas grand-chose à sauver de ce machin tout mou et ennuyeux, à l’image du film qui l’a enfanté.

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