Critiques express (17) Halliennales 2018

Prix Halliennales 2018 version 2 par Un K à partAprès Rouge Toxic (Morgane Caussarieu) et Rouille (Floriane Soulas), on continue sur les lectures Halliennales avec L’espoir sous nos semelles (Aurore Gomez) et Le talisman perdu (Marie Caillet).

Couverture L'espoir sous nos semelles Aurore Gomez
Sous les miennes de semelles, y a eu beaucoup d’orteils écrasés. Beaucoup.

L’espoir sous nos semelles
Aurore Gomez
Magnard

Roman d’aventure et récit initiatique, road trip psychologique avec du médidatif dedans et de la nature autour. Le jeu des 1000 bornes mais à pied. Version moderne du kaihōgyō, pratique bouddhiste consistant à marcher et prier 1000 jours durant. Ici, point de salut de l’âme mais du blé à la clé, beaucoup de blé.
XXIe siècle oblige, les réseaux sociaux sont mis à contribution. Trek solitaire (plus ou moins) mais connecté au reste du monde, qui rend bien la contradiction de certains divertissements modernes. Confer les émissions TV sur le concept “je suis seul face à la nature sur île déserte” où la notion de désert implique une brouette de concurrents, les émissaires de la production, un staff technique pléthorique, des échanges avec des milliers d’internautes. Seul, donc. Et désert…
Société moderne oblige, la concurrence est de mise et la coopération entraîne des pénalités. Même topo à propos des mêmes émissions débiles où la notion d’équipe n’a aucune valeur, où le moteur ne réside pas dans la complémentarité et l’entraide mais les intrigues pour préaprer l’éviction du boulet lors du prime en fin de semaine.
Sur ces points, j’attendais davantage de ce roman, propice à une critique des médias de masse et du combo violence-voyeurisme à travers les réseaux sociaux. Là-dessus, j’en suis pour mes frais et sur ma faim.
Reste une belle aventure humaine, bien écrite, avec des personnages qui tiennent la route (sans mauvais jeu de mot, pas du tout mon genre).
Dans le domaine du voyage formateur au bout de l’enfer, j’ai une préférence pour les titres plus adultes (ma carte d’identité indique l’âge d’un adulte, ceci explique cela), les très noirs et ultraviolents Marche ou crève (Richard Bachman) et Battle Royale (Takami Kōshun). Subjectif, hein.
Sur un plan objectif de qualité d’écriture, L’espoir sous nos semelles est un livre bien fait, intelligent et sensible. Capable de trouver le juste milieu entre introspection et aventure, quand tant d’autres titres se vautrent dans le blabla soporifique ou l’action décérébrée. De la bonne littérature jeunesse, qui ne prend pas son public d’ados pour des débiles.

Couverture Rumeurs d'Issar Le talisman perdu Marie Caillet
A gauche, le talisman perdu. A droite, le talisman retrouvé.

Les Rumeurs d’Issar
T.1,  Le talisman perdu
Marie Caillet
Hachette

J’avoue, je me suis aventuré dans ce bouquin à reculons. J’avais de gros a priori et au final une bonne surprise. Je préfère ça que l’inverse ou avoir eu raison.
Ce roman aurait mérité une chronique complète, j’avais même commencé à la rédiger quand je me suis rendu compte que je partais dans une redite de la trilogie Phitanie (Tiphaine Croville). Je me limiterai donc à l’essentiel.
La démarche globale est identique. Du récit initiatique, avec de la quête, de l’apprentissage, de la magie, des héros/héroïnes adolescents.
La différence, c’est qu’ici Caillet expose beaucoup de choses de son univers dès le départ, là où Croville dévoilait petit à petit. Les deux méthodes ont leurs avantages et leurs inconvénients, il n’existe pas de solution parfaite. D’un côté, on découvre le monde au fur et à mesure que les personnages le visitent, avec le risque que le lecteur reste sur sa faim dans un premier temps, faute d’éléments. De l’autre, un décor très fourni d’emblée, avec beaucoup de choses à se mettre sous la dent… au point de se sentir écrasé par la masse d’informations et de trouver que l’histoire met du temps à démarrer. Ici, on se situe dans le second cas, tu l’auras compris.
Comme dans Phitanie, j’ai été emballé par l’univers, où tu sens la construction, le souci du détail, la cohérence d’ensemble, la profondeur, l’imagination, l’inventivité. On ne se promène pas dans un décor de carton-pâte, il y a une dimension derrière.
Ce que j’attends d’un univers de fantasy – et donc d’un auteur de fantasy – c’est qu’il fasse preuve d’imagination. Pour un genre de l’imaginaire, rien d’extravagant dans cette attente. Comme dans Phitanie (bis), l’auteur s’est creusé le citron pour créer un monde qui ne soit pas une photocopie de l’existant (Terres du Milieu, Cimérie, Narnia…) ni un patchwork d’emprunts rapiécés à la ouanegaine. On croise des références à des éléments qu’on connaît (le zodiaque, par exemple), mais l’auteur va au-delà, se les réapproprie, intègre, réinvente, bricole… Elle démiurge (du verbe démiurger, que je viens d’inventer).
Comme dans Phitanie (ter), le décor n’est pas non plus interchangeable avec celui d’un autre roman de fantasy. L’histoire ne peut se passer que dans ce monde-ci, parce que l’intrigue et l’univers sont liés.
Je ne vais pas continuer les parenthèses en latin, relis la chronique concernée.
Après les deux bouquins n’ont rien de doublon l’un de l’autre. Chacun a son identité propre. Si la démarche et les qualités sont les mêmes, ils te proposent chacun un univers différent, une histoire différente, une magie différente, liste non exhaustive.
Si tu as aimé l’un, tu aimeras l’autre et vice-versa. De la bonne fantasy jeunesse bien construite, avec de l’imagination dedans.

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