Les premiers hommes dans la Lune
Herbert George Wells
Folio
Un peu déçu par Les premiers hommes dans la Lune, qui ne retrace pas, comme je le pensais de prime abord, le parcours de Christophe Clark et Sebastian Barrio. D’aucuns diront qu’ils n’étaient pas nés lorsque Wells était encore de ce monde et que ça peut jouer sur leur absence dans le bouquin, un argument qui, à mon sens, ne tient pas la route. Wells écrivait de l’anticipation et passait son temps à parler de choses qui n’existaient pas à son époque et ne seraient une réalité que bien plus tard. Comme poser le pied sur notre satellite lunaire, puisque c’est de cela dont il sera question aujourd’hui.
Ce roman de science-fiction appartient au corpus des textes mineurs de Wells… comme presque toute sa bibliographie en fait. Une fois sorti de La machine à explorer le temps, L’île du docteur Moreau, L’homme invisible et La guerre des mondes, tous quatre sortis en début de carrière, les deux cents et quelques autres titres de sa biblio n’auront pas marqué plus que ça les esprits ni la littérature (cf. Enfants des étoiles et Le joueur de croquet que j’ai chroniqués, par exemple). En une poignée d’années, le gars aura cramé toute ses bonnes idées d’entrée de jeu avant de passer quatre décennies à pondre des machins bof-bof dont tout le monde a oublié jusqu’à l’existence. Le sprinter qui se croyait marathonien…
Faut bien reconnaître que cette histoire est très moyenne, entre ses bases branlantes et son développement erratique. Deux bonshommes que tout oppose se rencontrent : le premier est un scientifique passionné (comme tous les personnages de savant dans tous les romans de la période), le second un aigrefin dont la présence se justifie parce que c’est dans le scénario. Aucun ne brille par sa caractérisation, son envergure, son charisme ou quoi que ce soit. Ce n’est pas du côté de ses protagonistes que ce roman récoltera les suffrages, des endives pourraient assurer le job.
Bricolage de fusée, décollage, alunissage, rien que de très julesvernien jusqu’ici, sans les interminables exposés scientifiques qui cassent le rythme du récit. Une fois sur place, les duettistes de la conquête spatiale discount tombent sur les Sélénites. Là, on bascule dans du John Carter avant l’heure mais avec beaucoup moins de punch. Niveau esprit d’aventure, Wells n’est pas Edgar Rice Burroughs. En dépit de sa brièveté, le roman parvient tout de même à afficher des longueurs, c’est dire si on ne baigne pas dans l’échevelé ni le palpitant.
À la différence de Verne, souvent candide et naïf à ne pas vouloir voir ce qui pourrait mal tourner avec le progrès scientifique, Wells est beaucoup plus pessimiste, ou réaliste, plutôt. Soit un léger avantage à l’Albionais, même s’il peine souvent à l’exploiter. Là où le barbu et barbant Verne se perd en descriptions wikipediennes de fougères, algues, roches sédimentaires, dont on se bat les steaks avec la puissance d’un mixer nucléaire, Wells se hasarde dans l’interrogation sociale et cherche à apporter la profondeur de réflexion qui manque à son confrère français. À défauts de réponses convaincantes, Bébert a au moins le mérite de se poser des questions. On regrettera la maladresse de la démarche qui, dans le cas présent, affiche trop ses ambitions de jouer avec les utopies/dystopies, une des marottes de Wells. La volonté de décrire la civilisation des Sélénites pour amener la comparaison avec les sociétés humaines est trop évidente et réduit le reste du roman à un simple prétexte pour aborder le sujet. Tu m’étonnes que ledit reste dudit roman aligne faiblesse sur faiblesse (personnages, narration, rythme, enjeux…), ravalé qu’il est au rang d’accessoire.
Autant certains vieux récits de SF gardent leur charme et leur impact (je pense en premier lieu à Frankenstein de la Très Sainte Mère de la Science-Fiction Mary Shelley), autant celui-ci a pris un méchant coup de vieux. Trop bancal à tous les niveaux, sans grand-chose à raconter au fond, Les premiers hommes dans la Lune ne restera pas dans les annales. Si vous voulez un voyage vers la Lune, Jules Verne, dont je ne suis pourtant pas ce qu’on pourrait appeler un grand fan, a fait mieux avec De la Terre à la Lune. Si vous voulez des aliens insectoïdes, le film Starship Troopers remplit le contrat. Et si vous voulez des Sélénites, tournez-vous le film d’animation Le secret des Sélénites, qui n’est certes plus de première fraîcheur mais dont le générique rappellera de vieux souvenirs aux plus anciens.
