House of the Dead – Uwe Boll

Si tu tapes un peu vite le nom du film en ripant sur ton clavier, juste en dessous du H, tu tombes sur la lettre B. Et je peux te dire que Bouse of the Dead n’a rien d’un titre usurpé. Nanar intergalactique en vue !

House of the Dead film zombie Uwe Boll 2003

ACTE I – Bande-annonce

Si jeu vidéo = pognon, alors adaptation ciné doit être égale à pognon. Cette équation tourne en boucle dans la tête des producteurs, qui s’obstinent à polluer les écrans avec de gros étrons poisseux. Alone in the dark, Doom, Resident Evil, Mario, Max Payne, Street Fighter, Mortal Kombat, Hitman, Tekken… On ne peut pas dire que les bonnes adaptations de jeu vidéo soient légion. Un peu comme le soleil à Lille, elles relèvent du mythe : certains y croient, personne n’en a jamais vu la couleur.
À chaque nouvelle adaptation, les gamers sont déçus de ne pas retrouver “leur” jeu, les cinéphiles reprochent l’indigence des scénarios. Pas de bol (avec un seul L). House of the Daube réconcilie à sa façon le monde du jeu vidéo et celui du cinéma. Tous les spectateurs, pour peu qu’ils soient dotés d’un QI supérieur à celui d’un zombie, tombent d’accord pour dire que tout, ABSOLUMENT TOUT, y est navrant au plus haut degré. Cette perle nanarde fédère l’humanité et, je n’en doute pas, permettra un jour une union pacifique universelle de ses spectateurs traumatisés (ou une chasse à l’homme d’échelle planétaire qui s’achèvera par le lynchage d’Uwe Boll).

Le jeu vidéo éponyme était plutôt sympa, un grand moment de défoulement entre potes, puisqu’on pouvait jouer à deux et canarder du zombi à n’en plus finir avec des pétoires en plastique. Basique, certes, mais rigolo, on n’en demandait pas davantage.
J’ignore quel débile a eu l’idée de le porter sur grand écran. House of the Dead était sans doute le jeu d’arcade le moins adaptable : ni scénario ni profondeur, rien que du pan pan. Toujours est-il que quelqu’un en a rêvé, Uwe l’a fait. Contrefait plutôt. Il a si bien réussi sa foirade qu’il passera direct de l’anonymat à une contre-célébrité vindicative. En 2006, trois ans après sa sortie, House of the nases entrera au palmarès des pires films de l’histoire du cinéma à la 19e place sur imdb (8e place en 2021) et propulsera son auteur au rang de nouvel Ed Wood. Un sacré coup de Boll !

House of the Dead, LE film qui a fait découvrir Uwe Boll, roi du je-m’en-foutisme assumé et de l’incompétence derrière la caméra, le réalisateur au talent si bien caché qu’on ne l’a jamais trouvé.
Dans le monde joyeux du nanar, Uwe Boll occupe une place à part. La médiocre qualité de ses œuvres ne vient pas seulement des éléments habituels (scénar, acteurs et décors moisis par manque de moyens). Son credo est un cynisme affiché qui tourne au réel mépris du cinéma. Du foutage de gueule pur et simple. Il ne trouve son plaisir qu’en amont (trouver de la tune) et en aval (jouer les artistes géniaux, incompris et malaimés). Entre les deux s’écoule un fleuve fangeux qui ferait passer n’importe quelle sortie d’égout pour une fontaine de nectar.

ACTE II – Le film

Le film démarre sur une longue introduction, dont je vous livre ici quelques morceaux moisis… choisis, pardon, j’ai encore ripé sur le clavier.

House of the Dead Uwe Boll production

Timer : 0:02. Après deux secondes, pari tenu pour un film d’horreur, on a déjà peur rien qu’en voyant le nom maudit à l’écran.
House of the Dead titre
Timer : 0:21. Un visuel qui en jette ! Petit budget, que voulez-vous…

S’ensuit un générique à coups de techno boum boum décérébrée et d’images de synthèse Amiga.
On découvre les personnages commentés en voix off par un survivant amateur de phrases clichés (“Aujourd’hui, il ne reste que l’horreur”, “Si seulement ils avaient raté le bateau, ils seraient encore en vie”, etc.). D’emblée son récit tue tout suspense sur la survie des uns et des autres.
De cette galerie de protagonistes, il ressort que tous les personnages féminins sont des nymphomanes aux allures de poufs avec des noms en -a, on dirait le casting d’un film X. Les mecs sont quant à eux de parfaits crétins, obsédés, bourrins et soiffards. Le groupe de “héros” est du même acabit, la seule différence avec les autres, c’est qu’ils arrivent à la bourre.

House of the Dead Sega fête
Timer : 4:07. C’est ce qui s’appelle faire la teuf ! Non, non, ça ne sent pas l’amateurisme fauché et sponsorisé par Kinder et Champomy. En moins de cinq minutes de film, soutifs, cuissardes et petites culottes sont de sortie.
House of the Dead plan nichon
Timer : 4:43. Premier “plan nichon” comme on dit en langage technique. Au cas où on n’aurait pas bien vu, on en verra un deuxième cinq minutes plus tard, puis un autre deux minutes après, avant de s’enchaîner frénétiquement pendant cinq minutes à raison d’un toutes les dix secondes.
House of the Dead capitaine crochet
Timer : 5:09. Le groupe de teufeurs en retard trouve un bateau commandé par le capitaine Kirk (fallait oser), accompagné d’un homme au crochet, en ciré alors qu’il fait plein soleil pour qu’on comprenne que c’est un marin, qui se démarque par sa lourde insistance sur “l’île de la mort” où personne ne veut aller (finesse, finesse…). Dans la série noms débiles, on a droit aussi à la fliquette Casper (comme le fantôme) et son adjoint McGivers.
House of the Dead Les dents de la mer
Timer : 12:28. La magie des effets spéciaux des ces dents de la mer du pauvre : l’eau bouillonne (sans raison, les zombies ne surchauffent pas). On ignore s’il s’agit d’un trucage de haute volée ou si le réalisateur a profité des flatulences sous-marines de son actrice.
House of the Dead main zombi
Timer : 14:11. Chapeau pour le maquillage, même la main du zombie est mal faite. Au loin, une actrice se promène cul nu dans la forêt, parce que pourquoi pas.
House of the Dead jeu vidéo
Timer : 15:52. Eh oui, Boll a osé insérer des images du jeu en plein film, comme ça, hop, ça sort de nulle part.

Le club des cinq retardaires, le capitaine Kirk et son second couteau (ou second crochet), ainsi que le lieutenant Casper, débarquent sur “l’île de la mort”, la fameuse. Et le film commence enfin pour de bon.
Présenté comme ça, on dirait une vaste blague, mais il ne s’agit pas d’humour volontaire détournant le genre vers la parodie : House of the Dead se veut on ne peut plus sérieux dans propos, sans intention comique.
Au terme de cette intro de vingt minutes, le spectateur lambda est mort d’ennui depuis un bon quart d’heure. Le nanardeur savoure et part à la chasse aux indices. Rien ne manque. Dans cette ouverture de remplissage où il ne se passe rien, on se régale : décors fauchés, suspense zéro, effets et maquillage ratés, personnages débiles, dialogues affligeants et doublage à l’avenant, acteurs amateurs, île maudite cliché, seins qui foisonnent pour un oui pour un non…
Les clichés et incohérences continueront de s’accumuler pour garder le même niveau miteux… Les ados qui boivent, forniquent et partent tout seul dans les bois se font trucider, comme c’est original… Kirk est aussi trafiquant d’armes ce qui permettra de fournir tout le monde en flingues, histoire de rappeler de loin le jeu vidéo… Personne ne s’inquiète de débarquer dans une fête déserte où tout est dévasté et où traînent des t-shirts pleins de sang… Les zombies ont quand même pris la peine d’éteindre la musique en quittant les lieux de leur carnage… Bien sûr, qui dit île dit tempête qui se prépare pour empêcher tout le monde de repartir… Notons aussi la chronologie à géométrie variable où la nuit devient jour et vice-versa, avec abondance de scènes nocturnes dans les bois où on ne voit rien, ce qui n’empêche pas les protagonistes de se promener en plein soleil juste après… Tout est prétexte à montrer de la fesse, un peu, et surtout de la poitrine en veux-tu en voilà. Fiesta endiablée, baignade lascive, taches de vomi, chaque fois un t-shirt s’envole et bam ! Nichons ! Tout le long du film, jamais le cadrage ne rate une occasion de plan thoracique balancé avec la délicatesse d’une division de Panzer dans un magasin de porcelaine.
Bordel total de A à Z.

House of the Dead dis camion pouet pouet
L’un est blessé à la jambe, donc (sic) la caméra filme la poitrine de l’autre.

Pour essayer de rattraper ce merdier et montrer qu’il s’y connaît en cinéma, Boll cite tout et n’importe quoi : Star Trek, Le Bateau, Gandalf, Roméro, Tom Cruise, Rain Man, replace l’homme au crochet de Souviens-toi l’été dernier, glisse un crachat acide qui rappelle le sang du xénomorphe d’Alien

House of the Dead blessure pansement
Plutôt que dépenser de l’argent en maquillage, l’acteur brûlé au visage par l’acide se contente de jouer avec un mouchoir ou un pansement sur la figure pour cacher la misère. Ingénieux, non ? Non.

Tout est du même acabit jusqu’à la conclusion du film, on ne sait où donner de la tête devant tant de n’importe quoi, chaque image recelant une perle de nawak. House of the Dead s’impose comme le nanar ultime des années 2000, un pauvre gobelet en plastique élevé au rang de Graal.
Pas une scène sans faux raccord, incohérence, facilité d’écriture, détail foireux, genre l’étudiant qui se promène avec une grenade avant la distribution générale d’armement par le captain Kirk.

House of the Dead grenade
Étudiant le jour, grenadier la nuit.

La fliquette, elle, part dans un coin pour pisser ou cueillir des champignons, on sait pas trop, et revient avec un énorme sac bourré de flingues. D’où sort cet arsenal ? On sait pas trop non plus. Juste il était là quelque part. Parce que.

House of the Dead armes Casper Kirk
J’étais partie chier dans les fougères et regardez ce que j’ai trouvé !

Au bout de cinquante minutes, l’histoire du film rejoint enfin celle du jeu. Kirk, le marin-pêcheur-capitaine-croisière-trafiquant-d’armes répartit un arsenal de contrebande sorti à la fois de Doom et de l’entrée “hétéroclite” du Larousse : fusil à pompe, machette, couteau, revolver, grenade, pistolet-mitrailleur, dynamite, fusil d’assaut…
La clique de bras cassés se met en route vers la fameuse maison du titre pour dégommer du zombie.

House of the Dead fine équipe
Une fine équipe mieux outillée que Schwarzie dans Commando.

Et là, scène d’anthologie ! C’est le moment où, au plan technique, le film atteint le top de son délire. Pour faire style, on a droit à un méli-mélo de ralentis-accélérés-bullet time à gogo. Pour être sûr qu’on comprenne bien le procédé, tous les personnages y passent, chacun a droit à sa minute de gloire, la caméra fait son petit tour au ralenti pendant que l’acteur garde gentiment la pose. Grand moment d’artisanat nanar. On passera sur des détails comme les armes d’un personnage variant d’un plan à l’autre ou un pistolet qui réussit à faire BANG BANG alors que la position de la culasse indique qu’il est déchargé.
Dans cette scène d’assaut de la maison, tout se condense en quelques minutes. Certains zombies ont à l’évidence été maquillés en 10 secondes, la moitié des figurants errent sans savoir ce qu’ils doivent faire, les acteurs tiennent leurs armes et tirent n’importe comment et, malgré les giclées de sang lors de corps à corps à l’arme blanche, personne n’a une tache sur son costard.
Attention, festival !

House of the dead poche de faux sang
La poche de faux sang éclate de comme si la balle venait de dos alors qu’elle arrive de face.
House of the Dead baston zombie
Ce zombie meurt. Ensuite, le coup de feu part.
House of the Dead zombie mort
Ce zombie meurt (bis), alors que l’acteur ne vise pas dans l’axe de la cible et tire deux mètres à côté.
House of the Dead rails caméra
Les acteurs avancent, la caméra recule (comment veux-tu, comment veux-tu). En bas, on peut voir les rails de traveling de la caméra.
House of the Dead zombies figurants
Les figurants, livrés à eux-mêmes faute de direction d’acteurs, improvisent ce qu’ils peuvent.
House of the Dead Street Fighter Chun Li
Comme un air de Chun Li dans Street Fighter…

House of the Dead, c’est aussi des décors foireux de film d’aventures du pauvre, croisement improbable et fauché de Pirates des Caraïbes, Indiana Jones et Les trois mousquetaires dans un foisonnement d’idées saugrenues. Le scénariste a mis tout ce qu’il avait en tête, la costumière tout ce qu’elle avait dans l’armoire, l’accessoiriste tout ce qu’il avait dans sa boîte à malices. Personne n’a fait le tri. L’ensemble relève de la psychiatrie.

House of the dead marais
Des marais fumants et bouillonnants (ou plutôt le même marais sous un angle et un éclairage différents pour faire croire qu’il y a deux décors.)
House of the Dead laboratoire
Un labo de savant fou que même dans James Bond ils ont pas ça.
House of the Dead pirate zombie
Abordage tout mou des Zombis Seals.
House of the Dead méchant qui fait peur
Un méchant en carton qui fait peur… bouh !
House of the Dead zombie en mousse
Le petit bonhomme en mousse !
House of the Dead duel
Un duel à l’épée où à la fin il ne peut en rester qu’un…
House of the Dead blessure
… et ce sera pas elle.
House of the dead boss de fin de niveau
Boss de fin de niveau prédécoupé : son cou est déjà tranché avant que la hache ne le touche.
House of the Dead Men in Black
Des Men in Black. Parce que.
House of the Dead deus ex machina
Un mystérieux-sauveur-masqué-deus-ex-machina.

ACTE III – Les bonus maison

Un travail de fond exemplaire

La figure du zombie recouvre ici tout ce qu’on a pu voir dans tous les films du genre. Ils sont en pleine décomposition, ou ont juste le visage couvert de fard blanc, certains sont de simples squelettes réanimés et d’autres ressemblent à Hulk couvert de mousse. À la décharge du film, c’était déjà le même festival dans le jeu.
La tradition veut qu’on tue les zombies d’une balle dans la tête. Ici, le modus operandi varie entre le déchiquetage à l’arme automatique ou à la grenade et… un simple bocal en verre éclaté sur la tête. Oui, oui, les zombies tombent dans les pommes.
Les zombies sont très rapides ou très lents, très agiles ou très patauds. Certains ont même des yeux qui font de la lumière rouge comme Terminator. Un seul peut cracher un glaviot corrosif alienoïde. Si au royaume des aveugles les borgnes sont rois, au pays des zombies l’incohérence est impératrice.
Quand au grand méchant du film, il souhaite plus que tout être immortel. Pourquoi ? Ben pour vivre éternellement pardi. Admirez le raisonnement qui ne tourne pas du tout en rond. On ne sait pas à quoi il occupe sa non-vie depuis des siècles : pas de conquête du monde au programme ni de création d’une dulcinée zombie, que peut-il bien faire glander de son temps libre ? Sans doute rien de bien intelligent. Son secret d’immortalité vient du sang de ses victimes : il a donc choisi de rester sur une île déserte où, par définition, il n’y a pas de victimes potentielles. V’là le gars malin…

House of the Dead malediction pirate

Le passage explicatif sur la malédiction de l’île vaut son pesant de cacahuètes. Le flash back est en noir et blanc, pour qu’on comprenne bien que c’est ancien. Il y a plusieurs siècles, on ne connaissait pas la couleur et la vie ressemblait à un vieux film.

Répliques en vrac

Lucidité : “Simon est beau mais il n’a pas grand-chose entre les oreilles.”

Subtilité : “Qui dit que la taille n’a aucune importance ?” (dixit un gugusse brandissant un énorme flingue)

Humour ravageur : “Vous êtes le capitaine Kirk ? Et lui, c’est peut-être monsieur Spock ?”

Réflexion pointue : “Et si on… je crois que… je pense que… il va pleuvoir. Faudrait qu’on aille… quelque part où on sera pas mouillé.”

Romantisme : “Toi et moi on va se faire une sacrée partie de jambes en l’air, ma puce. (…) Attends, faut que j’aille pisser. Toute cette bière donne envie de pisser.”

House of the Dead vomi
D’abord il lui vomit dessus, ensuite elle enlève son haut et se retrouve seins nus. De bout en bout, classe, finesse, élégance.

Épilogue

Je ne ferai pas l’apologie de l’alcool ni de susbtances illicites qui permettraient de profiter à fond du film. Je l’ai regardé sans dopage qu’il soit légal ou pas et c’est passé comme une lettre à la poste. Néanmoins, je le déconseille à toute personne saine d’esprit. Quoi que vous espériez voir dans House of the Dead, ce sera une déception. Il est impératif de le voir sous un jour décalé pour dépasser le stade du pur navet dont il a toutes les caractéristiques. L’amateur de nanar sera quant à lui aux anges à chercher les petites bêbêtes qui truffent chaque scène et attrapera le tournis à force d’en perdre le compte. De ce point de vue, c’est l’hilarité non-stop ! Hormis sous cet angle et dans cet état d’esprit, il n’y a AUCUNE bonne raison de s’infliger pareil spectacle. Vous êtes prévenus.

Publié le Catégories Chroniques ciné

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