Huit films étalés sur trente ans, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il fallait être solide pour endurer un machin pareil sur une telle période. Parce que bon, c’est bien joli, mais sorti d’une paire de cascades spectaculaires, y a à peu près rien dans ces films. La série télé a accouché d’une énorme baudruche…
La série originelle, je ne l’ai pas vue. C’est pas de la mauvaise volonté, hein, juste que lors de sa première diffusion en France, je n’étais pas né. Et quand elle a par la suite été rediffusée sur La Cinq, une parabole était nécessaire pour capter la chaîne et mes parents n’en avaient pas. La série s’est donc longtemps résumée pour moi à la parodie des Inconnus et si j’ai regardé quelques épisodes bien plus tard, on ne parle que d’une poignée. Le truc m’a pas emballé plus que ça pour avoir assez mal vieilli. Le revival Mission impossible, 20 ans après ne m’a pas davantage plu pour les deux, trois épisodes que j’ai visionnés.
Du côté des films, j’ai vu les quatre premiers plus ou moins en leur temps, aucun au ciné, tous à la télé. Chaque fois j’étais resté sur un “mouais bon” pas super convaincu et j’en étais resté là.
Et y a pas long, je me suis fait l’intégrale d’une traite : les huit à la suite, mieux que Questions pour un champion. Le marathon de l’enfer…
Mission impossible
Brian De Palma (1996)
Pas très emballé par ce qui n’est au final qu’un très long épisode de la série, dont on ne retient que les clowneries d’Ethan Hunt sur le toit d’un TGV. Si l’esprit est dans le clous de ce qu’on peut attendre d’un Mission Impossible (gadgets, espions, secrets…), on n’en dira pas autant des choix scénaristiques qui partent carrément à l’opposé. Le choix de l’interprète principal, Tom Cruise, est une erreur de taille que la saga paiera tout du long. S’il joue un Ethan Hunt qui tient la route, l’ego surdimensionné de l’acteur pèse très lourd dans la balance. Si on ne voit que lui sur l’affiche, ce n’est pas anodin : on ne voit que lui de tout le film. C’est Tom Cruise Impossible, il phagocyte tout le film avec son omniprésence qui rend tous les autres personnages anecdotiques. Vu que le concept est une agence qui envoie des équipes, faut bien admettre que le coup du héros solitaire est hors sujet.
Mission impossible 2
John Woo (2000)
Dans la lignée du précédent, ce deuxième opus n’a pas davantage compris le principe collectif d’une équipe et celle recrutée par Hunt se limite à des faire-valoir translucides qui ne doivent surtout pas lui voler la vedette. Niveau contenu, on est sur du James Bond, le smoking en moins. Rien là-dedans qui ne soit de la péripétie déjà vue et de la recette éprouvée. Ici, Cruise fait le pitre à moto pendant que John Woo déconne plein pot en surchargeant son film d’effets de manche, ralentis et symbole pataude lourdement appuyée. Un très, très long clip à la gloire de Tom Cruise, qui n’en mérite pas tant.
Mission impossible 3
J. J. Abrams (2006)
Le film d’espionnage-action classique de A à Z et prévisible dans les mêmes proportions. La débauche d’agitation ne parvient pas à masquer que le projet est creux comme un trou de balle.
Mission impossible : Protocole Fantôme
Brad Bird (2011)
Le quatrième opus décide enfin d’exploiter le concept d’équipe comme autre chose qu’un vague réservoir de seconds couteaux destinés à servir la soupe à Ethan Cruise. Las, le film, vendu sur la seule base des singeries acrobatiques de Tom Hunt sur la façade d’un gratte-ciel, est noyé sous des tombereaux de too much.
Mission impossible : Rogue Nation
Christopher McQuarrie (2015)
La force Mission Impossible est une fois de plus dissoute, Ethan Hunt est une fois de plus accusé de tous les maux, pourchassé et livré à lui-même. Comme d’hab’. On nous sort une intrigue de série télé sur la base d’un Syndicat qui serait le double maléfique de Mission Impossible. Original (ou pas). Tous les personnages retournent leur veste vingt-cinq fois dans le film, au bout d’un moment, ça devient lassant.
Mission impossible : Fallout
Christopher McQuarrie (2018)
Comme y a plus trop d’idées en stock depuis un moment, ça va recycler sévère. Le Syndicat, soi-disant décapité lors du film précédent, renaît de ses cendres. La menace qu’il fait peser est nucléaire, ce qu’on a déjà vu aussi. Si le film a le mérite de lier entre eux une bonne partie des films de la saga par le biais de certains personnages, tout ça donne aussi une impression de racler les fonds de tiroir à idées, de faire du faux neuf avec du vrai vieux et de radoter faute d’avoir encore quelque chose à raconter.
Mission impossible : Dead Reckoning
Mission impossible : The Final Reckoning
Christopher McQuarrie (2023 & 2025)
Tir groupé pour les deux derniers films qui n’en font qu’un, soit une interminable de 5h30 au total. Pour raconter quoi ? Ethan Hunt sauve le monde d’une guerre nuclaire. V’là une idée qu’elle est inédite ! Ce diptyque n’est qu’une longue compilation de ce qu’on a déjà vu lors des précédents. Bagarre sur un train, vroum-vroum la moto, acrobaties aériennes, courses poursuites (interminables dans les Reckoning), traîtres qui le portent sur la gueule et qu’on identifie comme tels dès leur apparition à l’écran, méchant plus caricatural que tous ses prédécesseurs réunis, le pot-pourri porte bien son nom tant la tambouille sent le réchauffé voire le faisandé.
Vu les enjeux, place nette pour que Tom Cruise soit le seul et unique héros. Suffit de voir certaines affiches du film où sa tronche occupe un espace tel qu’elle déborde du cadre. Plusieurs personnages majeurs (et surtout populaires auprès du public) vont donc mourir et par-dessus le marché lors de scènes bien nases, malheureusement pour eux qui méritaient mieux : vivre plutôt que crever comme des merdes, ou au moins une mort épique à la Boromir.
Ethan Hunt voit ressurgir un type qu’il a croisé dans le passé, ce qui l’a conduit à rejoindre la force Mission Impossible. On se dit qu’on va peut-être enfin en apprendre un peu plus sur l’histoire de l’ami Hunt… et non. On en sait autant sur lui à la fin du huitième film qu’au début du premier, à savoir rien du tout. Ce personnage a le background le plus vide de toute l’histoire de la fiction.
Bilan de ce marathon : ben, c’était pénible. La saga redéfinit la notion de redondance à ressortir plus ou moins la même chose tout du long. Chaque film se résume au fond à un vaste remplissage destiné à supporter LA grosse scène d’action de la bande-annonce qui voit Tom Cruise dans un numéro de voltige invraisemblable. L’omniprésence de Cruise tape sur le système, parce que Mission impossible n’a pas compris le concept d’équipe et cherche à fonctionner comme du James Bond ou du Jason Bourne. La gestion des seconds rôles et de toute la galerie de personnages est donc catastrophique, alors que c’est justement eux qui apportent un peu de sel aux intrigues qui se ressmblent ou à l’ambiance qui se croit épique mais qui est surtout pompière et pompeuse à trop se prendre au sérieux.








