Histoire du Japon et des Japonais – Edwin Reischauer

Histoire du Japon et des Japonais
Edwin O. Reischauer

Points Seuil

Histoire du Japon et des Japonais Edwin Reischauer Points Seuil

Si l’Histoire du Japon et des Japonais de Reischauer avait reçu un accueil plutôt bon à sa parution, l’ouvrage a depuis mal vieilli, accusant son âge et beaucoup de défauts.

Au rang des qualités qu’il a conservées, son auteur, en premier lieu. Né en 1910 au Japon, où il a passé une partie de sa jeunesse et où il reviendra pendant l’après-guerre au titre d’ambassadeur (1961-1966), Reischauer connaît son sujet. Linguiste mais pas que, il est aussi historien et, s’il s’est impliqué côté US pendant la Seconde Guerre mondiale, son travail sur l’ennemi d’hier affiche la neutralité nécessaire à toute étude sérieuse.
L’essai, quant à lui, a le mérite de la synthèse pour couvrir, dans sa version initiale, l’ensemble de l’histoire japonaise des origines aux années 70 en trois cents pages environ. Le contenu reste à l’heure actuelle plutôt correct, pas trop chamboulé par les avancées de la recherche.
Rien à redire sur la traduction, Richard Dubreuil étant lui-même prof d’histoire et de japonais, donc bien placé pour connaître le sujet.
Pour quelqu’un qui ne connaît rien au Japon et qui veut avoir une vue d’ensemble de l’histoire de l’archipel, ce titre est une option valable si et seulement si vous le trouvez d’occase pour une paire d’euros. Neuf, ça revient cher pour ce que c’est comparé à des publications plus récentes, plus complètes, mieux fichues.

Les défauts…
Éditorial, déjà. La VO tient dans un seul bouquin quand la VF a été éclaté en deux. Pour le peu de contenu propre au second tome, il aurait pu être intégré dans le premier. Même avec les ajouts – bienvenus – du traducteur (chapitre additionnel sur le dernier quart du XXe siècle, lexique, chronologie, annexes diverses), tout aurait pu tenir dans un seul volume. L’intérêt de cette division reste un mystère. À part pour vendre un diptyque plus cher que sa version monobloc, je vois pas…
L’esprit de synthèse, c’est bien, mais là on se situe plus sur du résumé. Des origines à 1945 en deux cents pages, wow ! Imagine que dans le lot, on a entre autres la période féodale, la restauration de Meiji, la Seconde Guerre mondiale, qui sont censés être des gros morceaux. On en ressort donc avec une vision très, très, très générale et rapide de l’histoire japonaise.
Sur plusieurs points, le contenu est dépassé. La première mouture date de 1946 (Japan, past and present) et même retravaillée à plusieurs reprises par la suite, elle est datée, la façon d’écrire l’Histoire ayant évolué. L’archéologie, par exemple, occupe une part beaucoup plus importante aujourd’hui que par le passé où les seules sources écrites se taillaient la part du lion. Sur les périodes les plus anciennes, l’ouvrage accuse donc son âge, tant en termes de contenu que de méthode. Quant à la période récente, il manque les trente dernières années pour arriver jusqu’à aujourd’hui.
Je parlais de neutralité plus haut et là-dessus, pas de souci, mais elle n’empêche pas un biais de traitement du sujet. L’auteur est américain et on le sent quand il est question de progrès technologique, de modernisation, de commerce, de finances : c’est super, sauf que l’éventuel coût social n’est pas abordé, un peu dommage pour un titre qui annonce une histoire du Japon et des Japonais et se retrouve à oublier les seconds au détriment du premier.

Pour une bouchée de pain sur une brocante, dans une solderie ou chez un bouquiniste, à 2€ maxi le volume, quelqu’un qui ne connaît rien à l’histoire du Japon peut y trouver son compte et en avoir pour son argent. Sur les sites d’occasion, avec les frais de port, c’est déjà tout de suite moins rentable. En neuf, à 10 balles le tome, vous en serez pour vos frais.
À l’heure actuelle, la référence qui semble la plus valable est la Nouvelle histoire du Japon de Pierre-François Souyri.

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